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La spiruline 100% belge devrait voir le jour

Si contrairement à la France, la Belgique ne produit pas encore sa propre spiruline, l'algue verte 100% belge ne saurait tarder à débarquer sur le marché. | © Instagram : zest.of.joy

Food et gastronomie

En gélules, en spaghettis, en poudre ou en pâte, la spiruline pourrait bien décrocher la palme d’algue des supers aliments. À quand sa version locale ?

Riche en minéraux, antioxydants, acides gras et aminés, on ne compte plus les bienfaits de la spiruline dont la liste officielle répertorie plus d’une centaine de nutriments. Hyper-protéinée, supra-vitaminée, cette algue tropicale microscopique en forme de spirale (d’où son nom) est chargée d’une composition nutritionnelle d’exception et 100% naturelle.

Si une poignée de spiruline équivaut à autant de protéines que 35 grammes de bœuf, autant de calcium que trois verres de lait, autant de fer que trois bols d’épinards, c’est surtout autant de vitamine B12 – son véritable plus – qu’un énorme steak de 500 grammes. Essentielle au bon fonctionnement du système nerveux, la vitamine B12 reste, dans un régime sans viande, l’un des nutriment les plus difficiles à obtenir.

Avec son cocktail explosif d’apports nutritionnels, la spiruline est devenue un complément alimentaire hors pair.

L’algue miracle

Sous forme de boue bleue-verte, la spiruline a d’abord grandi dans les grands lacs salins du centre du Mexique et fut notamment consommée en tant qu’aliment à part entière par les Aztèques, les Mayas et les Incas. Également consommée depuis des millénaires en Afrique, l’algue fait toujours partie de l’alimentation des peuplades présentes autour du lac Tchad, qui l’utilisent notamment sous forme de sauce ou de gâteaux secs.

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Dès 1970, la culture de cette algue miraculeuse se développe dans un objectif humanitaire pour lutter contre la malnutrition, ses propriétés permettant de vaincre la malnutrition en Afrique et en Asie. À tel point que pour l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Unesco et la Chine, la spiruline serait « l’aliment miracle du XXIe siècle », rapportait récemment le magazine Slate.

© Antenna France

Des propriétés extraordinaires qui n’ont pas manqué d’attirer les esprits curieux, tant dans la sphère citoyenne que dans le secteur agroalimentaire. Désormais présente en diététique (en guise de coupe-faim efficace) ou en cosmétique (pour l’éclat qu’elle redonne aux cheveux, aux ongles et à la peau), la spiruline est également utilisée dans le secteur agricole, notamment pour nourrir les élevages de bovins et leur éviter certaines carences.

Fort de son succès, la spiruline a su attirer de nombreux producteurs artisanaux, désireux de démocratiser l’algue tropicale et vendre ses mérites par delà les frontières. Une nouvelle culture qui s’est surtout développée dans le sud de la France, grâce notamment à sa production peu coûteuse en énergie. Son rendement énergétique étant cinq fois supérieur à celui du soja, deux fois à celui du maïs et 150 fois à celui de la viande de bœuf.

Climat tempéré cherche algue tropicale

Si contrairement à la France, la Belgique ne produit pas encore sa propre spiruline, l’algue verte 100% belge pourrait bientôt débarquer sur le marché. À l’origine de cette exclusivité : Gersande Blanchard et François Darchambeau, deux docteurs en biologie qui entendent lancer la toute première production belge de spiruline dans la petite bourgade d’Ochain, entre Liège et Namur.

Un véritable défi pour ces chercheurs qui espèrent démarrer la production début 2019. En attendant, c’est toute l’ingénierie qu’il faut organiser, les terrains à trouver et les permis à décrocher. Outre la culture même de la spiruline qui apparaît comme « relativement simple », les contraintes climatiques peuvent parfois ralentir le processus. Car si l’on ne trouve pas encore de l’algue tropicale au plat pays, c’est qu’elle nécessite une température d’environ 35°C. Faire chauffer les bassins de culture devient donc une étape indispensable pour la faire pousser en territoire frisquet.

Capture d’écran : www.belspir.be

Contraintes climatiques

« Quand on regarde sur une carte la répartition des producteurs de spiruline en France, c’est souvent vers le sud que ça se passe », explique Gersande Blanchard. « En Belgique, le coût de production est augmenté par rapport à certains producteurs français car ici, on est obligés de chauffer nos bassins, ce qui implique une charge économique supplémentaire. » L’objectif pour ces deux futurs premiers producteurs de spiruline belge : « trouver un modèle qui nous permette de chauffer nos bassins de manière durable tout en étant rentable d’un point de vue économique », résume Gersande. « On ne veut surtout pas chauffer nos bassins avec du mazoute car en tant qu’écologistes de formation, on désire rester sur quelque chose de durable et écologique », précise-t-elle.

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Contrainte supplémentaire qui découle des conditions climatiques peu favorables : l’obligation de cesser la production pendant l’hiver. « Alors que dans le sud de la France, il est possible de produire toute l’année, nous prévoyons de commencer notre production à partir de mars et seulement jusque octobre », annonce Gersande. « Nous faisons le choix de ne pas produire l’hiver car il faudrait chauffer les bassins beaucoup plus que d’habitude », un coût écologique dont les deux producteurs préfèrent se passer.

Malgré les contraintes, certaines cultures remontent de plus en plus vers le Nord. En effet, plusieurs producteurs installés dans les Hauts de France montrent qu’en Belgique aussi, la production de spiruline est possible. Une bonne nouvelle dont se réjouit Gersande, tant pour des raisons éthiques qu’écologiques.

Capture d’écran : www.belspir.be

Spiruline des Ardennes

Deux tonnes. C’est la quantité de spiruline qu’espèrent produire Gersande et François pour leur premier round. Sous sa forme la plus basique, en gélules ou en paillettes, la « spiruline des Ardennes » sera ensuite commercialisée sur internet, via les circuits courts (en magasin ou en paniers bio) ou en vente directe depuis la ferme de production.

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« La spiruline est en quelque sorte un résumé de tout ce vers quoi on devrait se tourner, à savoir manger moins de viande, consommer moins d’eau, etc. », estime Gersande Blanchard. « Sans prôner le régime sans viande, nous pensons que l’humanité devra de toute façon se diriger vers une consommation plus raisonnée et favoriser d’autres sources nutritionnelles », conclut-elle.

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