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Les bananes pourraient bien disparaître pour toujours

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Une seule variété de banane envahit nos rayons. | © Alberto Bigoni/Unsplash

Food et gastronomie

Et cela est en partie notre faute.

Aux côtés de la pomme, l’orange et la mandarine, la banane fait partie du top 4 des fruits les plus consommés en Belgique. On en trouve partout, à n’importe quelle saison. Il faut dire qu’elle est pratique, bonne (enfin ça, on vous laisse juger), facilement transportable, et vite mangée. En plus, elle est pleine de fibres et d’antioxydants. Ce fruit est tellement répandu qu’il est le quatrième produit agricole au niveau mondial, juste après le riz, le blé et le maïs. Dans nos rayons, différentes marques existent, et pourtant, la variété est invariablement la même : la Cavendish qui domine largement l’importation bananière en fournissant 97% du marché international. Malheureusement, cette banane pourrait bien disparaître. En cause ? Son exclusivité et les maladies. Et tout ça, c’est en partie notre faute.

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Deux maladies

La banane est véritablement face à un risque de disparition. Et cela en dit long sur notre société de consommation. D’après une nouvelle étude, le risque qu’une maladie fongique éradique nos bien aimées bananes se fait de plus en plus menaçant. La coupable : la cercosporiose noire. D’abord apparue en Asie, elle s’est maintenant frayé un chemin jusqu’aux bananiers des Caraïbes et jusqu’au nord de la Floride. Selon Dan Bebber, spécialiste des plantes et des maladies à l’université d’Exeter, interrogé par le Huffington Post, la propagation de la maladie est favorisée par le réchauffement climatique. « Dans de grandes parties des régions productrices de bananes du monde, les températures ont augmenté et le climat est devenu plus humide », explique-t-il. La déduction est simple : plus il fait chaud et humide, plus la maladie se sent à l’aise et se développera rapidement.

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Un arbre malade. ©Flickr creative commons

Une autre maladie menace également les bananes : la maladie du Panama. Par le passé, elle a même éliminé le type de banane le plus populaire de l’époque, la Gros Michel. En l’espace de quelques mois elle peut détruire entièrement des plants de bananes et infecter les sols à tel point qu’il est impossible d’y replanter quoi que ce soit pendant des décennies.

Pour la remplacer, c’est la cavendish qui est née. Aujourd’hui, elle représente la moitié des bananes cultivées dans le monde. Petit à petit, elle s’est implantée dans toutes les cultures bananières et toutes les assiettes. La diversité des espèces de bananes a plongé et on se retrouve avec des fruits qui ne semblent plus en mesure de résister aux principales maladies qui menacent une espèce et donc toute la production mondiale. Pour l’instant, cette maladie n’existe que dans les pays d’Asie. Mais une fois qu’elle aura atteint l’Amérique latine et les Caraïbes, on ne donne pas cher de la peau de la banane.

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Une seule variété

Voilà comment les bananes risquent de disparaître de nos caddies. Parce qu’on s’est largement assis sur la nécessité de la diversité des espèces, question de rentabilité et de standardisation. Pourtant, il existe environ un millier de variétés différentes à travers le monde. Mais celle qu’on connaît tous, qui envahit nos rayons, qui est bien jaune et qui a environ toujours la même taille et la même forme, c’est pratiquement toujours la même : la cavendish.

Dans l’ensemble des fruits et légumes, il n’existe pas d’exemple semblable.

Les producteurs l’adorent. Elle est facilement transportable, dure longtemps dans les trajets, se récolte en dix mois et se cultive sur un arbre ne dépassant pas les 3 m de haut, ce qui facilite sa culture. Elle est devenue le standard par excellence. À tel point que toute la filière s’est organisée autour d’elle. « Les efforts de recherche et de développement ont été dirigés vers l’optimisation des modes de production, emballage, transport, mûrissage et marketing des bananes Cavendish. À l’heure actuelle, le processus et l’équipement industriel de production et de distribution sont adaptés à la Cavendish », explique une étude sortie récemment. On vous présente votre Dole ou votre Chiquita et, en substance, toutes les autres bananes que vous trouvez dans vos rayons. « Dans l’ensemble des fruits et légumes, il n’existe pas d’exemple semblable. L’offre du marché pour un fruit est, dans tous les cas, constitué d’au moins deux variétés ».

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Même couleur, même taille, même variété. ©Matthew T Rader/Unsplash

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Place aux OGM ?

L’une des solutions avancées par les scientifiques serait de modifier génétiquement le gène affecté afin de tuer la maladie dans l’œuf. Un plant commercialisable serait d’ailleurs sur le point de naître. Mais qui voudrait d’une banane génétiquement modifiée ? Une autre solution serait de revenir à une diversité des cultures. Recréer un système moins intensif et comprenant une rotation des cultures. Certes cela influencerait le rendement mais un tel système offrirait une solution à la propagation des maladies. Si une espèce est éradiquée par une maladie, toutes les autres, développées à une échelle raisonnable, pourraient encore répondre à la demande mondiale. Mais pour cela, il faudrait aussi être prêts à voir débarquer dans nos rayons d’autres types de bananes.
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