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Comment Hugo Boss s’est retrouvé lié au travail forcé en Inde

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Hugo Boss a lui-même dénoncé les abus. | © EPA/MATIJAN MURAT

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La marque Hugo Boss a soulevé quelques inquiétudes quant à l’usine indienne qui la fournit. Une enquête, rapportée par le journal britannique The Guardian, révèle en effet qu’elle empêche les femmes de quitter l’usine.

Hugo Boss a lui-même dénoncé les abus, rapporte The Guardian dans son enquête. Si la marque de luxe allemande s’inquiétait déjà des conditions de travail dans son rapport de durabilité de 2016, aujourd’hui elle en a le cœur net : le fournisseur Best Corporation retiendrait un grand nombre de jeunes travailleuses captives derrière les murs des usines textiles du Tamil Nadu, le sud de l’Inde, les empêchant ainsi de quitter les lieux à tout moment. Elles doivent également avoir le minimum de contacts possibles avec l’extérieur. Certaines restent ainsi enfermées et coupées du monde extérieur pendant quatre ans, révèle le journal britannique. Si on leur permet d’aller au marché, il faut toujours qu’elles soient accompagnées de gardes. Mais cette réalité n’est pas seulement celle de Best Corporation. Elle touche de nombreuses femmes dans cette région de l’Inde. Dans le cadre de son enquête, le journal britannique a pu en rencontrer certaines. « Nous ne sommes pas autorisés à quitter l’usine quand nous le voulons et sans gardiens. Je travaille quand on me le dit. Je ne me plains pas. Ma famille a besoin de l’argent pour ma dot de mariage« , explique l’une d’entre elles.

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Pour les propriétaires de ces usines, leur politique est nécessaire pour assurer la sécurité des travailleuses dans les zones essentiellement rurales. « Ils se défendent habituellement sous prétexte de protéger les filles contre les abus loin de chez elles, mais enfermer les jeunes femmes pendant des années n’est pas la solution », a déclaré Gerard Oonk, directeur du India Committee of the Netherlands, une organisation des droits de l’homme dédiée à l’amélioration de la vie des personnes marginalisées en Asie du Sud. D’après leur récente enquête, sur 743 fabriques à travers la région de Tamil Nadu, plus de la moitié limitaient illégalement la libre circulation de leurs travailleurs résidents.

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La vulnérabilité des travailleuses

Pour Urmila Bhoola, spécialiste de l’esclavage contemporain pour l’ONU, la restriction de la circulation des travailleuses a de graves conséquences. « Il faut comprendre que cela augmente énormément leur vulnérabilité, à moins que d’autres mesures ne soient prises », explique M. Bhoola. « Elles sont également vulnérables au harcèlement sexuel et à d’autres formes d’abus commis par des employés masculins qui supervisent leurs activités, que ce soit pendant leurs déplacements à l’extérieur des foyers et sur leur lieu de travail ». La Cour Suprême du Tamil Nadu a réclamé aux autorités des mesures urgentes contre le confinement des travailleuses, déclarant que cette activité était « clairement en conflit avec la législation indienne ».

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