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Sur les podiums, la tendance est aux enfants de stars

Lily-Rose Depp, fille de Johnny et de Vanessa Paradis et modèle à la mode | © Belga / Christian Charisius/dpa

Mode

Après le look athlétique et très américain des 80s, la tendance héroïne chic des 90s et les « gueules » des 00s; en 2018, les podiums ont fait place aux enfants de stars, qui se font un prénom dans la lignée de leurs célèbres parents et prouvent qu’avoir un pedigree est plus tendance que jamais. 

Il n’y a pas si longtemps, pourtant, être « fille de » était presque un inconvénient dans le monde de la mode. Fin des années 90, Ivanka Trump avait ainsi décidé de s’essayer au mannequinat, à l’époque où son père n’avait pas encore gagné la Maison Blanche mais présidait déjà sur la haute société new-yorkaise. À l’époque, elle n’est que « fille de », pas First Daughter, et sa carrière le reflète : en lieu et place des grands couturiers, Ivanka défile pour des créateurs confidentiels, de Marc Bouwer à Sang Toi, avec un passage tout de même par chez Mugler et Paco Rabanne.

Haute snobiété

De son côté, sans surprise, la fille de Carine Roitfeld, rédactrice-en-chef mythique du Vogue français, tire mieux son épingle du jeu. Regard félin, pommettes hautes et bouche pulpeuse, Julia Restoin-Roitfeld éblouit dans des campagnes pour Tom Ford, grand ami de la famille, mais aussi pour Lancôme, Givenchy ou encore Miu Miu. Un parcours sans faute, qui reste l’exception à l’époque, la carrière rêvée pour les filles à papa restant celle de « socialite », à l’image des soeurs Hilton, dont le métier est de s’afficher dans les soirées branchées plutôt que dans les pages des catalogues de mode.

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Kaia Gerber, la fille de Cindy Crawford, au défilé Chanel SS18 – Belga / Aurore Marechal/ABACAPRESS.COM

Est-ce parce qu’aujourd’hui, les enfants des premières top-modela sont tous en âge de défiler, ou simplement parce que les réseaux sociaux ont redéfini le rapport à la célébrité ? Le fait est qu’en 2018, la tendance s’est inversée et qu’il s’agit aujourd’hui d’avoir un nom de famille connu avant de pouvoir se faire un prénom sur le catwalk. Parmi les nouvelles coqueluches des créateurs : Sofia (Richie), Kaia et Presley (Gerber, enfants de Cindy Crawford), Brooklyn (Beckham), Christian (Combs, fils de Puff Daddy), Lily-Rose (Depp), mais aussi Dylan Brosnan, Paris Jackson, Roberto Rossellini, Rafferty Law, Patrick Schwarzenegger ou encore Hailey Baldwin. La liste est interminable, et se lit comme un bottin mondain de tous ceux qui étaient « in » dans les 90s, et dont le nom se perpétue aujourd’hui avec la seconde génération.

Classe royale

Et si l’engouement pour ces filles et fils de peut en partie être expliqué par l’avènement des réseaux sociaux et la volonté des marques de faire appel à des visages établis et appréciés des millenials, il n’y a pas que ça. Car si le pays de l’Oncle Sam n’a pas de monarchie et que l’opportunisme semble y être le seul roi, cela n’empêche pas les Américains d’entretenir une véritable fascination pour la royauté et de créer via ces filiations de célébrités leur propre version des têtes couronnées. Le co-auteur de l’ouvrage Model as Muse, Kohle Yohannan, explique ainsi que « la combinaison de beauté et de pedigree est tout simplement irrésistible pour les Américains. C’est le joyau de la couronne, l’apogée d’un statut social qui nous échappe en l’absence de véritables familles royales. Ces beautés aristocratiques que l’on voit sur tous les podiums sont le reflet de notre fascination et de nos insécurités ».

Sofia Richie et son illustre père – Belga / AFP PHOTO / VALERIE MACON

Mais gare à ne pas se tromper et partir du principe que quelqu’un qui est une personnalité en a forcément aussi. Les filles de Sylvester Stallone, pourtant dotées du patronyme de leur célèbre paternel, peinent jusqu’à présent à attirer sur elles le genre d’attention que les marques recherchent. Les soeurs Hadid, au contraire, sont les héritières d’une famille peu connue en dehors de la Californie, où leur père est un magnat de l’immobilier, mais leur charisme et leur présence couplés à leur famille pseudo-célèbre ont suffi à les propulser dans la stratosphère de la planète mode. Jusqu’à ce que le culte des enfants de célébrités n’y soit plus tendance. En 1999, Linda Wells, rédactrice-en-chef du magazine américain Allure, affirmait ainsi que « plus personne ne s’intéressait aux mannequins » et que l’heure était venue pour la presse de se concentrer uniquement sur les célébrités. La décennie suivant allait lui prouver son erreur, avec l’ascension de mannequins telles que Heidi Klum, Tyra Banks ou encore Gisele Bündchen, devenues depuis de véritables people.

Renouveau permanent

Après leur avènement, les créateurs leur ont préféré des modèles plus confidentielles, aux beautés moins classiques mais plus typées, à l’image d’une Freja Beha Erichsen ou d’Hanne Gaby Odiele, la beauté venue de Belgique. Car les tendances se suivent sans se ressembler, avec une constante : la mode est capricieuse et imprévisible et ce qui est beau hier peut tout aussi bien ne plus l’être demain. Un jour, Elle McPherson était le summum de la beauté avec son « body », puis elle a été balayée par Kate Moss et sa silhouette de brindille, elle-même éclipsée par les courbes affolantes des égéries Victoria’s Secret, Gisele en tête; l’actuelle vague de mannequins « fil(le)s de » ayant été précédée d’une vague de beautés anonymes adoubées puis remplacées. Si les visages de demain n’ont pas encore été découverts, une chose est certaine : il ne s’agira pas de ceux d’hier.

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