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Yves Rocher : l’or vert de la cosmétique végétale

Bris Rocher continue la tradition verte de la maison "Yves Rocher".

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La nature a beaucoup à offrir, à condition de la comprendre et de la respecter. C’est l’esprit et le socle d’une cosmétique exclusive créée en 1959 par un botaniste visionnaire : Monsieur Yves Rocher. Précurseur passionné de la science de la nature au service de la beauté. Aujourd’hui, la marque éponyme en fait bénéficier des millions de femmes à travers le monde. Familière, on croit la connaître. Rencontre avec Bris Rocher, le petit-fils du fondateur.

Paris Match : Vous êtes aussi le Pdg du Groupe Yves Rocher. Prendre la succession de votre grand-père et celle de votre père Didier Rocher s’est imposé naturellement ?

Bris Rocher : La filiation et la curiosité ont joué. Mon grand-père a découvert sa passion pour le monde végétal à 14 ans. Dès qu’il avait du temps libre, il observait et étudiait les plantes dans son village natal de La Gacilly, en Bretagne. Le grenier de la maison familiale a abrité son tout premier labo : il y a créé sa fameuse crème à la ficaire ! J’ai rejoint l’entreprise, à peine plus âgé que lui. À 16 ans, j’ai laissé tomber le lycée… pour démarrer à la comptabilité. Quand j’y suis revenu en 2003, j’ai travaillé à rétablir son indépendance et à lui rendre une identité fondée sur ses racines. L’évolution fut aussi de passer d’une marque de produits à une ‘love brand’, une marque lifestyle.

Pionnière de la beauté par les plantes,  elle fait face à la floraison des  marques ‘vegan’ de plus en plus nombreuses. Que pensez-vous de leur concurrence ?

Je pourrais déjà répondre que plus de cinquante ans d’expérience donnent un savoir-faire irremplaçable : molécules actives, formules vertueuses, solide approche scientifique. La Cosmétique Végétale, c’est un métier ! Nous produisons à la Gacilly une partie de nos plantes. Nous développons nos propres actifs avec des technologies respectant le végétal et la planète, ce qui fait que nos actifs sont toujours 100% d’origine végétal. Pour cela, nous sommes à la fois botaniste, récoltant, fabricant et détaillant.  Notre marque est l’une des seules marques dans le monde à faire le choix de maîtriser l’ensemble du cycle de vie de ses produits. De la plante à la peau de ses 30 millions de clientes…

Comment y réussir en pratique ?

La solution consiste à travailler avec une chaîne complète d’experts :  ethonobotanistes, phytologues, biologistes, agronomes,  phytoanalystes, formulateurs, ganélistes, pharmaciens, dermatologues et cliniciens. C’est en maîtrisant toute la chaîne du vivant qu’il est possible d’identifier, recueillir et délivrer la quintessence de chaque plante à la peau. Notre Département Recherche et développement pilote une équipe pluridisciplinaire de 150 chercheurs. De vrais chercheurs d’or !

Quelles sont vos sources d’actifs ?

Du Mexique au Burkina Faso, Yves Rocher possède 250 filières végétales à travers la planète. La première d’entre elles demeure La Gacilly. Nos trois sites industriels, situés dans les environs, ne ressemblent à aucun autre. Entourés à perte de vue de champs fleuris et colorés, ils sont reconnus  ‘sites refuges’ par la Ligue Protectrice des Oiseaux !  55 hectares de fleurs et de plantes en Agriculture Biologique fournissent un tiers de nos besoins : capucine, arnica, calendula, bleuet, etc. On l’ignore souvent mais au fil des ans,  Yves Rocher est devenu l’un des acteurs majeurs de l’Agriculture Biologique en cosmétique. Madagascar est notre seconde source privilégiée d’actifs. L’île regorge de 14 000 espèces végétales, dont près de 80% sont endémiques . Les extraits de plantes issues de la pharmacopée traditionnelle malgache figurent parmi les ingrédients stars de nos soins anti-âge !

Pouvez-vous divulguer des informations à propos de votre laboratoire ?

Il est à ciel ouvert et il a 3,7 milliards d’années. C’est la Nature tout simplement. Aucun labo au monde ne peut rivaliser avec ses travaux. Chaque jour, nos experts maison étudient et décryptent le végétal. Notre Jardin Botanique de La Gacilly est riche d’une collection de plus de 1 100 espèces différentes. Ce coffre-fort contient des trésors : les promesses d’efficacité pour nos prochains soins.

La production  est  ‘made in France’ ?

Oui, et cela répond au souhait de mon grand-père qui voulait sauver son village. À l’époque, tous les Bretons partaient chercher du travail à Paris. Décidé à stopper cet exode rural, il leur a dit : « vous verrez, un jour La Gacilly sera connue et prospère. J’en fais le serment« . Aujourd’hui, l’entreprise qui porte son nom a créé, directement et indirectement, 10 000 emplois dans la région. Au prix de 50 millions d’euros d’investissement…

Les gammes Yves Rocher n’affichent pas de label bio. Pourquoi ce choix ?

Obtenir le logo d’un organisme de certification n’est pas ma préoccupation première ! Cela n’empêche pas qu’une grande partie de nos plantations en Bretagne est labellisée Culture Biologique depuis 1997. 100% de nos actifs sont végétaux sont à 0% OGM.  « La Nature, c’est notre avenir », prédisait mon grand-père.  Fidèles à sa vision, nous suivons une mission qui est, en quelque sorte, notre propre label: garantir une efficacité végétale respectueuse de la planète et des humains. J’estime que nos efforts dans ce domaine ne sont pas assez connus des consommateurs. En plus de standards de qualité très élevés, tous nos produits sont développés dans une démarche d’éco-conception. Pots en verre recyclable à l’infini, éco-tubes avec 25% de plastique en moins par rapport aux anciens, 96% d’emballages et notices papier issus de forêts gérées durablement (2015 en France), 225 tonnes de plastique vierge économisées grâce à l’intégration du plastique recyclé (PET R) dans nos flacons en 2016, très nombreux soins capillaires sans silicone, suppression de toute huile minérale dès 2020…

Associer grands principes et petits prix : est-ce bien compatible ?

C’est notre force et notre ADN ! À l’époque où mon grand-père a lancé sa marque, les soins de beauté étaient réservés à une élite. Il a voulu les rendre accessibles à l’ensemble des femmes et échapper aux stéréotypes. Le meilleur moyen fut d’oser un circuit alors inédit en cosmétique : la vente par catalogue et correspondance. Yves Rocher a aussi été  parmi les premiers à vendre en ligne. Bilan en 2014 : 120 millions de visites sur les 22 sites à travers le monde. Notre marque est guidée par la conviction que chaque femme a droit à la beauté. Nous charger de tout, sans aucun intermédiaire – de la récolte à la distribution – assure des soins de qualité à prix très abordable. Coût réduit des emballages, aucune égérie. Ces principes, respectés depuis les débuts de Yves Rocher, restent d’actualité au moment où le pouvoir d’achat fait débat. Toutes nos énergies combattent le diktat qu’il faut que ça soit cher pour être efficace.

« Rendre à la nature ce qu’elle nous donne chaque jour, c’est notre devoir »

Constat de Bris Rocher : la planète affronte un  péril écologique qui n’est pas sans impact. La Fondation Yves Rocher dont la Marque est le principal mécène s, a réagi avec un engagement fort : planter des arbres. Beaucoup d’arbres. « 65 millions ont déjà été plantés et nous voulons atteindre 100 millions d’ici 2020 ». La Fondation Yves  Rocher assure ce vaste programme, sous l’égide de l’Institut de France depuis 2001. Les consommatrices y participent directement, via l’achat de certains produits et leur carte de fidélité.  « Si nos botanistes sourcent les végétaux les plus prometteurs à travers la planète, hors de question de la piller. Nous cherchons les producteurs qui travaillent en harmonie avec la Nature. La « Chartre Plantes » Yves Rocher  très stricte exclut d’utiliser des végétaux dont l’avenir ou l’environnement est  menacé. Sans passion, une chartre ne fonctionne pas : nos experts et récoltants opèrent avec le coeur ! Sur nos terres de Bretagne, nous nous accordons le luxe de cultiver le végétal avec respect et patience ».

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