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Cacao amer : pénurie de chocolat en 2020 ?

Le chocolat pourrait être en pénurie d'ici trois ans | © Belga

Food et gastronomie

Finis les oeufs de Pâques fourrés de praliné, les dames blanches noyées de chocolat fondu, les barres chocolatées à l’heure du goûter ? La nouvelle est difficile à avaler, et pourtant, on ne peut plus vraie : d’ici à 2020, le monde pourrait faire face à une pénurie de chocolat. 

 

Il y a quatre ans, le chocolatier Barry Callebaut avait jeté un pavé sacrément indigeste dans la mare : selon lui, la production mondiale de cacao serait incapable de faire face à la demande accrue de chocolat, et d’ici 2020, le monde se retrouverait en situation de pénurie. En cause : l’appétit grandissant des pays émergents pour le chocolat. Alors qu’un Belge consomme en moyenne 8 kilos de chocolat par an, jusqu’il y a quelques années encore, un Chinois se limitait à une consommation annuelle de 100 grammes de chocolat.  Une demande relativement modeste qui ne cesse de progresser avec l’élévation du niveau de vie dans les pays émergents. « On parle de cette pénurie depuis deux ans« , avait commenté à l’époque Raphaël Wermuth, responsable de la communication chez Barry Callebaut, à La Libre Belgique. « Nous ne sommes pas surpris. La production de cacao a toujours souffert d’un déficit structurel par rapport à la demande en chocolat et c’est ce déficit qui atteindra un million de tonnes en 2020″.

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Mauvaise recette

Pour tenter de faire face, les exploitants ont augmenté leurs cadences et fait exploser la production mondiale ces derniers mois : +15 % depuis l’été dernier. Problème : contre toute attente, la demande n’a pas suivi. Avec, à la clef,  un excédent mondial de 264 000 tonnes de cacao et le cours de l’or noir qui s’effondre : moins 40 % en six mois, le niveau le plus bas depuis huit ans. Une chute vertigineuse, ainsi que l’a expliqué Laurent Pipitone, directeur de la division économie à l’Organisation mondiale du cacao, au micro de la RTBF :  » C’est une chute particulièrement importante qui nous inquiète à l’ICCO tout simplement parce qu’une telle glissade va affecter de façon importante les revenus des producteurs. Si ce niveau de prix est maintenu dans les mois voire les années qui viennent ce qui est possible, cela va affecter l’ensemble des programmes de durabilité qui ont été mis en place. On ne peut pas avoir de cacao durable si les producteurs de cacao n’ont pas de revenus suffisants pour subvenir à leurs besoins et restent à un niveau de pauvreté important « .

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La ruée vers le cacao

De quoi dégoûter les agriculteurs de cultiver des cacaoyers ? Pas s’il faut en croire Paul-Henri Masson, le co-fondateur de la marque Le Chocolat des Français : « Même s’il a baissé dernièrement, et tous les professionnels du secteur pensent que c’est temporaire, le prix du cacao incite de plus en plus de gens à s’y intéresser. Beaucoup d’agriculteurs sautent le pas, délaissant la canne à sucre ou autres pour le cacaoyer » a-t-il ainsi confié à Grazia. Après l’or, la ruée sur le chocolat ? Les consommateurs, eux, l’ont déjà entamée – reste aux producteurs à s’aligner.

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