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Les subtilités culinaires de Julie Andrieu

Son conseil pour les repas de fêtes ? "Essayer de consommer local, on a tous près de chez nous des producteurs engagés et de qualité et c’est toujours l’occasion de jolies rencontres". | © Pierre Planchenault

Food et gastronomie

Rendre la cuisine accessible. Telle est l’approche, depuis plus de 20 ans, de Julie Andrieu. Que ce soit dans ses livres, ses émissions TV ou ses publications sur les réseaux sociaux, son ton chaleureux rassure et séduit. Son nouveau livre A comme astuces, véritable abécédaire, nous fait manger malin.


Paris Match. Pourrait-on dire que vous êtes « tombée en amour » de la cuisine à l’aube de vos 20 ans ?
Julie Andrieu. En effet, la cuisine ne faisait pas partie de la culture familiale. Mais j’avais rencontré Jean-Marie Périer qui aimait bien manger, les bistrots, les marchés, tout ce qui m’était jusque là étranger. Si la cuisine fut d’abord un moyen de passer de bons moments entre amis, c’est vite devenu une passion puis un métier, sans réel calcul. Je dédie ce livre à Claude Lebey, critique gastronomique, qui a cru en moi en me proposant de mettre en mots ce que je ressentais.

À l’époque, vous vous destiniez plutôt à la photographie. L’œil curieux déjà ?
Je me voyais photoreporter ou rien. J’ai toujours eu une réelle curiosité du monde qui s’est, dans un premier temps, exprimée à travers des photos et des voyages. Par la suite, je me suis intéressée aux recettes d’ailleurs, j’ai pu à la fois pénétrer dans les cuisines des régions comme des grands chefs. Autant d’expériences qui m’ont permis d’avoir une approche presque sociologique de la cuisine. Elle se construit au fil des siècles, des flux migratoires, de l’histoire, de la géographie. On apprend énormément d’un pays ou d’une région à travers ses traditions culinaires. C’est ce qui m’intéresse avant tout, bien plus que la technique, même si je m’astreins à délivrer des recettes qui fonctionnent. En cela, j’ai été biberonnée aux magazines anglais et américains qui ne proposent que des plats réalisables sous peine de procès ! Je me souviens d’une visite chez Gourmet Magazine où chaque bureau de journaliste était prolongé par une petite cuisine afin de tester chaque recette. Tout compte fait, il s’agit du minimum à garantir au lecteur. Récemment, j’ai passé toute la journée à faire et refaire un menu de Noël, à vérifier les temps de cuisson, les températures… J’ai choisi une pastilla de faisan aux dattes et aux noix, un foie gras mi-cuit au micro-ondes et un merveilleux au chocolat et aux marrons.

Avez-vous conçu ce livre comme une sorte de dictionnaire à consulter par moments ?
En effet, un ouvrage dans lequel on pioche en fonction des envies, des saisons, des invités ou de ce qu’on a dans le frigo. Je suis la preuve vivante qu’on peut très bien ne rien connaître à la cuisine et s’y mettre. En TV, à l’époque, on avait l’impression qu’il fallait avoir trois grand-mères expertes pour oser s’y risquer ! Pour ma part, J’ai toujours eu un côté rassembleur. J’ai les mêmes copines depuis l’adolescence, voire l’enfance, qui ont été mes cobayes. Aujourd’hui, je cuisine beaucoup avec mes enfants, du temps précieux passé ensemble.

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Étiez-vous particulièrement fonceuse ou visionnaire ?
Quand j’ai dit à ma maman comédienne Nicole Courcel que j’allais arrêter la photo pour me consacrer à la cuisine, elle était désespérée. Dans son esprit, c’était tout ce contre quoi elle s’était battue, à savoir l’asservissement de la femme aux tâches ménagères. Elle ne le voyait pas comme un vecteur d’indépendance. Mais j’aimais bien aller à contre-courant et, d’une certaine façon, j’ai pressenti que la cuisine pouvait être un vrai sujet en TV.

Quel serait le repas de fêtes idéal en cette fin d’année ?
Essayer de consommer local, on a tous près de chez nous des producteurs engagés et de qualité et c’est toujours l’occasion de jolies rencontres. Il est possible de surprendre et de se faire plaisir avec des produits de saison et en allant au-delà de nos habitudes. Mais il n’est pas interdit, en période de fêtes, de s’attaquer aussi à de grandes recettes. J’adore le lièvre à la royale et je n’hésite pas à m’enfermer longtemps dans ma cuisine. Mais toujours en m’amusant.

A comme astuces, Mon abécédaire de la cuisine, Julie Andrieu, Photographies de Jean-François Mallet, Robert Laffont

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