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Ce qui est problématique avec la cérémonie du guide Gault&Millau

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Une ovation générale pour Arnaud Donckele, sacré Cuisinier de l'Année 2020 en France. | © Gault&Millau/hrvprod

Food et gastronomie

Le guide Gault&Millau est à nouveau accusé d’avoir livré un palmarès très masculin. Lors de la cérémonie, certaines femmes étaient bien sur scène, mais avec des plumes à la place des tabliers blancs.

 

Cela n’étonne presque plus personne. La représentation des femmes dans la gastronomie est problématique. Si besoin d’une preuve supplémentaire, il suffit de regarder la cérémonie pour l’édition 2020 du Gault&Millau, le célèbre guide gastronomique fondé en 1972, qui a désigné Arnaud Donckele comme chef de l’année en France, et Bert Meewis du restaurant Slagmolen chez nous. En France, plus particulièrement, l’événement organisé le 4 novembre au Moulin Rouge a laissé un goût amer. Aucune femme n’est citée parmi les dix membres de l’Académie célébrés par le guide. Mais au-delà de son palmarès très masculin – ce qui est (presque) devenu une habitude -, c’est la cérémonie en elle-même qui dérange. Pour s’assurer d’une présence féminine, les organisateurs ont fait appel sur scène à des danseuses de cabaret, avec les plumes, strass, petites tenues et tout le tralala.

Sur les réseaux sociaux, l’image n’a pas manqué de faire réagir, sans créer pour autant une énième polémique. « Il y a comme un problème dans la représentation des femmes dans le monde de la cuisine… Oups, je crois que cela s’appelle du sexisme », a critiqué Marie-Sophie de Bruxelles, pointant du doigt la catégorie « les 6 Grands de Demain » – rien que le nom au masculin titille : Baptiste Denieul, Florian Descours, Xavier Jarry, J-B Lavergne-Morazzani, Tabata et Ludovic Mey et Julien Poisot. Soit une seule femme citée aux côtés de son mari, la cheffe brésilienne des Apothicaires à Lyon, après avoir tenu les rênes du restaurant Marguerite de Paul Bocuse, lui qui ne voulait pas entendre parler de femme cheffe de cuisine. « Au Gault&Millau, les femmes n’ont d’avenir que si elles sont mariées. Ce n’est plus du sexisme ou de la misogynie, on est au-delà. Ou 50 cm en dessous », poursuit l’internaute passionnée de cuisine, publiant une photo du couple, avec Ludovic debout et Tabata assise.

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Sans surprise, la réalisatrice du documentaire À la recherche des femmes chefs Vérane Frediani a également critiqué la cérémonie du célèbre guide gastronomique, celui qui a invité le nom « Nouvelle cuisine » dans les années 70. « Apparemment ils sont restés coincés dans cette décennie. Est-ce que l’un des chefs mâles a trouvé quelque chose d’étrange lors de cette cérémonie ? Vous connaissez la réponse. » 

 

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Last night in France… famous food guide Gault et Millau, the one that invented the name Nouvelle Cuisine in the 70 ties presented its new academy of chefs…. apparently they got stuck in the 70 ties… Did any of those male chefs find something strange in that ceremony? ….you know the answer! Pauvre France! @annasulan @cheflisamarkwell @lamarkwell @womenoffood @chef_chantelle @thesheiladillon @faymaschler @esterelle @ladiesofrestaurants @victoriastewartpics @dirtcandynyc @arlenestein @michelinguide @theworlds50best @atabula @mediapart @oadtop100 @codehospitality @dominiquecrenn @marleneschiappa ….and MANY more ! #femalechef #frenchgastronomy #lesculsdepoule PIX from @foodandsens

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« Mettre en avant des dieux de la gastronomie »

La réalisatrice française qui a publié le livre Elles cuisinent mettant en lumière des cheffes du monde entier a interpellé le Gault&Millau sur les réseaux sociaux, tout comme la créative culinaire belge Axelle Minne, fondatrice du studio FAIM. Et les réponses sont hallucinantes. Les belles plantes plumées étaient sur scène, « étant au Moulin Rouge », justifie le guide via son compte Instagram, comme si ces danseuses professionnelles étaient un décor. « Bien que des femmes soient présentes en cuisine aujourd’hui, la grande cuisine est représentée pour le moment par des hommes. Ce n’est pas un choix, c’est un fait ». Le Gault&Millau, tout comme le guide Michelin, ne sont-ils pas en partie responsables des « nouveaux » visages de la gastronomie française, notant chaque année des chef.fes à ne pas manquer ?

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Ayant reçu le même message, Vérane Frediani a riposté à propos de la liste des « 10 plus grands cuisiniers de tous les temps » : elle « aurait pu et dû y inclure des femmes : Annie Desvignes, Simone Lemaire, Jeanne Drouin, Cristiane Massia….et tant d’autres qui malgré la misogynie de la cuisine française ont été étoilées ! Voilà le boulot que vous refusez volontairement de faire. Inviter toujours les mêmes pour faire croire que c’était ça la gastronomie en France hier, ça nous dessert toutes et tous ! » Interpellé par Axelle Minne sur les actions concrètes mises en place pour « mettre en valeur ces académiciennes dans un futur proche », le Gault&Millau a simplement répondu que le but n’était pas d’y ajouter des chefs tous les mois, ni de faire de la discrimination positive, mais plutôt de « mettre en avant des ‘dieux’ de la gastronomie ». « Un peu comme un panthéon. »  Pas étonnant que de plus en plus de foodies mettent en doute l’utilité de ces guides gastronomiques, qui s’éloignent toujours un peu plus de la réalité.

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© Capture d’écran Instagram/Axelle Minne
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