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Ce sandwich au poulet frit a plongé l’Amérique dans le chaos (on vous explique pourquoi)

popeyes chicken sandwich

En apparence, un simple burger au poulet. En réalité, la nouvelle saga qui n'en finit plus outre-Atlantique. | © Popeyes.

Food et gastronomie

Une fable qui mêle poulet industriel et folie des hommes. Accrochez-vous, c’est à peine croyable.

Il était une fois un sandwich au poulet frit pas comme les autres. Mais avant de vous conter l’histoire du met qui affole les Américains, il faut savoir que la friture du poulet aux États-Unis, c’est un sujet qui déchaîne les passions. Héritage de la soul food (« nourriture de l’âme »), cette cuisine associée aux traditions culinaires afro-américaines du sud du pays, le poulet frit a pris une ampleur considérable au fil des années. Il s’est hissé au rang de culture nationale et fait l’objet de débats passionnés entre les obsédés du genre. Véritable plaisir coupable qui se consomme entre potes devant le Super Bowl ou en gueule de bois du dimanche, le poulet croustillant et doré comme il faut ne s’arrête plus de remplir les estomacs de nos amis les ricains. Preuve s’il en fallait une : selon le National Chicken Council, la population américaine consomme annuellement 4,5 kilos de poulet supplémentaire qu’il y a dix ans. Un véritable boom.

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Le poulailler commence à surchauffer

C’est dans cette conjoncture très favorable que la chaîne de fast food Popeye’s – détenue par le géant Burger King – lançait, début août, un nouveau « chicken sandwich » à la recette en apparence assez simple : un blanc de poulet frit dans du pain brioché au beurre, accompagné d’une mayonnaise épicée et d’une tranche de cornichon au vinaigre. Jusque-là tout va bien et on avoue qu’il nous fait méchamment de l’oeil, ce petit sandwich au modique prix de 3,99$ (soit 3,65€). S’en suit une campagne marketing bien maîtrisée sur les réseaux sociaux. L’objectif est clair : arriver à concurrencer l’enseigne Chick-Fil-A, leader incontesté sur ce marché en expansion et troisième plus grande chaîne de restaurants aux États-Unis, derrière Starbucks et McDonald’s. Les réactions sur les réseaux sociaux commencent à se multiplier, les internautes savourant leurs sandwiches face caméra et vantant le combo parfait qu’il constitue. Les files commencent à fleurir un peu partout. Tout le monde veut goûter cette nouveauté qui fait tant parler. Une municipalité du Nevada ordonne même la fermeture d’un restaurant car la file d’attente gêne la circulation. Une saga est née.

La #ChickenSandwichWar est née

L’excitation prend de l’ampleur lorsque Chick-Fil-A riposte à Popeye’s sur Twitter le 19 août, en publiant un message rappelant que le sandwich au poulet original, c’est chez eux et pas ailleurs. La guerre du poulet avait bel et bien commencé, les Américains s’empressant de donner leur avis sur lequel des deux sandwiches était le meilleur. Les réseaux sociaux s’affolent : des centaines de milliers de posts inondent Twitter, 40 000 publications Instagram sont consacrés au hashtag #ChickenSandwichWar et les termes de recherche Google « Popeyes Chicken Sandwich » font un bond de quasi 1000%. Jamais un sandwich n’avait autant divisé l’Amérique !

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Les retombées économiques sont instantanées pour Popeye’s, qui compte des files plus longues les unes que les autres dans tous ses magasins. Des restaurants sont obligés de bannir le sandwich, celui-ci ayant causé des accidents de circulation, et certains n’arrivent plus à suivre la demande. La nouvelle lubie de l’Amérique commence tout simplement à devenir sold-out un peu partout, les affiches « Plus de sandwiches au poulet » fleurissant aux portes des restaurants.

Rupture de stock sur tout le territoire américain

L’annonce tombe mardi sur le compte Twitter PopeyesChicken : « Nous adorons quand vous adorez le sandwich. Malheureusement nous sommes en rupture de stock (pour le moment) ». L’enseigne propose aux clients de télécharger l’application mobile, pour être avertis du retour du sandwich tant convoité. « Nous avons raté une chose, nous ne nous attendions pas à cartonner sur le Web », a expliqué vendredi sur CNN Jose Cil, le patron de Burger King.

Les internautes crient à la stratégie marketing et un homme craque complètement

Mais l’annonce a provoqué la colère des internautes qui dénoncent dans cette opération publicitaire une pénurie organisée, promettant de repartir vers la concurrence. « Vous n’êtes pas en rupture, vous l’avez sorti du menu pour faire sensation », accuse un internaute parmi la litanie des reproches faits à Popeyes. « Comment un restaurant de poulet peut être en rupture de poulet ? Je redonne mon argent et mon talent à Chick-Fil-A, jamais ils ne feraient ça », commente un autre. Un habitant du Tennessee a même porté plainte contre Popeyes pour fausse publicité, pratiques commerciales trompeuses et pour lui avoir fait perdre « un temps infini » à chercher son sandwich, relaie l’AFP.

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L’affaire a pris une tournure encore plus dramatique ce lundi soir à Houston, où un groupe de personnes a attaqué les employés d’un restaurant, nous apprend le HuffPost US. Les employés ont raconté à un journaliste de ABC13 que deux femmes et trois hommes s’étaient précipités à la porte du magasin après avoir été avertis au drive-in que les sandwiches au poulet étaient en rupture de stock. Ils auraient même laissé un bébé dans leur véhicule. Heureusement, le staff apeuré a eu le temps de bloquer les portes du magasin. La police de Houston a confirmé les informations, ajoutant qu’un homme armé d’un calibre avait menacé les employés depuis l’extérieur. La guerre du poulet n’a pas encore fait de victimes. Et pourrait s’estomper pour laisser place à une autre lutte sans merci, celle des Mac & Cheese bowls, commercialisés fin août par KFC et, encore, Chick-Fil-A. Les États-Unis n’ont pas fini de nous livrer des histoires que l’on aurait pas pu inventer.

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