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Rencontre avec Simona El-Harar de Kitchen 151, l’adresse à tomber nichée dans le quartier Saint-Boniface

kitchen 151 Simona El-Harar

Simona El-Harar, cheffe de Kitchen 151 et impératrice de la food méditerranéenne à Bruxelles. | © Presse.

Food et gastronomie

C’est une adresse qui a vu le jour il y a presque une dizaine d’années maintenant, et que beaucoup de Bruxellois ne connaissent pourtant pas encore.

 

Dans le quartier ultra cosmopolite d’Ixelles qui relie Matonge à Saint-Boniface et à la place de Londres, on trouve une petite terrasse qui sent bon le Sud. Les tables et chaises en bois chinées sont installées éparses sur un bout de trottoir, des carafes en forme de fleurs, de poissons ou d’autres formes géométriques originales trônent sur la table, les portes vitrées sont grandes ouvertes, et il n’est pas rare de voir un habitant du quartier y passer la tête pour saluer Simona.

Simona El-Harrar, c’est la cheffe de cette petite pépite bruxelloise qui a tout pour plaire. Arrivée directement de Tel-Aviv, cette passionnée de cuisine propose en menu le meilleur de ce que la Mediterranée a à offrir, sans distinction de frontières entre le Maroc, le Liban, Israël, la Syrie… Ici, on déguste une street food succulente, des sucettes d’agneau à la cannelle à se damner aux aubergines grillées et labneh à tomber, du tendre ceviche de maquereau à la pastèque et feta qui semble simplissime et pourtant impossible à copier. Et si vous voulez tout de même vous y essayer, la cheffe vient de sortir son deuxième livre, « Street food : le coeur de la cuisine méditerranéenne » aux éditions Racines. Rencontre avec cette cheffe atypique, généreuse et unique.

 

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Ton parcours est totalement insolite, comment es-tu arrivée à Bruxelles ?

Simona El-Harah : Ma mère et mon père sont nés au Maroc, et moi à Israël. J’ai commencé la cuisine toute petite, j’étais la sous-cheffe de ma mère. Dès quatre ans et demi, je préparais le chakchouka et je cuisinais sur le feu. J’étais particulièrement mature pour mon âge. D’ailleurs, la cuisine a toujours été quelque chose qui m’a fait grandir. C’est comme le service militaire que j’ai suivi de mes 18 à mes 20 ans comme tous les Israéliens, hommes ou femmes, ça te fait mûrir.

J’ai ensuite voyagé en Thaïlande, où j’ai pris beaucoup de cours de cuisine. Puis j’ai rencontré Tim, mon mari, qui est artiste et que j’ai suivi à Bruxelles. Ici, je ne connaissais personne, et encore moins la cuisine. Je me rendais sur les marchés, je regardais les légumes et je me demandais ce que j’allais faire pour connaître des gens. « Tu cuisines très bien », m’a dit Tim. « Ouvre un restaurant pour rencontrer du monde ». J’ai ouvert Kitchen 151 et c’est comme si j’ouvrais une maison, ma maison.

Kitchen 151 a été ta révélation de carrière ?

J’ai réfléchi toute ma vie à ce que je voulais faire, en fait. Maintenant, je sais que c’était ça. Les assiettes qui fusent, les rush, le rythme intensif… c’était ça mon truc. À Israël, je travaillais comme personal assistant pour une femme riche et célèbre, j’avais un bon salaire, un bon job mais je ne me suis jamais sentie épanouie.

J’ai imaginé Kitchen 151 comme un endroit où tu peux te promener, manger, regarder en te sentant pleinement chez toi. Et j’espère que les clients ressentent cette atmosphère. C’est l’ambiance du Maroc, où la famille et la nourriture jouent un rôle primordial. Comme la tradition des fêtes juives où la nourriture occupe une place centrale, plus encore que l’aspect rituel ou culturel parfois (rire).

Tu viens aussi de sortir un livre dédié à la street food ?

J’ai découvert beaucoup de festivals de street food à Bruxelles et en Belgique. Et je me disais que les hamburgers, les frites, les hot-dogs, ce n’est pas ma street food à moi. Je trouve ça très bon hein ! Mais ce n’est pas la street food que j’ai connue à Tel-Aviv où j’ai vécu toute ma jeunesse. Je voulais écrire ce livre pour montrer cette tradition de chez-moi, qui a une très longue histoire qui débute bien avant les restaurants d’ailleurs. À Israël, on se rend au marché, on mange dans ses mains et on partage son assiette avec tout le monde. Ça n’a rien à voir avec les codes d’Instagram (rire).

 

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Comment décrirais-tu ta cuisine ?

J’aime cuisiner ce que je mange. Et je suis aussi quelqu’un de très nostalgique, j’aime faire appel à ma mémoire, à mes souvenirs d’enfance. Ma mère est mon inspiration principale bien sûr, je lui dois tout et je n’arriverai jamais à retrouver le goût des recettes qu’elle m’a apprises. Ma cuisine, c’est une histoire de famille et de culture, tout simplement. Toutes les recettes qui se trouvent dans mon dernier livre ont une histoire.

La food méditerranéenne est devenue ultra tendance. Comment reconnaître la cuisine authentique du truc cliché ?

Ce que je fais, ce n’est pas la meilleure cuisine méditerranéenne, mais c’est la vraie. Je suis Israëlienne, pourtant je cuisine toute la cuisine de la Méditerranée. Ce n’est pas que le houmous ou les falafels, ce sont des légumes sélectionnés avec amour à six heures et demi du matin au marché et coupés et servis frais à midi. Ce n’est pas la cuisine sous vide ou les plats réchauffés au four. C’est la fraîcheur à son paroxysme. D’ailleurs, si tu manges méditerranéen, on dit souvent que tu auras une belle et longue vie. Il n’y a pas de secret.

 

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Ton adresse food préférée à Bruxelles ?

Maru. C’est une adresse coréenne tellement correcte et où tu manges vraiment bien. La propriétaire incarne à fond le « girl power » en plus, on s’entend très bien. On a exactement le même caractère, j’adore cette nana.

Pourquoi s’être installée dans le quartier Saint-Boniface ?

Car il me rappelle beaucoup la vieille ville de Tel-Aviv. Je me sens vraiment à la maison ici. Il y a ce foisonnement de cultures et d’artistes. Ça parle beaucoup arabe ici en plus, donc je me sens comme à la maison.

Quel est ton prochain projet ?

J’aimerais publier un troisième livre, mais autour de la cuisine grasse cette fois, sous toutes ses formes, comme les bonnes graisses de l’avocat par exemple. Ça me plairait beaucoup.

 

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