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Quand la street food permet aux Nord-Coréens d’échapper à la famine

Kim-Jong Un en pleine inspection des récoltes d'une ferme | © Belga / AFP PHOTO / KCNA VIA KNS / STR

Food et gastronomie

En Corée du Nord, les tensions grandissantes avec les États-Unis sont loin d’être la seule menace à laquelle les habitants doivent faire face. Après la terrible famine des années 90 et ses 3.5 millions de morts, les Nord-Coréens continuent d’être tenaillés par la faim. 

Pas plus tard qu’en mars dernier, le journal nord-coréen Rodong Sinmun, porte-parole du gouvernement, mettait la population en garde.

Le chemin vers la révolution est difficile et long. Il est possible que nous soyons à nouveau contraints de nous nourrir de racines de végétaux.

Un rappel de la crise alimentaire qui avait frappé le pays dans les années 90, avec une famine ayant sévi de 1994 à 1998 et entrainé la mort de 3,5 millions de personnes sur une population totale de 22 millions d’habitants. Une crise qui aurait poussé certains Nord-Coréens à se rendre coupables de cannibalisme, s’il faut en croire un rapport publié par un organisme public sud-coréen, l’Institut pour l’unification nationale (KINU). Selon un rapport publié au printemps 2017 par les Nations Unies, à l’heure actuelle, près de 10,5 millions de Nord-Coréens, soit environ 41% de la population, sont sous-alimentés. Et Tapan Mishra, responsable de l’ONU en Corée du Nord, de tirer la sonnette d’alarme.

La Corée du Nord fait face à une situation humanitaire prolongée et enracinée, et largement oubliée ou ignorée par le reste du monde.

Alors face à l’indifférence du pouvoir nord-coréen et de la scène internationale, les habitants s’organisent pour faire face à la faim.

Riz, soja et fécule de maïs

Leur point de ralliement : les jangmadang, des marchés clandestins plus ou moins tolérés par le gouvernement, où l’on trouve aussi bien des gadgets électroniques que de la street food, adaptée avec créativité à la pénurie et aux restrictions alimentaires du pays. Des recettes « système B » dont dépendrait 1 Nord-Coréen sur 5 pour se nourrir. Parmi les mets proposés par les vendeurs à la sauvette, on retrouve ainsi du kongsatang, des fèves de soja grillées et enrobées de sucre, ou d’un équivalent fait à base de raisin quand le sucre se fait rare. Autre spécialité, le dububab, des crêpes de tofu farcies de riz et assaisonnées de sauce piquante. Point de bibimbap ou de bulgogi ici, ces délices étant réservés aux Coréens assez fortunés pour habiter de l’autre côté de la frontière. Si les préparations dépendent de l’approvisionnement et de la créativité des vendeurs, elles font toutefois toutes la part belle au riz, au soja, et à la fécule de maïs, ingrédients centraux de la cuisine nord-coréenne, privations oblige.

Plat typique de la street food nord-coréenne, des crêpes de protéine végétale – Kim Hong-JI

Rééquilibrage des forces

Et outre l’alimentation, les jangmadang ont donné naissance à une véritable « black market generation », aux idéaux imperméables à la propagande et à la faim d’un meilleur avenir pour le pays. C’est le cas notamment de Yeong-mi Park, qui a réussi à fuir la dictature de Kim-Jong Un avec sa famille en 2007 et travaille désormais en tant que journaliste. Dans un témoignage au Washington Post, elle évoque cette nouvelle génération de Nord-Coréens qui a grandi parmi les étals des marchés noirs et qui y a appris à marchander ainsi que développé un goût pour le capitalisme.

Le développement des marchés noirs est important car il diminue le pouvoir du gouvernement. Historiquement, ce sont eux qui décidaient qui obtenait les richesses et la nourriture, mais le développement d’un marché privé rééquilibre le pouvoir.

Reste qu’à l’heure actuelle, ce ne sont pas moins de 18 millions de Nord-Coréens, soit 70% de la population, qui dépendent des distributions de rations de céréales et de pommes de terre organisées par le gouvernement.

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