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Brussels’ Kitchen : Un nouveau guide de papier qui a du goût

Le Transvaal, l'une des adresses fétiches de Sarah et Chloé. | © Brussel's Kitchen

Food et gastronomie

Côté bonnes tables, après le bouche à oreille, on peut faire confiance à Brussels’ Kitchen. Rencontre autour d’un guide bruxellois en passe de dépasser les plateformes collaboratives du genre.

 

« C’est une reliure suisse », commente Chloé Roose en retournant le livre pastel entre ses mains. Au dos, on aperçoit en petit le visage de ses deux autrices : Chloé, justement, et Sarah Cisinski. Malgré l’expertise et l’assurance de leurs explications, le beau bouquin de 224 pages, bilingue, est une première – et une jolie réussite. Une sacrée fierté aussi, pour celles qui avaient commencé il y a cinq ans le guide en ligne Brussels’ Kitchen par passion, mais pas sans ambition.

« On n’était pas vraiment sandwich club à midi », se rappelle Chloé Roose de leurs années à la Cambre, où elles ont étudié ensemble l’architecture d’intérieur. À l’époque, la majeure partie de leur argent de poche va remplir les caisses des restaurants de la capitale belge. Papilles avisées et yeux curieux, les deux camarades de classe saisissent l’essence des lieux et des assiettes pour les retranscrire dans ce qu’en 2012, on aimait appeler de manière désuète un « blog ». Pourtant, « On n’est pas des blogueuses », défie Chloé, « parce qu’on ne parle jamais de nous. On écrit des chroniques en ligne, on est un guide de restaurants », assure-t-elle, à propos du site qui fait de tout, des néo-cantines aux cafés stylés. Mais « On fait aussi nos propres choix : on n’est jamais invitées par les restos pour les tester« , commente Sarah Cisinski, avant d’être reprise par son alter-égo gastronomique : « Ou plutôt, on n’y va plus. On fuit cette ambiance ‘blogueuses’ ».

©DR – Chloé Roose (à gauche) et Sarah Cizinski (à droite).

Des plats et des hommes

Résultat, une demi-décennie plus tard, les jeunes femmes de 28 et 29 ans dépensent toujours la majeure partie de leur salaire en additions plus ou moins salées. Et elles aiment ça, puisque fortes de leurs expériences gustatives aux quatre coins de la ville, elles peuvent désormais proposer un guide version papier, qui, s’il n’est pas exhaustif, a l’avantage de proposer une sélection presque parfaite et incontestée de lieux ou boire et dévorer. « On peut y trouver où aller manger, mais d’une manière un peu plus personnelle que Yelp – en entrant dans l’histoire de chaque restaurant », décrype Chloé Roose, également ex-cofondatrice de feu Take Eat Easy.

Au milieu des pages dédiées au Transvaal, à Belga & co. ou à Gramm, six visages plus ou moins connus. Pas les leur – ce n’est pas leur genre – ni ceux de chefs. Non, les portraits montrent ceux qu’on voit encore moins, et pas seulement parce qu’ils sont cachés en cuisine : ici un architecte, là un fameux « concepteur » ; les souvenirs de ceux qui font aussi la scène food belge, sans pour autant rien mettre dans les assiettes. En revanche, ils font les tables qui se démarquent puisqu’aujourd’hui, la cuisine se pare de typographies, de décors, de communication savante… et d’éthique. « De nos jours, on ne peut plus ouvrir un restaurant sans se poser les bonnes questions, c’est devenu une tendance et tant mieux », décoche Sarah Cisinski, avant que Chloé ne complète : « Brussels’ Kitchen, ce sont des restos où l’on se sent bien », avant tout. Dans le guide rose poudré, classe et anti-girly, les odeurs, les surprises, le mobilier, l’histoire et le goût sont mis sur le même pied d’égalité.

Je vois quand même beaucoup de tables qui ferment, et ça me fait peur.

De sorte qu’on se demande ce qui empêche encore les gourmands de courir découvrir toutes les adresses vraisemblablement uniques et décapantes de la capitale. Justement, « En Belgique, il manque un public », ose Chloé. « Je vois quand même beaucoup de tables qui ferment, et ça me fait peur. C’est une ville qui a une concentration de restaurants un peu étrange, pas du tout comme Londres ou Paris. En fait, il ne manque pas d’initiatives, il y a plein de gens qui font des trucs : il manque un public. Mais je trouve que ça va encore trop lentement ». Surtout quand « Ce n’est pas vraiment rentable quand on veut faire les choses bien ».

©DR – Une assiette extraite du livre de Brussels’ Kitchen.

Soutenir et célébrer

Et c’est peut-être l’ambition inavouée du guide : donner un coup de pouce à des restaurateurs de talent qui sont devenus, par la force de l’assiette, des amis. « Le site nous a servi de carte de visite. Il nous a permis de rencontrer plein de gens et de commencer à créer des choses avec eux », raconte Sarah, qui a aussi aiguisé ses goûts chez Henri & Agnès.

C’est que depuis quelques mois, les deux chroniqueuses culinaires sont passées derrière les fourneaux en tenant des tables d’hôtes, mais sont aussi devenues les organisatrices du Brunch Club, un joyeux rassemblement de sept chefs autour d’un menu dominical éclectique. En octobre, Sarah et Chloé lanceront aussi la seconde édition de leur « Eat Color », un évènement monochrome, où les chefs se réinventent par la couleur.

Les chefs sont inspirants !

« Aujourd’hui, ce sont les évènements qui nous font vivre », explique Chloé Roose en décryptant ce modèle économique audacieux, qui leur permet aussi d’être éditorialement indépendantes – même si ce n’est « clairement pas le truc le plus rentable« . Mais les concepts événementiels dans lesquels elles mettent les petits chefs avec les grands rencontrent un beau succès – preuve que la recette fonctionne. « On a la même vision, la même exigeance et une sensibilité similaire », décrit Sarah. Et tout semble être dit : vision, exigeance et sensibilité ; c’est comme ça qu’on aime nos bonnes adresses.

 

La version papier et augmentée de Brussels’ Kitchen sera disponible dès le 9 septembre en librairie, dans certains restaurants et sur l’e-shop du site.

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