Des ouvriers aux fashionistas, l’étonnante histoire des Dr. Martens

Des ouvriers aux fashionistas, l’étonnante histoire des Dr. Martens

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Voici l’histoire de la Dr. Martens, une chaussure universelle qui réussit un sacré tour de force : mettre d’accord toutes les classes sociales.

Des policiers aux skinheads, des punks aux kawaii girls japonaises, du pape lui-même aux stars d’Hollywood : tout le monde les porte. Car de l’après-guerre à l’ère des réseaux sociaux, les Dr. Martens ont eu mille vies. Voici leur riche histoire.

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D’un pied cassé à un pied d’ouvrier

C’est en 1946 que la « Doc » voit le jour. Klaus Märtens, un médecin allemand, a l’idée après un accident de ski dont il ne sort pas indemne. Le pied cassé, il confectionne la chaussure pour faciliter ses déplacements. Pour absorber les chocs, le docteur a la bonne idée de mettre au point une semelle à coussin d’air à base de pneus recyclés. D’usage orthopédique, ces chaussures vont connaître un succès grandissant auprès des sexagénaires. Mais ce n’est que le début.

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En 1959, l’anglais Bill Griggs obtient la licence exclusive de production de ces chaussures. Il les modifie  pour qu’elles deviennent plus « workwear ». Pas à pas, la chaussure orthopédique allemande devient une vraie bottine d’ouvrier. Bombée sur le dessus, son cuir est résistant et imperméable aux huiles, graisses et autres taches qui rythment le quotidien des travailleurs britanniques. La touche finale ? Griggs anglicise le nom : « Märtens » devient « Martens ». La première Dr. Martens est (officiellement) née.

De l’usine au catwalk

Les débuts « mode » de la chaussure ne sont pas flamboyants. Les jeunes gens chics lui préfèrent des modèles plus raffinés comme la Chelsea boot, et boudent l’aspect « grossier » de la paire. Pendant une dizaine d’années, la chaussure a du mal à se défaire de son étiquette « workwear » et de son image rugueuse. C’était sans compter sur l’arrivée des skinheads à la fin des années 1960, puis des punks. Fiers de leurs origines populaires, les skins portent des boots pour affirmer leur style de bad boy. Confortable et légère, ils jetteront leur dévolu sur la Dr. Martens.

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Fan de punk ou de heavy metal, amateurs de ska ou de grunge… Au fil des décennies, la chaussure devient un emblème de la contre-culture sous toutes ses formes, et reflète un état d’esprit rebelle. Dans les années 1970, par exemple, « porter des Docs c’est affirmer sa singularité face à la rigidité d’une ordre établi », c’est un cri de ralliement que l’on chausse. 

Gigi Hadid en Dr. Martens. – GRIFFIN LIPSON/ MEGA

Chahutée par la basket et l’émergence du sportswear, la marque manque de disparaître au début des années 2000. Heureusement, la fashion sphère est là : elle est remise au goût du jour et sur les podiums par de nombreux créateurs comme Yohji Yamamoto ou Jean Paul Gaultier. Aujourd’hui, victime de son succès, la production de cette chaussure unique en son genre est massivement délocalisée en Asie. Seules mille paires par semaine sont encore produites dans l’usine anglaise d’origine de Wollaston via la ligne « Made in England ». Pour mieux perpétuer la tradition ?

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