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Quand les hipsters donnent un sérieux coup de pouce aux producteurs de café africains

Les buveurs de café sont attirés par "l'exotisme" qu'apportent les grains africains. | © Flickr/Stephanie Vacher

Food et gastronomie

Dites merci aux hipsters ! Grâce à leur amour inconditionnel (et un poil prétentieux) du « vrai » café, les producteurs africains reviennent petit à petit dans le marché. Mais le secteur reste encore menacé.

Longue barbe taillée, chemise boutonnée jusqu’au cou et toujours un café à la main. Mais, attention, pas n’importe lequel. Les hipsters ont l’habitude de boire du « vrai » café, celui qui est coûte 5 euros et qui provient directement de la ferme d’un petit producteur en Éthiopie. Cette image peut faire sourire ou paraître ridicule mais elle donne surtout un sérieux coup de pouce aux producteurs africains, laissés de côté par le marché depuis des décennies, rapporte Bloomberg.

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Goût pour l’exotisme

Méconnus, « les grains africains paraissent plus exotiques chez certains buveurs de café et ça pique leur curiosité », explique Karl Wayrauch, fondateur de Coffee Rwanda à Seattle, un distributeur de café rwandais aux États-Unis. « Les grains éthiopiens sont connus dans l’Ouest depuis longtemps mais on observe de plus de plus de cafés qui proviennent du Rwanda, du Kenya et même du Burundi, d’Ouganda et du Congo ».

Mais cela à un prix. Les hipsters paient très souvent le double du prix moyen d’un café acheté dans les supermarchés lorsqu’ils se procurent leur dose de caféine (africaine) journalière dans des coffee shops ou des boutiques spécialisées, précise Slate.

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Un secteur qui reste en difficulté

Une excellente nouvelle pour cette économie en déclin depuis des décennies mais celle-ci reste tout de même en difficulté. Dans l’ombre du Vietnam et du Brésil, les deux premiers producteurs mondiaux, la production africaine représente environ les trois quarts de ce qu’elle représentait il y a quarante ans. Ses années de gloire sont donc loin derrière elle. En 1975, quatre pays africains faisaient partie des dix plus gros producteurs de café au monde. Aujourd’hui, seuls l’Éthiopie et l’Ouganda en font toujours partie.

Le Vietnam et le Brésil ont pu tirer leur épingle du jeu en vendant à moindre coût des grains d’arabica ou de robusta de qualité moyenne, qu’on retrouve facilement dans les supermarchés et dans vos tasses. Difficile alors pour les pays africains de les concurrencer.

Le café menacé en Afrique

Les hipsters ne vont donc sauver les producteurs africains à eux-seuls. En plus de la concurrence, la croissance démographique et l’urbanisation menacent sérieusement cette économie. « Au Kenya, Nairobi s’est urbanisée rapidement et s’étend sur des zones qui étaient auparavant destinées à la culture du café », explique Keith Flury, directeur de la recherche à Volcafe LTd., un des plus grands revendeurs de café au monde. Dans d’autres pays comme le Rwanda et le Burundi, le café est remplacé par des cultures de subsistance à mesure que la population grandit ».

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À Nairobi toujours, les fermiers peuvent obtenir plus d’argent en revendant leurs terres pour des développements immobiliers plutôt qu’en cultivant du café, explique Martin Maraka, directeur de programme de l’African Fine Coffees Association. D’autres doivent laisser leur culture à l’abandon, faute de repreneurs. Les jeunes Africains préfèrent en effet se diriger vers des carrières plus rentables, selon l’Organisation internationale du café. L’âge moyen d’un producteur africain atteint aujourd’hui 60 ans.

La population ne cesse pas ralentir son expansion. Le continent africain comptabilisera plus de la moitié de la croissance mondiale d’ici 2050, avec 1,3 milliard de personnes supplémentaires, selon les Nations Unies. Sans compter sur le réchauffement climatique qui assèche les terres et qui pourrait rendre la production impossible dans plusieurs décennies ainsi que l’instabilité politique qui ne facilite pas non plus la culture de café. En février dernier, Nespresso a dû cesser ses activités au Soudan du Sud à cause de la guerre civile.

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