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Mode au Pa(radis)cifique : Les Fidji ont fêté leur 10 ans de Fashion Week

Hani Haring, première maison de haute couture polynésienne. | © www.haniharing.com

Mode

Les Fashion Weeks ce n’est pas que dans les grandes villes comme Paris, New York ou encore Milan, c’est aussi dans les îles du Pacifique, comme en témoigne la République des Fidji, qui vient de fêter ses dix ans de Fashion Week.

 

Les Fidji organisaient leur dixième Fashion Week du 22 au 27 mai 2017 à la capitale de Suva. Une Fashion Week dont on entend peu -ou pas assez parler- outre Pacifique. Et pourtant, l’événement est aujourd’hui d’envergure mondiale et attire des milliers de personnes chaque année. Lancée en 2008, la première Fiji Fashion Week a eu lieu à Denarau Island. Dès le début, cela a été un succès. Résultat, nous revoilà dix ans plus tard, avec 13 pays du Pacifique représentés (Australie, Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Calédonie, Tahiti…) et plus de 93 créateurs et étudiants en mode triés sur le volet venus présenter leur collection. Parmi eux : 8 Mountains, Chamorrita Swimwear, Dane Fabricius, Engeleena, Femata Couture, Hani Haring, Haus of Koila, Hupfeld Hoerder Designs, Jade Lloyd Jones, JOAN.A…

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« Fashion in Paradise »

Pour Ellen Whippy Knight, le directeur général de la Fiji Fashion Week, ce dixième anniversaire reflète la croissance de la mode du pays : « Il y a tellement de talents et de nouveaux talents dans le Pacifique. (…) Nous avons des créateurs émergents qui recherchent un point de vente pour montrer leur travail et nous avons aussi des créateurs qui sont désormais bien établis et qui ont travaillé avec nous depuis 2008 et qui gèrent eux-mêmes leur entreprise ».

Pacific Islands Resort Show. Thursday 25 May

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La Fashion Week contribue grandement à développer l’économie de la République des Fidji en créant de nombreux emplois et en boostant le tourisme : tous les gens qui viennent à l’événement prennent des taxis, consomment localement, séjournent dans des hôtels… D’ici 2018, la Fashion Week de Fidji qui grandit d’année en année, collaborera avec Sydney.

Des fleurs, des maillots de bain… mais aussi de belles robes signées Hani Haring

© Tim McKenna

Parmi les nombreux créateurs : Hani Haring, la première maison de haute couture en Polynésie et qui fait ses armes dans tout le Pacifique. Présente à la Fashion Week de Fidji pour la troisième année consécutive, la marque propose des collections femme et homme d’inspirations polynésiennes et fait la part belle aux tissus vintage des îles. Et tout est cousu main.

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© Tim McKenna

Fondée par Hani fin 2011, et rejoint en 2013 par le directeur artistique Benjamin « pour installer la première maison de couture basée à Moorea, et créer à quatre mains une mode confortable, chic et à l’inspiration polynésienne », les campagnes Hani Haring ont été photographiées par les plus grands : Tim McKenna ou encore l’australo-belge Sonny Vandevelde qui pose l’appareil photo entre deux fashion weeks pour aller surfer. Rencontre avec les deux créateurs d’une marque qui nous fait voyager.

Paris Match : Comment en êtes-vous venus à être présents à la Fashion Week de Fidji ?
Nous avons eu la chance d’être sélectionnés il y a quatre ans par l’ambassade de France à Fidji pour répresenter la création française et polynésienne à cette Fashion Week, qui invite tous les ans une vingtaine de créateurs de tout le Pacifique. Ce voyage fût très enrichissant car il nous a permis de rencontrer de nombreux médias, blogueurs, photographes… et de rencontrer d’autres designers et voir ainsi ce qui pouvait se faire ailleurs. C’est intéressant d’ouvrir ses horizons. Depuis, nous y retournons tous les ans, et pour son dixième anniversaire, l’organisation avait vu les choses en grand.

Qu’est-ce que cela a changé pour vous : plus de notoriété, plus de ventes… ?
Nous avons noué de vraies amitiés avec des photographes, des créateurs… Et cela nous a permis de jauger notre travail en terme de qualité et de créativité, et c’est toujours très inspirant de voir le travail d’autres designers, les matières utilisées, leurs coupes… Une telle Fashion Week nous permet bien sûr d’accroître notre notoriété et de toucher une clientèle hors des frontières polynésiennes.

© Jacqui Turner

C’est important voire incontournable pour une marque comme la vôtre d’y être présente ?
Ce n’est pas incontournable, chaque marque ou maison de couture participe aux événements qui leur paraît important, mais c’est vrai qu’à notre échelle, nous avons pris cette invitation comme une chance de représenter notre travail, le savoir-faire et la créativité de nos îles.

Cela représente combien de mois de travail pour se préparer à une Fashion Week ?
C’est un processus assez long entre le moment de création, de choix de matières, de créations de patrons… Nous étalons la création d’une collection sur trois-quatre mois, car en même temps, nous devons produire nos différentes collections pour nos points de vente et nos commandes sur mesure.

Selon vous, pourquoi les médias francophones ne parlent quasiment pas de la Fashion Week de Fidji ?
L’organisation a privilégié une communication plus internationale et surtout plus proche du marché du Pacifique, donc les médias présents sont davantage australiens, américains et japonais.

© Sonny Vandevelde

Quelle est la principale difficulté quand on est un créateur au Pacifique ?
L’éloignement. La majorité de nos matières viennent de l’étranger, nous travaillons avec des ateliers à Calais pour nos dentelles, nos soies viennent d’Italie…et nous sommes assez loin de tous les événements mode internationaux.

Chaque robe est customisable à souhait et réalisée entièrement dans notre atelier à Moorea.

Peut-on porter vos créations en Europe ou en Amérique ?
Chacune de nos pièces est unique, donc chaque robe est customisable à souhait et réalisée entièrement dans notre atelier à Moorea (île à 30 minutes de bateau de Tahiti ,ndlr). Nous avons des clientes en Europe et aux USA qui nous commandent directement leurs robes, dans la couleur et les matières de leurs choix.

© Sonny Vandevelde

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Arrivez-vous à tenir le rythme en faisant du tout main ? Envisagez-vous de passer à une production moins « artisanale » ?
Nous souhaitons conserver la production dans nos ateliers à Moorea afin d’avoir un contrôle complet sur nos produits. Chaque pièce est coupée par nos soins, nous faisons tous nos patrons et cherchons chaque matière nous-même, et c’est ce service que nous souhaitons continuer à offrir à notre clientèle.

Quelle est la prochaine étape ? Faire d’autres Fashion Weeks, de plus en plus importantes ?
Nous avons pu participer il y a deux ans à la Fashion Week de Los Angeles, et sommes en contact depuis quelque temps avec d’autres événements internationaux, mais nous préférons prendre les choses une par une et prendre notre temps.

© Tim McKenna

Vos projets pour l’année à venir ? 
Nous venons d’installer nos collections de robes de mariée à l’hôtel St Regis de Bora Bora. Nous avons différents projets en cours concernant les mariages. Notre souci premier est d’offrir le meilleur service à notre clientèle, donc nous souhaitons continuer à produire à notre rythme afin de pouvoir contrôler entièrement notre chaîne de production.

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