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Dans un hameau reculé du Hainaut, envolée gastronomique à l’ombre des hauts-fourneaux

Prieuré Saint-Géry

Un cadre champêtre au charme irrésistible | © DR

Food et gastronomie

Le Hainaut, son accent traînant, son passé industriel, ses hauts-fourneaux. Et puis ses étoilés, aussi. Parmi leur cercle très fermé, Vincent Gardinal, qui imagine une gastronomie moderne et délicate dans l’écrin du Prieuré Saint-Géry. 

Beaumont a beau n’être qu’à 1h30 de Liège et de Bruxelles et 30 minutes seulement de Charleroi, dès l’arrivée, le dépaysement est complet. Outre les bâtisses au charme hors du temps, l’absence de 4G dans le hameau contribue au sentiment de déconnexion. Au coeur du village, sa fierté : un ancien prieuré orné de lierre et reconverti en restaurant étoilé. Une étoile décernée il y a 6 ans à Vincent Gardinal, récompense méritée pour sa cuisine tout en élégance et légéreté. Car au Prieuré Saint-Géry, on oublie vite les a priori sur le pays hennueyr, sa poussière de charbon et sa fumée de cheminée. Hostellerie douillette et cuisine gastronomique, la frontière française n’est pas loin, et le raffinement des grandes maisons de l’Hexagone non plus.

Vincent Gardinal
Vincent Gardinal – DR

Emotion culinaire

Avec, tout de même, une jovialité et un accueil chaleureux typiquement belges. Du chef au sommelier en passant par le personnel de salle, chacun y va de son sourire et de son anecdote, faisant du repas un moment d’émotion culinaire et de convivialité. Pour en profiter comme il se doit, et savourer la générosité de l’accord vins proposé avec le repas, on se laisse tenter par la formule week-end, qui comprend nuitée, menu Célébration en 4 services et petit-déjeuner pour 120 euros par personne. Une douloureuse somme toute finalement presque agréable au vu de la qualité des produits et services proposés.

 

Prieuré Saint-Géry
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La raison d’être de ce lieu et de son propriétaire : ravir les sens et faire scintiller son étoile dans le cœur de ses hôtes. Et dès l’arrivée des mises-en-bouche, les yeux brilent et les papilles pétillent. Avec une préférence pour les produits locaux et des références aux classiques belges assumées, Vincent Gardinal virevolte, empruntant ici, une préparation typique de la gastronomie française, là, des épices venues d’Asie. Le résultat : un voyage sensoriel que l’on savoure d’abord avec les yeux avant de fondre pour la maîtrise qui se dégage de chaque assiette. Si son Prieuré se trouve au coeur d’un territoire prisé des chasseurs, Vincent Gardinal avoue toutefois éviter le maronnier culinaire qu’est devenu le menu de chasse, et n’être d’ailleurs lui-même pas un grand consommateur de viande. Des préférences qui se ressentent à la dégustation de son poisson, merveille de finesse dont la cuisson atteint la perfection. A la fois fondant et croustillant, son turbot s’accompagne de la signature de Vincent Gardinal, le sabayon, agrémenté pour l’occasion de poivrons. Une assiette que les puristes qualifieraient d’inspirée, mais qui mérite en réalité le qualificatif d’orgasmique. Une extase gustative qui se poursuit tout au long d’un menu au goût de sans faute.

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Ravissement des sens

Et si le diable se cache dans les détails, nul besoin de le chercher au Prieuré Saint-Géry, vous ne l’y trouverez point. De la corbeille de pain, aux quatre surprenantes variétés faites maison et accompagnées d’un choix d’huiles d’olive de prestige, à la fraîcheur des produits en passant par le cadre et le service, tout ici n’est que ravissement des sens. L’endroit a beau être élégant et étoilé, il n’est certainement pas guindé, alors on se laisse aller à s’extasier à chaque première bouchée et à laisser les vins extrêmement bien choisis par le sommelier monter délicieusement à la tête. Tant et si bien qu’au moment du fromage, il est légitime de se demander si ce chariot sublimement garni est bien réel. Sur ce rêve d’amateur, les fromages étrangers sont en minorité, mais incluent tout de même le Shropshire, grââl gustatif de tout amateur. Parmi la vingtaine de fromages belges proposés, on se laisse guider par la maîtrise d’Astrid pour sélectionner un assortiment gourmand, à sublimer de divines figues marinées et d’un verre de muscat australien divin.

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Parenthèse enchantée

Après un tel festin, il est savoureux de n’avoir que quelques mètres à faire pour aller profiter du moelleux de la literie et du confort champêtre des chambres aménagées à l’étage du prieuré. Ainsi que Vincent Gardinal, longtemps tiraillé entre Bruxelles et Beaumont, le souligne, il n’y a pas un bruit ici. Alors on dort du sommeil du juste, avant de profiter d’un savoureux petit-déjeuner qui fait la part belle aux artisans locaux et marie harmonieusement sucré et salé. La parenthèse est enchantée, et se termine en beauté par une balade dans les environs, une balade aux abords des lacs de l’Eau d’Heure tout proche étant la parfaite distraction pour oublier que le temps est venu de quitter le Prieuré. Pour mieux le retrouver, foi de gourmet.

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