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Excellence belge : l’histoire du vigneron bruxellois sans terre

Visite à Gudule Brussels Urban Winery, vigneron à Bruxelles

Thierry Lejeune au travail : « Nous sommes un chai urbain, dans le mouvement de la ville, et nous produisons, élevons et assemblons des vins qui rassemblent des gens. » | © DR

Food et gastronomie

Gudule Brussels Urban Winery.  Dans son domaine situé à Laeken, Thierry Lejeune a fait des vignobles de l’Union européenne son terrain de jeu, en composant divers assemblages maison qui lui ont déjà valu douze médailles dans divers concours internationaux.

 


Imprimeur dans une vie antérieure, Thierry Lejeune a toujours été animé par la passion du vin. L’envie d’en produire le titillait depuis longtemps mais, faute de temps et de moyens, il choisit, dès 2018, de devenir vigneron sans terre. « Ne possédant pas de vignes et habitant Bruxelles, le défi était grand. Une seule solution pour moi : faire venir le raisin, en grappes. »

Il ne ménage pas sa peine et fait son nid dans un atelier de Laeken qu’il dote de tout le matériel nécessaire : cuverie thermorégulée, pressoir, égrappoir, tablette de tri, sans oublier les bouteilles. Résultat : aujourd’hui, une production annuelle de 40 000 flacons.

Quant aux grappes, elles viennent du Beaujolais, de Bourgogne, de la Loire, du Sud-Ouest, de France et de Navarre, mais aussi de Toscane, d’Espagne, d’Allemagne et d’Autriche, avant de se prêter à l’alchimie d’un assemblage que Thierry prépare d’une main experte. « Bruxelles est mon terroir émotionnel et c’est assez naturellement que je me suis consacré corps et âme à une production dédiée à sainte Gudule, patronne de la ville. »

Symbole de la pureté triomphant du mal, celle-ci avait sa cathédrale. Voilà qu’elle dispose à présent d’une vinerie en odeur de sainteté. « Chez Gudule, nous croyons que la ville rapproche les idées et que le vin rapproche les gens. Nous croyons également que Bruxelles est ce terroir unique qui en fait la synthèse. Nous sommes un chai urbain, dans le mouvement de la ville. »

La plupart de ses vins ne sont pas filtrés et certifiés bio, avec même quelques tentations biodynamiques. Les sulfites sont réduits à leur plus simple expression.

Il faut reconnaître que l’inspiration a donné des ailes à l’ancien imprimeur, qui propose en entrée de gamme un blanc joliment intitulé « Afterwork en terrasse », un rouge du même tonneau, « Retour du marché », et un rosé, « Après-midi au parc ». Du frais, du gouleyant, complété par une gamme plus gastronomique, avec en tête d’affiche « Soirée à l’opéra », un blanc dont la cuvée 2020 associe élégamment jurançon, riesling et sauvignon, et qui a obtenu deux médailles d’or à Lyon et à Londres. L’accompagne un rouge scintillant appelé « Dîner en ville » dans lequel se retrouvent, en bonne compagnie, syrah de Minervois et sangiovese toscan ainsi que grenache et mourvèdre des terrasses du Larzac.

Mais le vigneron bruxellois ne s’arrête pas là. À la fin de l’année, il sortait un premier mousseux intitulé « Effervescence », couronné d’une médaille d’argent à Londres, de même qu’il expérimentait un vin orange, c’est-à-dire un vin blanc vinifié comme un rouge, dont les 300 bouteilles sont parties « comme des petits pains. »

 

Pour donner ces subtils nectars, les raisins viennent du Beaujolais, de Bourgogne, de la Loire, du Sud-Ouest, de France et de Navarre, mais aussi de Toscane, d’Espagne, d’Allemagne et d’Autriche. ©DR

Et d’insister sur le fait que la plupart de ses vins ne sont pas filtrés et certifiés bio, avec même quelques tentations biodynamiques dans des opérations comme le soutirage ou la mise en bouteille, pour lesquels Thierry se fait fort de respecter le calendrier lunaire. Il va de soi que les sulfites sont réduits à leur plus simple expression. Tout cela, et bien davantage, est expliqué sur les lieux même de production qu’on peut visiter les mercredis, vendredis et samedis.

Pour la diffusion de ces nectars, rendez-vous sur l’e-shop de Gudule Brussels Urban Winery, à moins de fréquenter des cavistes et des distributeurs de Bruxelles ou du Brabant wallon, sous la protection directe de sainte Gudule. Cette production se retrouve aussi chez des traiteurs, des fromagers et dans certaines épiceries fines, ainsi que dans quelques restaurants étoilés comme Bon-Bon, La Paix ou Wine in the City, sans oublier l’Amigo, qui possède désormais sa cuvée spéciale.

Mais l’aventure ne s’arrête pas là. L’an prochain, Gudule et compagnie émigreront sur le site de Tours & Taxis. Thierry a en effet obtenu, de la part de Bruxelles, une concession dans le Port Business Park qui lui permettra de restaurer un vieux bâtiment historique.

On y retrouvera ses installations, mais aussi une boutique et une salle de dégustation, voire un restaurant. De l’aveu même de son initiateur, ce transfert a pour objectif une meilleure visibilité, un objectif annuel de 50 000 bouteilles et, enfin, la création d’un véritable parcours d’œnotourisme sur un site déjà bien fréquenté.

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