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Eric Boschman : « Arrêtons le beaujolais-bashing ! »

Le beaujolais, cet incompris qui marque la saison d'hiver. | © Pexels

Food et gastronomie

« Phénomène historique et de société, non pas juste marketing comme peuvent le penser nos contemporains à la vue un peu courte, le vin nouveau marque en fait le temps qui passe« . Eric Boschman, le spécialiste du vin et de la bonne bouffe et comédien qui parle bien revient sur le beaujolais qui s’en prend toujours plein la g… depuis 20 ans. Savoureux.

 

Difficile d’y échapper, un peu comme les interviews gnangnans des mamans pour la rentrée des classes ou du voisin qui ne sait rien mais dira tout en échange de ses trois secondes de gloire médiatique, il est de ces moments qui nous reviennent chaque année au même moment. Nooooon, il ne s’agit pas des jonquilles, ni du muguet bleu. Pas non plus de l’élection d’un nouveau Pape ou d’une pensée positive de Théo. Ne cherchez pas trop loin. Plus fort qu’un boomerang, parce que l’on est sûr qu’il y aura un retour, plus précis qu’une lettre à la poste, surtout plus rapide, c’est le moment de dire du mal. Je m’en vais vous entretenir de beaujolais nouveau…

Phénomène historique et de société, non pas juste marketing comme peuvent le penser nos contemporains à la vue un peu courte, le vin nouveau marque en fait le temps qui passe. Depuis que l’homme fait du vin, il s’échine à trouver le moyen de le conserver au mieux. Mais, pourtant, en quelques millénaires rien de rien ne fut trouvé, et le vin nouveau était le meilleur des vins puisqu’en suite, en quelques semaines ou mois, selon que l’on fut chanceux ou non, il tournait au vinaigre. Ce qui est, vous en conviendrez, nettement moins plaisant. Le beaujolais nouveau n’est pas un phénomène isolé, c’est un marqueur de saison, une fois qu’il est arrivé, l’hiver arrive dans la foulée, c’est un minimum.

Un vin punk !

Mais alors, pourquoi tant de haine ? Effectivement, il suffit de faire semblant de s’y connaître vaguement en vin pour avoir un avis négatif à propos de cette piquette parée de tous les défauts du monde, à tout le moins depuis au moins une vingtaine d’années. Est-ce vraiment mauvais le beaujolais nouveau ? Mais bien sûr que non !

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C’est une évidence toute simple, on est sur le fruit, avec une belle acidité, des tannins à peine perceptibles, rien de plus, rien de moins. Il faut cesser de chercher à parer le beaujolais d’une série de vertus qu’il ne peut posséder, c’est définitivement un produit qui n’a aucune durabilité, c’est un peu une antithèse de tout ce que l’on croit être un pinard. Pas de vieillissement, pas d’évolution, pas de futur, un vin punk en quelque sorte. Mais est-ce pour autant qu’il faille le détester avec tant de véhémence ? Non, la détestation sans raison est une réelle absurdité. Il faut peut-être chercher ailleurs que dans les saveurs les raisons d’un rejet à la mode.

Effet de surexposition

En fait, le beaujolais souffre simplement d’un effet de surexposition. C’est un peu le Bruel du pinard, le Céline Dion du Jaja, le Lara Fabian du rouge qui cogne. A force d’en entendre parler, de les voir, de les entendre, d’entendre des générations de jeunes filles prépubères hurler à la seule vue du beau brun ténébreux, ou de la grande Québécoise, il y a de quoi s’énerver et dire du mal du prochain tube quoi qu’il arrive, même si on fredonne « je t’aiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiime » en cachette sous la douche. Il en va probablement de même avec le beaujolais, demi-victime de la mode du vin « loisir » qui se fait jour depuis une trentaine d’années.

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Avant cette époque bénie pour moi, le vin était surtout un produit alimentaire, une friandise complémentaire à ce que nous mangions sans en faire des tonnes et des tonnes. Depuis, le vin gagne chaque jour un peu plus ses lettres de noblesse, sa place au soleil, ce qui est une bonne nouvelle, je n’en disconviens pas c’est certain. Mais, plus la connaissance progresse, même si c’est très lentement, plus les caricatures se font présentes. Et ceux-ci de vouloir que le beaujolais nouveau soit au minimum du Pétrus ou pas loin.

Un vin pour être heureux sur le moment

Et si on faisait les choses simplement tout simplement, désintellectualiser le vin, le rendre à sa fonction essentielle : le plaisir ? Prenons les vins comme ils viennent, tels qu’ils sont et doivent être. Ce n’est pas juste une affaire de goût, mais plus souvent une affaire d’image, de positionnement, de look, de prix. Le beaujolais nouveau, c’est un vin de moment, avec des copains, autour d’une terrine de gibier, d’un jambon persillé, de quelques saucissons, un côté gaulois en résumé.

L’acidité légère du vin fera merveille sur le gras des charcuteries, donnera un peu de peps à la combinaison. C’est un coup de soleil dans un verre, et rien de plus. Quand on voit ce que boivent les gens dans les nombreux apéros urbains et autres organisés tout au long de l’été sur les places branchouillées des villes de notre joli royaume, il y a de quoi hurler. Cessons le beaujolais-bashing, prenons simplement notre plaisir, croyez-moi, dans ce vin-là, comme dans tous les autres, il existe de belles et bonnes choses.

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Oui, c’est vrai, il existe aussi un tas de productions imbuvables, et vendues à des prix scandaleusement élevés dans les magasins, bar à vins et restaurants du pays, c’est moche, mais est-ce pour autant qu’ils sont tous immondes ? Poser la question c’est y répondre. Un vin pour être heureux sans se tripoter les neurones. C’est ça le bonheur non ?

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