Beyrouth – La Cambre, route de la mode

Beyrouth – La Cambre, route de la mode

Actuellement fréquentée que par cinq étudiantes, "la Cambre de Beyrouth" ambitionne d'être à la hauteur de sa grande soeur | © Jehanne Bergé

Mode

L’Académie libanaise Des Beaux-Arts a ouvert une école de mode en partenariat avec notre très belge et très réputé atelier de Stylisme et Création de Mode[s] de l’ENSAV-La Cambre. Reportage entre Beyrouth et Bruxelles.

 

Le Liban est un pays trois fois plus petit que la Belgique qui survit tant bien que mal entre les crises et les guerres. Malgré l’instabilité, Beyrouth, la capitale, est une terre de création sans pareil. Point de vue mode, le pays du Cèdre a su attirer l’attention du monde entier. De Paris à New-York, Elie Saab, Rabih Kayrouz, Zuhair Murad, Georges Chakra et Georges Hobeika font tourner les têtes des plus grandes stars. Cependant, jusqu’à tout récemment, il n’existait pas (ou très peu) de véritables formations en stylisme. Les jeunes Libanais étaient obligés de partir à l’étranger pour apprendre les ficelles du métier. Pour contrer cette fuite de talents, l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA) a décidé d’ouvrir cette année une option mode en partenariat avec la très convoitée La Cambre.

Cette toute nouvelle école de mode est parrainée par le grand styliste Rabih Kayrouz. A la direction, on retrouve la Française Emilie Duval. Ancienne élève de La Cambre, la jeune femme est passée par les grandes maisons de couture – Maison Martin Margiela, Balenciaga, et Dior. « Venir ici, c’est quand même un sacré pari. Mais cette expérience me permet de découvrir des choses beaucoup plus vastes que dans n’importe quel atelier à Paris », nous confie-t-elle.

Une synergie commune

Isabelle Eddé, responsable communication de l’ALBA a travaillé pendant plusieurs années sur l’ouverture de l’école de mode. « Pour chacune de nos options artistiques, nous nous associons à une école étrangère. Dans ce pays où il y a eu des guerres pendant longtemps, on sait mieux que quiconque  qu’il est très important d’être ouvert sur le monde. » Après de longues recherches, le choix de l’ALBA s’est porté sur la grande école bruxelloise. « On a démarché La Cambre parce que, outre leur réputation, on a trouvé que leur configuration était vraiment semblable à la nôtre. Chaque discipline se nourrit des autres, ça crée une synergie », explique-t-elle. Après de longues discussions et quelques aller-retours entre Bruxelles et Beyrouth,  le partenariat est né.

La formation est donnée dans le même esprit que notre école belge. « On commence dès le début à faire des projets qui défient l’imagination », annonce Emilie Duval. Evidemment, on ne connaît pas les mêmes contraintes à Beyrouth et Bruxelles : au Liban, la vie quotidienne est ponctuée de difficultés en tout genre – au moment même de notre interview, il y avait une coupure d’électricité.

Démarrage en douceur

« Le projet démarre lentement, ce n’est que le début », explique Tony Delcampe, directeur de La Cambre Mode[s]. Cette première année cinq étudiantes sont inscrites. « Ce n’est pas beaucoup, mais La Cambre a commencé avec neuf étudiants », sourit Emilie Duval pleine de confiance.

Lors de notre visite, les portes ouvertes faisaient régner une véritable ambiance d’effervescence. Les jeunes Libanais des quatre coins du pays montraient beaucoup d’intérêt pour le cursus. L’avenir semble donc encourageant.

Au-delà du cadre

Le quartier général des étudiantes de l’Ecole de Mode se trouve au huitième (et dernier) étage de l’Académie. On y trouve des machines à coudre, des mannequins, des tables à repasser, de grandes tables où sont étalés des tissus et un tas d’autres choses. Les cinq étudiantes s’y affairent. Nadine, 19 ans, explique : « Je suis attirée par la mode depuis que je suis petite. Ce qui est extra, c’est qu’ici on la mélange avec l’imagination, la narration d’histoires, avec les recherches et les inspirations ». Nour aussi avait envie de faire de la mode depuis toujours. « Mais je m’attendais à quelque chose de plus classique ».  Les étudiantes expliquent à l’unisson que les Libanais ont une vision plus traditionnelle de la mode, ce qui rend donc la pédagogie de La Cambre tout à fait révolutionnaire. Les cinq demoiselles sont ravies et enchantées d’être les pionnières du cursus. Quand nous leur avons demandé pourquoi aucun garçon n’était inscrit, elles ont répondu que « ce n’est pas encore très bien vu au Liban même si les designers très connus sont tous des hommes… On compte sur la nouvelle génération de créateurs pour changer les mentalités ».

Un échange de culture et d’idées

« Ce qui est génial c’est que ce partenariat crée vraiment toute une série d’échanges. On repense tout, on ne fait pas qu’appliquer une recette », explique Emilie Duval. Tony Delcampe est lui aussi très enthousiaste. « C’est une sacrée aventure. On propose quelque chose qui va à l’encontre de ce qui se fait dans la culture de la mode libanaise».

Très impliqué dans le programme, le Belge se rend régulièrement à Beyrouth pour encadrer des workshops. « Je n’étais jamais venu avant mais j’adore cette ville. Il y a beaucoup de similitudes avec Bruxelles ». Beyrouth et Bruxelles sont souvent comparées : l’existence de plusieurs communautés dans un même espace et un collage permanent d’identités rapprochent les deux villes (même si à Beyrouth tout est plus fort).

Les étudiants des deux pays sont excités à l’idée de se rencontrer et de partager leurs expériences. Normalement, les étudiantes libanaises assisteront cette année au défilé de La Cambre à Bruxelles. « Ce sera super pour nos étudiantes, comme on commence elles n’ont pas d’exemple devant elles mais là elles verront tout le panel des possibilités », s’enthousiasme Emilie Duval.

A l’école libanaise à présent de connaitre le brillant destin de sa grande soeur belge. Et de compter parmi ces écoles qui voient se créer en leur sein les plus grandes tendances de la mode.

CIM Internet