Paris Match Belgique

« L’ADN des femmes, c’est d’enfanter » : Un colloque gastronomique tourne au fiasco sexiste

50 Best

Mauro Colagreco couronné du meilleur restaurant du monde, en juin 2019. | © Theodore LIM / AFP

Food et gastronomie

Les stéréotypes de genre ont la peau dure au sein du monde gastronomique, en témoigne le colloque du 50 Best organisé à Paris ce lundi.

Pour la première fois depuis sa création en 2002, le baromètre gastronomique The World’s Best 50 Restaurants a organisé un colloque à Paris, la terre de son principal concurrent Michelin. Le chef Mauro Colagreco du restaurant Mirazur*** était accompagné de nombreux chefs de renom afin de discuter de la manière dont la cuisine traverse les frontières et de débattre de l’avenir de la gastronomie française. « La cuisine nous raconte les métissages, les voyages. Elle permet de dépasser les frontières et de nous penser comme humanité », a notamment déclaré le numéro 1 du classement de cette année. Mais après son plaidoyer pour la multiculturalité, le colloque a pris une autre tournure lorsque le panel intervenant sur « l’évolution de l’identité de la gastronomie française » est arrivé sur scène. Ce dernier ne comptait que des hommes. « Vous parlez d’une cuisine française qui traverse les frontières, mais où sont les femmes ? » fut d’ailleurs la première question venant du public à la table ronde composée par Yannick Alléno, Mauro Colagreco, Bertrand Grébaut, Romain Méder et Alain Passard.

La représentation des femmes a toujours été l’une des principales critiques à l’encontre du 50 Best. En 2017, le classement avait déjà été épinglé pour son absence totale de restaurants gérés par des cheffes indépendantes. Seules trois femmes, cogérant chacune un restaurant avec un homme, figuraient sur la liste. En 2019, le comité a modifié son règlement dans un effort d’être plus inclusif. Résultat : seulement cinq femmes dans le top 50, dévoilé en juin à Singapour. Son prix de la meilleure cheffe est également controversé. « Si nous parlons de moderniser la cuisine française, vous auriez dû commencer par là », a déclaré un autre membre du public.

Lire aussi > Michelin au masculin : À la course aux étoiles, où sont les femmes ?

L’ADN des femmes, c’est d’enfanter.

« Il faut prendre conscience que les femmes sont encore absentes mais qu’elles sont là », a tenté de justifier la présidente du 50 Best Hélène Pietrini ce lundi à Paris, indique Libération, ajoutant maladroitement que la moitié des chefs mandatés pour confectionner le lunch étaient des femmes. La question de l’égalité des sexes dans le monde de la gastronomie a ensuite été abordée par Yannick Alléno, accusé de coups et harcèlement en 2015. « Je le regrette, mais il y a des freins structurels. Beaucoup de femmes nous demandent à travailler le midi car, le soir, elles doivent s’occuper des enfants », a expliqué le chef du pavillon Ledoyen***, selon le journal français, avant de s’enfoncer : « Nous, les hommes, on a de la chance. L’ADN des femmes, c’est d’enfanter. » Sous les huées du public, le Français a présenté ses excuses, même s’il a assuré que son discours « n’est pas phallocrate ».

Le désaccord s’est également fait entendre du côté de son voisin, Bertrand Grébaut. « Ma compagne est cheffe et nous avons élevé nos enfants à deux », a expliqué le chef du Septime*, prouvant que les cheffes ne sont pas absentes et que les hommes peuvent, et doivent, aussi élever leurs enfants. « Il faudrait des évolutions de société », a répondu Yannick Alléno, aussi tôt repris par Grébaut : « Nous, on n’a pas attendu la société pour avancer ! »

CIM Internet