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Face à l’Himalaya, un vin chinois vole « au-dessus des nuages »

vin chinois

Ce vin est baptisé "Ao Yun". | © Anthony WALLACE / AFP

Food et gastronomie

Ils récoltent le raisin à la main au pied des contreforts de l’Himalaya, à plus de 2 200 mètres d’altitude, en fredonnant un chant traditionnel. Dans ce vignoble installé aux portes du Tibet, l’objectif est clair : donner enfin à la Chine un nectar de réputation mondiale.

Dans un pays encore peu réputé pour la qualité de ses vins, le géant français des vins et spiritueux Moët Hennessy a pris le pari de planter en Chine, au fin fond de la province du Yunnan, des vignes destinées à un produit haut de gamme facturé 300 euros la bouteille. « L’endroit est magique, on a ce côté sauvage, ce côté pur et ces espaces », s’enchante Maxence Dulou, le directeur du domaine ouvert en 2012 après quatre ans de recherche du terroir idéal. La température moyenne ressemble à celle du Bordelais dans cette région du sud-ouest de la Chine. Car si l’on est en altitude, l’endroit reste proche du tropique du cancer, avec un climat sec, à l’abri de la mousson et donc épargné par les maladies.

À la différence d’autres terroirs chinois, il n’est pas nécessaire d’enterrer les ceps pendant l’hiver pour les abriter du gel. Mais la viticulture en montagne n’est pas une sinécure, admet M. Dulou, dont le terroir de 28 hectares se répartit en plus de 300 petites parcelles, chacune traitée différemment, de la taille à la récolte. « C’est très compliqué », soupire-t-il.

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Avec à la clef un prix de vente conséquent, chaque hectare nécessitant en moyenne 3 500 heures de travail par an, soit quatre fois plus que les plus grands vignobles du monde. « Pourquoi ? Parce qu’on fait tout à la main », explique Maxence Dulou, pour des raisons de qualité mais également parce que recourir à des machines serait peu pratique en altitude sur d’aussi petites surfaces.

« Ao Yun »

Le vin rouge, un assemblage de cabernet sauvignon et de cabernet franc, a été baptisé « Ao Yun », c’est-à-dire « Vol au-dessus des nuages » en chinois, en référence au paysage à couper le souffle qui entoure le vignoble. La production reste confidentielle, 2 000 caisses chaque année.

vin chinois
© Anthony WALLACE / AFP

Moët Hennessy a loué les terrains pour 30 ans aux cultivateurs qui s’étaient mis à la vigne 10 ans plus tôt, à l’instigation des autorités locales. Ces dernières cherchaient une production plus rentable que l’orge, cultivé jusqu’au début des années 2000. Mais faute d’expertise et de formation de ces viticulteurs reconvertis, la qualité du produit fini n’a pas été au rendez-vous. L’arrivée d’un géant mondial du secteur a changé la donne et permis de vendre le vin au prix fort jusqu’en Europe ou aux États-Unis. L’implication du groupe français a aussi entraîné des investissements des autorités locales, qui ont goudronné les routes, apporté l’électricité 24 heures sur 24 et construit des dizaines de maisons.

Deuxième marché mondial du vin

Depuis une dizaine d’années, le goût prononcé des Chinois pour le vin a mûri avec le gonflement des effectifs de la classe moyenne, qui a appris à apprécier une bonne bouteille, et pas seulement parce qu’elle est chère. La Chine est devenue l’un des grands pays de consommation de vin. D’ici 2021, la Chine devrait devenir le 2e marché mondial du vin derrière les États-Unis, passant ainsi devant la France, selon une étude publiée en février 2018 par Vinexpo/IWSR (International Wine and Spirit Research), avec un marché chinois qui devrait alors avoisiner les 23 milliards de dollars.

Avec Belga

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