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Orta, la marque belge de prêt-à-porter qui a réussi à créer la viscose 100% européenne

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La marque ne compte pas s'arrêter là. | © Top Secret

Mode

La marque belge est parvenue à créer une viscose 100% européenne, une première mondiale. Rencontre.

 

Orta, qui a fêté ses cinq ans en septembre dernier, est une marque belge de prêt-à-porter féminin 100% digitale qui mise sur le made in Europe à un prix abordable (entre 59 et 150 € les vêtements). À l’heure où la surconsommation pousse les plus grandes entreprises de textile à miser sur la globalisation pour maximiser les profits et économiser sur les matières premières, Orta a voulu faire, comme quelques rares entreprises, un pas de côté en souhaitant changer les mentalités à leur échelle. Ainsi, elle propose des vêtements destinés à la vie de tous les jours qui se portent de saison en saison, aussi bien la journée que le soir. Des pièces riches en couleur et en imprimés. Dans sa logique responsable, la marque mise sur des tissus qui tiennent dans le temps, dont la première viscose 100% européenne. Une création originale qui s’est avérée être un pari très osé.

À la tête d’Orta, nous retrouvons Marion et Gauthier Prouvost. Le couple a accepté de revenir sur son parcours unique dans le domaine du prêt-à-porter, qui pourrait même devenir une source d’inspiration pour les plus grands du secteur.

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Comment est née la marque Orta et pourquoi un tel nom ?

M: En fait, moi je vivais à Londres avant, je suis arrivée à Bruxelles par amour et je me suis très vite rendue compte que je ne trouvais pas de marque éthique en Belgique. Mon mari m’a alors donné l’idée de créer ma propre marque qui serait neutre pour l’environnement. On ne connaissait rien au marché, on vient tous les deux de deux domaines bien différents (communication et gestionnaire de patrimoine immobilier). J’ai découvert qu’il y avait un véritable savoir-faire en Europe et je voulais permettre à mes clientes de découvrir ce qu’il se cache derrière la maison de mode. Les réseaux sociaux nous permettent vraiment d’être transparent et de montrer au quotidien ce qu’il se passe dans nos bureaux. De cette manière, nous sommes parvenus aujourd’hui à créer une communauté très soudée.

G: Nous avons choisi le nom Orta en clin d’oeil à l’architecte d’Art nouveau Victor Horta. C’est quelqu’un qui nous passionnait et nous inspirait, il a pronfondméent influencé le secteur immobilier et nous espérions nous aussi influencer le monde du textile.

Vous avez réussi à créer la première chaîne de viscose 100% européenne, comment est venue cette idée ?

G: « En fait, pour produire un tissu qui tient dans le temps il faut soit travailler avec du plastique (polyester), chose que l’on refusait, ou travailler avec de la soie, qui est très chère. La seule option qui nous restait c’était la viscose. C’est un tissu qui ressemble très fortement à la soie et qui permet donc un beau tombé pour tout ce qui est robe, exactement ce que nous recherchions. À la base, nous travaillions avec les meilleurs tissus du marché, tous labellisé, et un jour nous avons décidé de créer notre propre label.

Cette révélation, je l’ai eue sur mon lit d’hôpital pendant le coronavirus. J’ai été atteint d’une leucémie et j’avais une chance sur deux de m’en sortir (Gauthier est aujourd’hui guéri, NDLR). Je voulais laisser une trace dans ce monde et dans cette industrie. J’ai commencé à m’interroger sur le tissu une fois qu’il arrivait dans les ateliers avec lesquels nous travaillons, d’où venait-il ? Car si de multiples petites marques revendiquent une conception 100 % européenne, elles ne peuvent pourtant pas contrôler ce qui se passe avant, lors de la production de la matière première. Après avoir mené de longues recherches pendant plusieurs mois, j’ai réalisé que le bois, qui est la base de la viscose, venait d’Australie. Autrement dit, le tissus faisait 50 000 km avant d’arriver dans nos ateliers. Je me suis demandé pourquoi le savoir-faire européen n’existait plus aujourd’hui dans le domaine. J’ai découvert que si toutes les entreprises se sont délocalisées c’est car les standards écologiques et sociaux sont devenus de plus en plus stricts en Europe. Hors, ces derniers n’étaient pas d’application en Asie et donc cela coûtait moins cher aux entreprises de produire ailleurs. »

Comment est aujourd’hui produite votre viscose ?

G: « Il faut savoir qu’il y a deux fils pour créer un tissu. J’ai réussi à trouver les deux seuls producteurs en la matière en Europe. Ainsi, un fil est fait à base de bois suédois et l’autre provient d’Autriche. Par la suite, on fabrique l’un des fils au Portugal et l’autre en Allemagne. Les fils sont finalement tissés en Espagne avant d’être stabilisés en Italie. C’est dans cette usine également que nous procédons à l’impression de nos motifs et couleurs. La dernière étape est la confection des vêtements qui se fait dans les deux ateliers avec lesquels nous travaillons depuis le début, en France et au Portugal.

Nous avons véritablement créé un tissu qui n’existait pas. La viscose 100% européenne c’est une première. »

Ce tissu vous est donc exclusivement réservé ?

M: « Nous en avons encore l’exclusivité durant six mois, après nous le proposerons à tous les autres acteurs de la mode dans le monde qui aimeraient provoquer un changement. Nous ne sommes qu’une petite goutte dans l’océan. Dès lors nous rendrons tous le processus de fabrication public sans prendre de pourcentage. Après tout en Europe on y trouve la meilleure qualité, la meilleure couverture sociale et une approche durable de l’environnement. D’autres marques vont nécessairement être intéressées et voudront utiliser notre tissu, même si nous n’aurons peut-être jamais aucun retour. »

La plupart de vos vêtements sont donc composés de viscose, mais pas que…

G: « En effet, nous travaillons également avec d’autres matières, mais nous utilisons toujours les plus éthiques dans leur domaine. Par exemple, le lin est confectionné à 100% en Europe lui aussi. Mais il existe malheureusement encore énormément de chaines de production qui restent opaques. D’ici 2025, on va s’attaquer à la production du denim, du coton, du cuir et de la laine. 60 % de la production Orta sera 100 % européenne à partir de la matière première. »

Votre marque est aujourd’hui 100% féminine. Est-ce que proposer des vêtements aux hommes pourrait également être dans vos projets ?

M: « On fait des tests, on travaille notamment sur une petite capsule pour la fête des pères, mais ce n’est pas du tout le même. Dans l’immédiat nous allons rester 100% féminin, il y a encore tellement de chose à faire chez la femme. »

Prévoyez-vous un jour d’ouvrir des boutiques physiques ?

G: « Non, nous resterons toujours 100% digital, néanmoins nous avons déjà ouvert des boutiques éphémères en Belgique, en France et au Luxembourg. Bientôt nous nous rendrons également à Madrid, à Londres et à New York. »

M: « Même si avant tout nous restons une marque belge et nous en sommes fiers ! »

 

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