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Le cuir « éco-responsable », mythe ou possibilité ?

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Une tannerie au Bangladesh. | © EPA/ABIR ABDULLAH

Mode

L’industrie de la production de cuir souffre d’une mauvaise image, entre déforestation causée par l’élevage intensif du bétail, grande consommation d’eau et utilisation du chrome pour assouplir les peaux.

De l’élevage des animaux au tannage des peaux, la filière française du cuir ambitionne de réduire son impact environnemental, mais beaucoup reste à faire en termes de traçabilité des matières premières, et les solutions dites « végétales » ont aussi leurs limites. Lundi s’est tenu à Paris le tout premier forum international dédié à la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) des métiers du cuir et à ses « bonnes pratiques », organisé par le Conseil national du cuir en présence de quelque 200 professionnels, français et étrangers.

« Depuis quelques années, nos entreprises sont souvent mises en cause sur le plan du développement durable », a d’emblée souligné Franck Boehly, président du Conseil national du cuir qui rassemble une filière forte de 130 000 salariés répartis dans l’Hexagone.

« Mais notre industrie est l’activité de recyclage la plus ancienne au monde : nous transformons la peau, qui est un sous-produit du secteur de la viande et du lait, en un cuir de grande qualité. Car personne dans le monde n’a jamais élevé un bovin pour sa peau », a-t-il insisté. En France, un total de 7 millions de tonnes de cuirs « finis » sont produits chaque année par les tanneurs (qui traitent les peaux de veaux, vaches, taureaux) et les mégisseurs (chèvres, moutons, agneaux).

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Si l’industrie de la mode dans son ensemble est considérée comme l’une des plus polluantes au monde, celle de la production de cuir souffre aussi d’une mauvaise image, entre déforestation causée par l’élevage intensif du bétail, grande consommation d’eau et utilisation du chrome pour assouplir les peaux. Mais ces dernières années, les textes de loi français et les directives européennes se sont faits plus restrictifs pour la profession, par exemple en matière de rejet de matières dangereuses dans l’eau. Parallèlement, les maisons de luxe ont imposé à leurs fournisseurs des certifications aux critères environnementaux plus exigeants.

« La RSE, pendant longtemps, c’était une option. Aujourd’hui c’est une obligation. On sent une accélération depuis deux ou trois ans, sous la pression des clients, la pression sociétale, et la pression de la réglementation », résume Jean-Christophe Muller, directeur général des tanneries Haas, qui fournissent les plus grands groupes de luxe français.

La traçabilité, maillon faible

Reste cependant une zone grise : la traçabilité du bétail, soit le lieu de naissance de l’animal, mais aussi les conditions dans lesquelles il a été élevé, nourri puis abattu, des informations délivrées de façon variable selon les pays de provenance.

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Un ouvrier d’une tannerie porte des chutes au Bangladesh. © Munir UZ ZAMAN / AFP

« Les clients demandent de plus en plus d’où viennent leurs peaux », admet Nicholas Butler, directeur du  secteur international de Covico, une entreprise française spécialisée dans le négoce de peaux. « La traçabilité est un instrument indispensable d’assurance pour les clients », renchérit David Grangeré, directeur industriel de Bigard, leader français de l’abattage des viandes qui emploie quelque 12 000 personnes.

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Il met en avant « le système d’identification et de traçabilité des bovins en France, qui est reconnu comme l’un des plus performants : il y a une banque de données nationale, un enregistrement qui suit dès sa naissance le bovin, grâce à deux boucles d’oreille ».

Mais l’Hexagone, malgré l’existence d’un cheptel important, a dû importer l’an dernier quelque 43 millions d’euros de peaux et cuirs bruts de bovins, veaux et ovins. En cause notamment: le recul de la consommation de viande en France, qui réduit les volumes disponibles de peaux de qualité, et fait grimper les prix.

Cuir de poisson ou matériaux « intelligents », la France multiplie parallèlement les innovations pour diversifier la filière, même s’il s’avère complexe de passer au « tout naturel ». « Nos ancêtres les Gaulois tannaient déjà les peaux avec du végétal, et on utilise depuis trois générations, dans notre petite PME du Tarn, des tanins naturels comme le québracho (un arbre d’Amérique du sud), le mimosa ou le châtaigner », explique Olivier Raynaud, gérant de la tannerie Raynaud Jeune. Mais il concède que « le tannage naturel a ses limites, on ne peut pas affiner le cuir autant qu’avec le chrome, et il n’a pas de tenue à la lumière, ce n’est pas non plus la panacée ».

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