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Comment le streetwear est sorti de la rue pour devenir le summum du luxe

Supreme x Louis Vuitton

Les codes de la rue ont été détournés et sont plus précieux que jamais | © Supreme

Mode

À l’aube des années 2000, ils incarnaient les incontournables de l’uniforme chav, ces jeunes issus des projects anglais friands de streetwear que l’on reconnaissait à leurs insignes Kappa ou Champion et à leurs polos Fred Perry au col relevé. Des marques auquel le milieu de la mode fait désormais les yeux doux suite à quelques co(o)llabs fort remarquées. 

Et comme souvent depuis quelque temps lorsqu’il s’agit de bousculer l’ordre établi, c’est l’indomptable Gosha Rubichinsky que l’on retrouve parmi les têtes de files de ce mouvement qui a vu le streetwear passer de la rue aux podiums. Depuis les débuts de sa carrière, ce designer russe qui fait fi des codes rigides du petit monde de la mode s’amuse à réimaginer le vêtement de sport, et plus particulièrement son incarnation street. C’était donc une suite logique qu’il décide de se frotter au logo tricolore de Fila, la marque italienne souvent copiée et jamais égalée dans le coeur des amateurs du combo survèt-relevé-sur-la-chaussette des 90s. Une image tout sauf classe, donc, et certainement pas hype. Jusqu’à ce qu’elle soit réinventée par Gosha.

Fila x Gosha
Facebook @ Ohmystuffs

En juin 2016, GQ, bible du dandy moderne s’il en est, n’hésite pas à proclamer que Rubichinskiy va nous faire (re)porter du Fila. Impensable, et pourtant, le « F » bleu-blanc-rouge s’affiche désormais dans les bastions branchés de Paname et du reste de la planète. Il faut dire que selon la styliste de Gosha Rubichinskiy, Lotta Volkova, « ce ne sont pas seulement des vêtements. Il s’agit là de la force et de la puissance de la jeunesse. C’est la vision de la solitude adolescente et de ce que ça fait d’être en marge que Gosha transcende dans ses vêtements ». Rien que ça. Et bien que la transcendance reste accessible, entre 70 euros le t-shirt et 110 euros la paire de sneakers, encore faut-il pouvoir mettre la main dessus : adoubée par la planète hype, la collection est sols-out en quelques semaines.

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Car la nouvelle vague de créateurs russes souffle le chaud et le froid sur les tendances. Ainsi, si la collab Gosha x FILA a suscité une fièvre acheteuse collective, il en va de même de celle entre Champion et VETEMENTS, dont le créateur Demna Gvasalia, que l’on retrouve également chez Balenciaga, est devenu l’incarnation d’une mode irrésistible car totalement décomplexée. Passer de l’opulence de la maison Balenciaga à l’esthétique street de la marque Champion ? Même pas peur. Et Demna Gvasalia de poser sa griffe sur le célèbre jogging à rayure latérale, depuis copié jusqu’à l’usure par les temples de la fast fashion.

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Promu il y a deux ans directeur de la création chez Calvin Klein, dont il a contribué à dépoussiérer l’image à grands renforts de it-girls rhabillées en CK de la tête aux pieds, le couturier belge Raf Simons a quant à lui choisi de se tourner vers Fred Perry. Le créateur et le label anglais en sont à leur quinzième capsule en duo, et celle de cet hiver, avec son color block et son look à la fois rétro et furieusement moderne, serait peut-être même la plus réussie. Et quitte à recréer version couture les classiques des 90s, le natif de Neerpelt n’a pas hésité à signer également des collabs avec Eastpak, pour lesquels il a imaginé des modèles séduisants de sobriété.

Fred Perry

Le summum de la hype ? Arriver à mettre la main sur une des pièces signées Louis Vuitton x Supreme, LA collab qui affole aussi bien les modeuses que les chanteurs de hip hop et les fous de skate. Car si Supreme est née dans la rue, c’est plus précisément sur le bitume new-yorkais, dans l’ombre des skaters qui ont immédiatement adopté cette marque comme étant la leur. D’où une sacrée onde de choc en janvier 2017 à l’annonce de sa collaboration avec le vénérable maroquinier parisien Louis Vuitton.

Supreme x Louis Vuitton
Supreme

Pas d’hérésie mais plutôt la hype ultime, rencontre réussie de deux univers qu’a priori tout sépare et dont les caractères opposés attirent. Au total, une collection d’une cinquantaine de pièces des plus éclectiques, allant du t-shirt à la paire de sneakers en passant par le pyjama et le couteau suisse, tous estampillés du monogramme identifiable entre mille de la maison Vuitton, revêtu pour l’occasion du rouge écarlate emblématique de Supreme. Rouge passion : en quelques jours seulement, il était impossible de se procurer la moindre pièce de la collection, qui se vend désormais à prix d’or aux collectionneurs. Car ce qui est rare et cher, et le mariage entre la haute-couture et la culture skate, il faut le voir pour le croire.

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