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« Sauvages » comme un club de cheese & wine secret

Au soleil ou sous la pluie, "Sauvages" rime avec bons fromages. | © Emmanuelle Gerin

Food et gastronomie

Quatre femmes, des tas de bonnes bouteilles et un paquet de fromages : il n’en fallait pas plus pour tomber follement amoureux des « cheese and wine » sauvages.

 

Ce n’est qu’après s’être ébroué dans l’entrée de la pluie du dehors qu’on la sent : une odeur puissante, bien présente, et pourtant alléchante. En parcourant des yeux la salle blanche aux poutres apparentes et sa longue table centrale couverte de noix, de fromages, de confitures et de bon pain, il n’y a plus de doutes possible : la soirée sera bonne, dans tous les sens du terme. On avait cependant peu de chances de se tromper en s’invitant à la « cheese and wine » – le rassemblement joyeux du fromage et du vin dans un repas – des « Sauvages », une bande de jeunes femmes au goût exquis.

©Emmanuelle Gevin – Chez les Sauvages, on a de bonnes manières : les invités sont toujours accueillis avec un verre de vin.

Elles s’appellent Axelle Minne, Vanessa Gohy, Emmanuelle Gerin et Camille Pirritano, et elles ont monté un club relativement secret, mais ouvert, autour des fromages belges, du vin et des nappes de pique-nique, à l’ombre des espaces verts bruxellois. « La plupart des gens n’ont pas de jardin » en ville, rappelle Axelle Minne dont l’appartement renferme pourtant assez de jolies plantes pour rendre jaloux le parc d’Egmont. « On s’est rendues compte que les gens allaient toujours dans les mêmes endroits, au Cinquantenaire ou au Bois de la Cambre, et que ça s’arrêtait là. On a voulu montrer qu’il existait d’autres possibilités, plus cosy, plus cachées et souvent au cœur d’un projet citoyen », explique la fondatrice du projet « Sauvages ».

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Né en 2014 sous une première mouture joviale, mais moins joliment organisée, le rendez-vous a deux objectifs : faire redécouvrir des espaces verts de Bruxelles méconnus et « offrir une dégustation dont les produits sont principalement belges ».

©Emanuelle Gevin – Lors d’une précédente édition, à l’Espace Kessels, un lieu de rendez-vous de quartier à Schaerbeek.

Du bon, du local, du Belge

Et quand le temps se gâte, les Sauvages ont toujours un plan B dans leur panier, comme ce jeudi dans les locaux flambant neufs de la Smart, et leur petite cour décorée par l’artiste Denis Meyers. Sur la table que l’on découvre un verre de vin à la main à l’abri des dernières gouttes de pluie, une tomme aux fleurs – sauvages -, une bûche cendrée, un brie coulant, de la confiture de figue, des fruits secs… Il ne manque rien au festin, certainement pas un certain accent belge : « Il y a une volonté d’amener des fromages belges en premier. Les gens ont souvent le cliché du fromage français, avec un bon verre de rouge, alors qu’en Belgique on peut déjà faire un très beau plateau avec des fromages diversifiés, en injectant directement dans l’économie locale », raconte Axelle Minne, également « styliste food ».

Pour nous, c’est important de montrer ce qui se fait en Belgique.

« On a vraiment été chercher tous les gens avec qui on avait envie de travailler » : le crémier JeanBon pour les fromages, la boulangerie saint-gilloise bio Hopla Geiss – dont les pains noirs ont fait fureur ce soir-là -, ou encore le comptoir de vins Our daily bottle. Des associés de choix pour ce projet qui rassemble chaque mois une soixantaine de personnes à table, depuis le printemps.

« On veut vraiment offrir une cohérence sur le buffet », ajoute Axelle. Et si « l’idéal serait d’aller à chaque fois en direct chez le producteur », mais que la logistique des quatre jeunes créatives ne le permet pas, elles ont choisi un intermédiaire éthique et responsable pour les petits à-côtés : la chaine de magasins Färm, « une solution vraiment honnête pour lier plusieurs producteurs locaux ».

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©Bouchées doubles – Axelle Minne, la conceptrice du projet.

Si aucun producteur ne fournit encore des voisins de tables franchement sympathiques, les Sauvages semblent les réunir naturellement. Ici, on discute avec un animateur de seniors ultra-motivé, là avec le responsable de projets d’une chaine suédoise, et juste à côté, avec une communicante stratège, le tout une touche sucrée à la main : une glace artisanale de chez Royal Ice Cream au citron et basilic, assortie au soleil qui pointe enfin le bout de son nez. Pour 25 euros tout compris, on attend avec impatience la prochaine réunion fromagère. « La saison se cloture au mois d’octobre, mais ça ne veut pas dire qu’on ne reviendra pas avec quelque chose autour du fromage cet hiver », assure Axelle, malicieuse. D’ici-là, il ne faudra pas tarder à réserver ses places pour les prochaines « cheese and wine », le 28 septembre et le 19 octobre : elles partent comme des petits pains de seigle.

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