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Cyril Lignac, le réconfort sur mesure

Cyril lignac

Cyril Lignac a été parmi les premiers chefs à offrir ses gâteaux aux soignants mobilisés contre l’épidémie. | © Abacapress

Food et gastronomie

Le jour, il offre gâteaux et chocolats aux soignants. Le soir, il partage ses recettes sur M6 pour que l’on renoue avec le fait-maison. Rencontre avec un phénomène.

 

Les paquets blanc et bleu, des pâtisseries à l’intérieur et des sourires sur les visages. Cyril Lignac a été parmi les premiers chefs à offrir ses gâteaux aux soignants mobilisés contre l’épidémie. Dans quelques jours, pour Pâques, il livrera aux hôpitaux de Paris 500 boîtes d’œufs en chocolat. « Les petites attentions redonnent du courage. Ma mère était infirmière, ma sœur l’est aussi, elle est sur le front. Je connais la force, le courage et la résilience des gens qui font ce métier », confie le chef.

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Pour se confiner, il a choisi son appartement parisien. « On n’est jamais mieux que chez soi ! » Il a fermé ses restaurants mais pas son fourneau. « Je ne regarde plus les informations car c’est anxiogène, explique-t-il. Je ne suis pas malade, je n’ai pas le droit de me plaindre. Même dans les périodes terribles, il y a des opportunités de réflexion positive. Il y aura un avant et un après le confinement. On se remet en question, on s’interroge. Quand j’ai eu mon accident de scooter en 2016, je suis resté alité 45 jours. J’ai compris que je devais accepter de ne plus tout maîtriser. Si on m’avait dit “ralentis”, je n’aurais pas écouté ».

 

Livraison de gâteaux à l’hôpital Necker. Le 17 mars sur Instagram, Cyril a commenté : « Merci à tout le personnel hospitalier et médical ! ». A droite: Le 2 avril sur Instagram, Cyril Lignac rend hommage à sa sœur infirmière (à droite sur la photo). «Tellement fier de toi », écrit le chef
Livraison de gâteaux à l’hôpital Necker. Le 17 mars sur Instagram, Cyril a commenté : « Merci à tout le personnel hospitalier et médical ! ». A droite: Le 2 avril sur Instagram, Cyril Lignac rend hommage à sa sœur infirmière (à droite sur la photo). «Tellement fier de toi », écrit le chef. ©Instagram

Lui n’est pas solitaire mais contemplatif parfois : « Je peux rester deux heures à regarder l’horizon et à penser ». Hyperactif en revanche sur les réseaux sociaux – suivi par 1,3 million d’abonnés sur Instagram –, il a posté, dès les premiers jours du confinement, une vidéo en live d’une recette de cookies. L’idée cartonne et, quelques jours plus tard, il lance l’émission Tous en cuisine sur M6.

« La cuisine c’est la forme, le fond c’est la rigolade. Je veux apporter de la joie. Je suis en train de redécouvrir le plaisir de préparer des plats tout simples sans matériel et sans brigade. Cela fait dix ans que je n’avais pas fait une blanquette de veau ! Je prends un plaisir fou car ce programme, c’est moi, ce n’est pas le chef qui parle. Je retrouve mes racines. La bonne cuisine n’est pas réservée aux riches, elle est née dans les campagnes, c’est celle des mamans. La mienne n’avait rien mais ses plats avaient tout, se souvient l’enfant de l’Aveyron. Notre société veut toujours plus… Une asperge cuite à l’eau avec un filet d’huile d’olive et un peu de fleur de sel, par exemple, c’est excellent et il n’y a rien à ajouter ! »

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Pour cette émission, ce passionné, qui a toujours un temps d’avance, a exceptionnellement ouvert aux téléspectateurs son « cocon » : sa cuisine, spacieuse et moderne. Une hotte dernier cri et une ribambelle de couteaux. « S’il vous manque quelque chose, je vous donne des alternatives », rassure-t-il. Pour s’inspirer, il puise dans ses placards et dans ses souvenirs d’enfance. Il sort faire ses courses tous les trois jours et n’achète que du frais chez les artisans, des fruits et légumes chez les petits producteurs. « Ce confinement doit nous faire réfléchir sur nos modes de vie, l’écologie, notre alimentation. Nous avons tout, l’excellence des produits, et malgré cela on achète à l’autre bout du monde », constate le chef.

Dans ses boutiques : oursons guimauve, pains aux raisins, tarte gianduja, babas au rhum, roulé au chocolat, paris-brest. cyrillignac.com.
Dans ses boutiques : oursons guimauve, pains aux raisins, tarte gianduja, babas au rhum, roulé au chocolat, paris-brest. cyrillignac.com. ©DR

Cette année il vient de publier Histoires de goûts dans lequel il raconte les recettes de son enfance. « 40 ans, c’est l’âge où tu perds un peu de légèreté, tu as besoin de retrouver ce qui compte. Je prends conscience que le temps est passé vite. Aujourd’hui, ma mère est partie. Un fils et une mère, c’est une alchimie. Elle était toute ma vie. Ma mère m’a transmis la gentillesse, le partage et la simplicité », confie Cyril. Dans ses plats, il n’a jamais dévié de ses valeurs : le vert de la campagne, le rythme des floraisons, les produits de la ferme. « Le dimanche c’était jour de fête. Ma mère cuisinait un canard et nous raclions les fritons au fond de la casserole ». Dans quelques mois, Cyril quittera les saveurs du Sud-Ouest pour celles de l’Italie. Il ouvrira dans la capitale un restaurant du nom de l’île qu’il affectionne, Ischia, dans le golfe de Naples.

Cyril aime les voyages, l’aventure, rencontrer des gens pour s’imprégner des histoires et des goûts d’autres pays. En 2016, il s’était inspiré du Japon avec le Bar des Prés à Paris. Ischia ouvrira à la place de son restaurant Le Quinzième qui lui a valu sa première étoile en 2012. « J’étais arrivé au bout de l’histoire. J’ai rendu mon étoile. Un jour, j’y reviendrai peut-être… » Toujours aussi rigoureux aujourd’hui, il n’a pas oublié qu’il s’était promis de décrocher les étoiles de ses rêves. « Il y a quelques mois, ma sœur a retrouvé une carte d’anniversaire que j’avais écrite à ma mère alors que je venais d’entrer à l’école hôtelière. J’avais noté au dos : “Maman, je révolutionnerai la gastronomie française et je serai le cuisinier de l’an 2000.”  »

Quand j’ai démarré la télé, tout le monde a crié au scandale.

Dès sa jeunesse, il a manié l’audace. Avant d’être chef, il voulait être pompier. « Ma mère qui travaillait aux urgences m’en a dissuadé et quand j’ai annoncé à mes parents que je voulais être cuisinier, elle a pleuré de joie », se souvient-il. Cyril a bousculé les codes de la famille en s’installant à Paris à l’âge de 22 ans après avoir décroché un CAP de cuisine et de pâtisserie. « Paris, c’était mon Amérique à moi ». Il a appris chez Alain Passard et Pierre Hermé, montant les échelons sans rien s’interdire. À 27 ans, il cultive la différence lorsqu’il se lance sur M6. « La télé, cela ne correspondait pas au milieu d’où je venais. J’étais timide et réservé mais je me suis soigné. Mon métier c’est cuisinier. Si la télé s’arrête, ma vie continuera avec mes restaurants », dit Cyril.

À ses débuts, on lui a parfois reproché d’être connu avant d’avoir fait ses preuves. « Quand j’ai démarré la télé, tout le monde a crié au scandale, mais, quinze ans après, on remarque que ces émissions ont beaucoup apporté au monde de la gastronomie. Cela a ouvert des portes, changé nos habitudes, favorisé les vocations. Si je peux donner aux jeunes le goût de se mettre aux fourneaux, je suis heureux », explique-t-il. Et dans dix ans ? « Je suis incapable de me projeter, la vie a toujours eu plus d’imagination que moi. J’ai beaucoup de chance, j’avance, je saisis les opportunités, je me trompe et je recommence ! »

À lire : « Saisons », éd. de La Martinière. « Histoires de goûts », avec Elvire von Bardeleben, éd. Robert Laffont.

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