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À quoi ça sert d’éviter les supermarchés pendant un mois ?

Février sans supermarché

En février, on remplace son caddie par son cabas pour rencontrer les commerçants du quartier. | © Matheus Vinicius/Unsplash

Food et gastronomie

Le défi de « Février sans supermarché » est de retour en Belgique pour la deuxième fois.

 

Passer tout le mois de février sans mettre un pied dans un supermarché, c’est le défi qui revient pour la deuxième année consécutive dans notre plat pays. Tenir un défi pendant tout un mois, même celui de février, c’est long. Et pourtant, l’année dernière, des milliers de Belges ont tenté l’aventure. À tel point que certains petits commerces ont vu leur chiffre d’affaires augmenter. Il y a un an, nous avions testé de passer tout le mois de février sans entrer dans un supermarché. Après dix jours, on avait raté. Mais finalement, le but de l’opération n’est pas tant de boycotter les supermarchés que de soutenir les petits commerçants indépendants. Même si on craque de temps en temps, l’important, c’est de commencer.

Une question de temps

Lancé en Suisse en 2017 par le collectif En vert et contre tout, le défi de « Février sans supermarché » s’est frayé un chemin en Belgique l’année dernière via Jean-Christophe Caron et ses pages Facebook « Vivons bien, vivons belge » et « Bruxelles sans supermarché ». « Le but, c’est de réapprendre à retourner vers les choses plus simples : les drogueries, les librairies, les boulangeries. Alors que les supermarchés ont tendance à s’approprier les boulangeries, les librairies », explique-t-il. Au détriment des petits commerces indépendants qui luttent quotidiennement. Ce qu’il imagine, lorsqu’il parle de « Février sans supermarché », ce sont des citoyens qui se retrouvent dans leur quartier, discutent, se rencontrer et réapprennent à faire les choses eux-mêmes. Bien qu’il ne soit pas indispensable de commencer à réaliser sa lessive et son déodorant soi-même pour réussir le défi de ce mois.

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Mais passer son samedi à aller à la boulangerie, la boucherie, au marché et à l’épicerie peut en rebuter plus d’un. Question de goût, d’abord. « Je déteste les marchés ». Et de temps, ensuite. « Les gens pensent qu’ils n’ont pas le temps de faire tout ça. Mais moi je dis qu’il faut simplement reprendre le temps. Se remettre en route. On se trouve dans un cercle vicieux où on est toujours devant sa télévision ou son smartphone. C’est difficile de les abandonner un peu et de changer ses habitudes. Ce n’est pas qu’on n’a pas le temps, c’est qu’on doit choisir de le consacrer à autre chose ».

Au palmarès des excuses reçues pour préférer les grandes surfaces aux petits commerçants : les prix. « Quand on regarde le prix de la viande au kilo en supermarché, on se rend compte qu’il est bien souvent moins cher en boucherie. On ne dépense pas plus d’argent, c’est faux. En plus, on n’est pas tenté par un tas de choses dont on n’a pas besoin. On jette moins, parce qu’on achète moins et que les produits sont meilleurs et on dépense moins son argent à des bêtises », soutient Jean-Christophe Caron. Sur ce point, les participants aux défis précédents, en Belgique mais aussi en Suisse ou en France, ont l’air d’accord. « De nombreux témoignages de participants aux premiers défis assurent avoir dépensé moins et mieux. En effet, en remplaçant le jetable par du durable, en ne cédant pas au marketing de la grande distribution, mais également en brisant le cliché que seuls les supermarchés pratiquent des prix abordables, on se rend compte qu’écologie rime souvent avec économie », affirme le collectif suisse.

Février sans supermarché
Troquer la quantité contre la qualité. ©PublicDomainArchive/Unsplash

Commencer petit

Pour les plus motivés qui souhaitent tester l’aventure, il y a plusieurs choses à savoir. D’abord, ce n’est pas grave si vous faites une entorse à la règle. Vous n’irez pas en enfer si, comme nous, vous avez craqué une salade toute faite sur votre temps de midi. Le principal, c’est de mettre des choses en place pour vous faciliter la vie et mettre toutes les chances de votre côté pour ne plus succomber à la tentation. Ou moins, en tout cas. Ensuite, vous n’êtes pas obligé d’appliquer un boycott total ! « Appeler le défi « Février en favorisant les commerces indépendants et en soutenant les petites fermes » c’était trop long. L’essentiel est de soutenir le circuit court au mieux de ses possibilités et de son lieu d’habitation. Il est vrai que dans certaines régions, il ne reste presque rien d’autre que des grandes enseignes. À ce moment-là, on peut imaginer se faire livrer un panier de producteurs locaux ou simplement prendre son café dans le bistrot du coin plutôt que de le prendre au distributeur du travail. C’est une petite contribution, mais si on est beaucoup à le faire, ça fait son effet« , conseille En vert et contre tout. Et ils ont raison. Si ce mois de février vous fait prendre comme habitude d’acheter votre pain chez votre boulanger plutôt que dans une grande surface, alors c’est gagné.

Février sans supermarché
Choisir sa manière de consommer est un réel pouvoir citoyen. ©Sylvie Tittel/Unsplash

« Je conseille aussi de rejoindre des groupes sur les réseaux sociaux. Les gens sont bienveillants, on se sent moins seuls, on peut recevoir des conseils et les gens sont très réactifs pour répondre aux questions », recommande Jean-Christophe qui rappelle que sa page recense un maximum de commerces indépendants, région par région. Pour lui, les supermarchés, tout bios ou locaux qu’ils soient, sont à proscrire. « Lorsque les pommes viennent de l’étranger, il faut se poser des questions ». Mais il admet cependant que c’est un premier pas facile à faire. Et puis, c’est toujours mieux d’acheter ses légumes dans un petit supermarché bio et belge que dans une grande chaîne internationale. « Il y a plein de points positifs à abandonner les grandes surfaces. On a moins de stress, on développe des relations humaines, c’est plus convivial d’aller chez son boulanger et d’avoir un mot gentil. On développe l’économie circulaire, on met des gens au travail, et on respecte l’écologie ». Alors, prêts à relever le défi ?

Les grandes enseignes ont flairé le filon

L’année passée, alors que les plus petits commerçants affirmaient avoir vu un impact positif sur leur chiffre d’affaires pendant le mois de février, les grandes enseignes comme Carrefour soutenaient qu’elles n’avaient pas vu de différence dans la fréquentation de leurs magasins. C’est en tout cas ce qu’ils affirmaient sur les antennes de la RTBF, lors d’un bilan de cette première édition. N’empêche que, ces mêmes grandes enseignes sont en train de mettre en place un tas de mesures pour aller dans le sens des revendications écologiques. Ainsi, depuis trois ans, il est possible d’utiliser ses contenants réutilisables chez Carrefour, qui affirme, par la même occasion, soutenir les producteurs locaux. Les lignes bougent donc, mais iront-elles assez loin pour convaincre des citoyens en demande de relations humaines, d’une politique écologique réellement efficace et d’un retour aux produits naturels ? En attendant, on a comme réponses les commerces locaux qui proposent déjà tout ça en même temps.

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