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Mode : la révolution verte

Image d'illustration. | © Unsplash

Mode

Entre recyclage, nouvelles technologies et propositions alternatives, l’industrie du rêve relève ses manches pour un vestiaire plus propre. Un défi de taille, et pile dans l’air du temps !

L’industrie du glamour et du rêve est une des plus polluantes après celle du pétrole. Ce triste constat n’est pas nouveau, mais la mode voit éclore une nouvelle génération de têtes chercheuses qui font bouger les lignes et lui donnent un avenir vertueux. En premier lieu, les progrès techniques stimulent l’imagination des petites comme des grandes marques, et les perspectives sont multiples. Pour Annick Jehanne, fondatrice du centre de formation Hubmode et des Fashion Tech Days, l’avenir « c’est beaucoup de bon sens, sans se faire remarquer ».

Les fibres d’ananas : une alternative au cuir animal

Les nanotextiles qui se développent poussent à l’extrême le « biomimétisme », une science qui s’inspire de la nature. Les innovations qui vont entrer dans nos dressings sont celles dont l’usage est une évidence. Le Pinatex, par exemple, est un cuir végétal fabriqué à partir de l’ananas. Les fibres de ses feuilles sont assemblées, après en avoir éliminé la pectine, à la manière d’un feutre qui est ensuite teint et vernis pour ressembler à de la peau. Une alternative au cuir animal qui a déjà conquis des griffes comme le maroquinier Lancel qui propose June, un sac dans cette matière. En moyenne, pour produire ce cabas, il faut 480 feuilles, soit 16 plants d’ananas. Seules les feuilles laissées en friche après la récolte du fruit sont utilisées. Ainsi, sa fabrication ne requiert aucune terre additionnelle à cultiver, et donc ni eau ni engrais supplémentaire. Le but de l’opération : aller vers le zéro déchet. Prochaine étape, un cuir réalisé à partir du raisin devrait être breveté d’ici à 2019. Les jeunes créateurs, comme l’Anglais Richard Quinn, cherchent également à réduire leur empreinte carbone. Grâce à sa technique d’impression digitale mise en place avec Epson dans son studio de Londres, il réduit de 80 % le besoin en eau et de 30 % l’énergie nécessaire à l’impression des motifs aux couleurs acidulées qui caractérisent sa griffe. Si on ajoute le fait que la production est locale et réalisée en fonction de la demande pour éviter les pertes, l’impact sur l’environnement tend à être réduit au minimum.

Des baskets « bio »

Parmi les pionniers en matière de mode durable, les Français Sébastien Kopp et François-Ghislain Morillon. Fondateurs de la marque Veja, ils concentrent leur énergie sur un produit : la basket. Symbole d’une génération, celle-ci est fabriquée au Brésil avec des matières premières issues de l’agriculture biologique et agroécologique, sans produits chimiques ni procédés polluants, et remporte un véritable succès. Donner au public des clés pour comprendre comment ont été fabriqués les vêtements, c’est aussi une des missions que se donne Guillaume Houzé, le directeur de l’image et de la communication des Galeries Lafayette. Son plan ? Mettre en place l’équation des 3 B : le beau, le bon et le bien. Jusqu’au 10 octobre, le grand magasin accueillera « Go for Good ». Une opération qui promeut plus de 400 marques de mode mais aussi de beauté et de lifestyle engagées pour une création responsable sélectionnées suivant des labels éthiques reconnus. Cette démarche collective s’installera dans toutes les adresses de l’enseigne en France.

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H&M se lance dans la mode éthique

Une mode éthique accessible à tous, c’est possible : le géant de la « fast fashion » H&M s’y engage au travers de sa gamme Conscious, une ligne de vêtements créée uniquement à partir de matières recyclées. Depuis 2013, le groupe H&M a collecté près de 18 000 tonnes de textiles, dont 89 millions de tee-shirts, grâce à un système d’échange contre des bons d’achat mis en place dans ses boutiques. La marque s’est également fixé pour but de n’utiliser que du coton certifié biologique d’ici à 2020. Tout récemment, H&M a inauguré son concept store du boulevard Haussmann, dans lequel un espace baptisé « Take Care » propose des produits d’entretien, un atelier de réparation en magasin et prodigue des conseils pour inciter les clients à « prendre soin » des vêtements et des accessoires. Une démarche pédagogique pour prolonger la durée de vie des produits. Quand le numéro deux mondial du prêt-à-porter, qui fêtait l’an dernier, 70 ans d’existence, s’affaire à réduire son impact environnemental, c’est aussi un signal pour toute la filière : pour que l’écoresponsabilité devienne la nouvelle normalité.

Beyonce, Björk, Lady Gaga : stars et ambassadrices

Oubliez les idées reçues sur le recyclage. Marine Serre, lauréate du prix LVMH 2017, a, pour son premier défilé, chiné des centaines de foulards vintage devenus des robes drapées ultra désirables. Kevin Germanier, designer d’origine suisse installé à Paris, récupère perles et vêtements défectueux destinés à la destruction et leur donne une nouvelle vie. Du jean Levi’s aux souliers, ses créations ornées de perles et de sequins prennent des airs de couture futuriste et glamour. Ses meilleures ambassadrices sont les stars de la pop culture: de Beyoncé à Björk en passant par Lady Gaga, les icônes de notre époque ont bien compris que le style aujourd’hui était aussi une histoire d’engagement. Le concept d’upcycling a donc le vent en poupe. En effet, pourquoi produire de nouvelles matières quand il y a déjà tant de choses à réutiliser ? Avec sa marque baptisée Les Récupérables, Anaïs Dautais Warmel utilise des matières achetées à des « éco-organismes » comme les Emmaüs ou à des ressourceries. De vieux rideaux, des draps  dans lequels ses modèles seront ensuite confectionnés.

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Le secret pour elle c’est aussi de travailler localement et de créer une économie circulaire dans des ateliers en France. A New York, Reformation est une enseigne qui ne crée que des robes réalisées à partir de tissus de surplus. Même fibre créative pour le label Noyoco, dont tous les tissus de ses collections sont chinés… Le fameux « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » de Lavoisier est plus que jamais d’actualité.

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