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Devenir flexitarien pour sauver la planète

régime alimentaire

Image d'illustration. | © Unsplash/gabriel gurrola

Food et gastronomie

Afin de limiter le réchauffement climatique et éviter la destruction de la Terre, les citoyens du monde entier doivent changer de régime alimentaire et adopter le flexitarisme, affirment les scientifiques dans une nouvelle étude sur l’impact du système alimentaire sur l’environnement.

Les carnivores ont beau crier haut et fort qu’ils ne céderont pas à la propagande végétarienne, les statistiques parlent pourtant d’elles-mêmes : le bétail destiné à la production de viande est responsable de 15% des émissions de gaz à effet de serre, selon la FAO, soit plus que la totalité des émissions de CO2 liées aux transports. La production agroalimentaire, consommatrice d’eau et source de déforestation, est donc également un facteur majeur du réchauffement climatique. Après le rapport alarmant du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, une nouvelle étude publiée récemment dans la revue Nature vient appuyer cette urgence : des réductions drastiques de la consommation de viande sont essentielles pour éviter un changement climatique dangereux, selon cette analyse la plus complète jamais réalisée sur l’impact du système alimentaire sur l’environnement.

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Face à ce constat, les auteurs de l’Université d’Oxford recommandent de changer notre mode alimentaire. Difficile à réaliser dans un monde où 10 000 kilos de viande sont consommées chaque seconde. Si de plus en plus de consommateurs se dirigent vers le végétarisme ou le véganisme, il existe un autre régime alimentaire qui pourrait satisfaire les amateurs de bidoches : le flexitarisme. Manger de tout, mais local, de saison et en réduisant sa consommation de viande et de poisson, c’est le principe de ce mode alimentaire présenté par les experts comme une des solutions pour enrayer le réchauffement climatique.

Changer notre façon de manger et de produire les aliments

Ce régime flexitarien signifie que le citoyen du monde moyen doit consommer 75% moins de bœuf, 90% moins de porc et deux fois moins d’œufs, tout en triplant sa consommation de haricots et de légumineuses et en quadruplant les noix et les graines. Dans les pays développés, les réductions doivent être encore plus importantes, explique The Guardian. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, par exemple, les citoyens doivent réduire leur bœuf de 90% et leur lait de 60%, tout en augmentant de quatre à six fois le nombre de haricots et de légumineuses afin de minimiser l’impact de l’alimentation humaine sur l’environnement.

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régime alimentaire
Le système alimentaire a un certain nombre d’impacts environnementaux importants, notamment en tant que facteur majeur du changement climatique, de l’épuisement des eaux douces et de la pollution due à l’utilisation excessive d’azote et de phosphore © Unsplash/Stijn te Strake

Faute de changements drastiques, cet impact écologique pourrait s’aggraver « de 50 % à 90 % » avec une population mondiale augmentant de 2,3 milliards de personnes d’ici 2050. « Nourrir une population mondiale de 10 milliards d’habitants est possible, mais seulement si nous changeons notre façon de manger et de produire les aliments, alerte le professeur Johan Rockström, du Potsdam Institute for Climate Impact Research en Allemagne. Écologiser le secteur alimentaire ou manger notre planète : c’est ce qui est au menu aujourd’hui ». 

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Gaspillage alimentaire

Les scientifiques appellent également à des changements majeurs dans les pratiques agricoles et à une réduction du gaspillage alimentaire. Aujourd’hui, près d’un tiers de la nourriture produite n’arrive jamais dans nos assiettes. « Il n’y a pas de solution miracle, affirme Marco Springmann de l’université d’Oxford et auteur de l’étude. Mais les changements alimentaires et technologiques [dans la production] sont les deux choses essentielles, et nous espérons qu’ils pourront être complétés par une réduction du gaspillage alimentaire et des déchets ». 

Diviser le gâchis alimentaire par deux permettrait ainsi de réduire jusqu’à 16% l’impact de la production alimentaire sur l’environnement, avance l’étude qui souligne également la nécessité d’une réforme de l’industrie. Pour mettre un terme à la déforestation, aux pénuries d’eau et à la pollution due à la surexploitation des engrais, de profonds changements s’imposent aussi dans les pratiques agricoles. Il s’agit notamment de l’augmentation des rendements des cultures dans les pays en voie de développement, d’un stockage plus universel de l’eau et d’une utilisation beaucoup plus prudente des engrais, rapporte le journal britannique.

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« Je pense que nous pouvons le faire, mais nous avons vraiment besoin de gouvernements beaucoup plus proactifs pour fournir le bon cadre, affirme Marco Springmann. Les gens peuvent faire une différence personnelle en changeant leur alimentation, mais aussi en frappant à la porte de leurs politiciens et en leur disant que nous avons besoin de meilleures réglementations environnementales ».

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