Louis Vuitton, les couvertures sacrées africaines et le débat sur l’appropriation culturelle

Louis Vuitton, les couvertures sacrées africaines et le débat sur l’appropriation culturelle

Pour les Basotho, la couverture est rituelle et sacrée | © Facebook @ Indigo Black

Mode

En Afrique du Sud et au Lesotho, la culture Basotho est connue pour ses couvertures sacrées, qui marquent les grandes étapes de la vie, de la naissance au mariage. Des objets rituels aux couleurs chamarrées dont Louis Vuitton s’est inspiré, n’hésitant pas à gonfler exponentiellement leur prix de vente. 

En effet, tandis qu’une couverture Basotho traditionnelle est vendue en moyenne 1 000 rands, soit 66 euros, il faudra débourser 2 186 euros pour s’offrir la version du maroquinier français. De quoi pousser artistes et activistes à se poser des questions, d’aucuns soulignant qu’il n’est pas acceptable que Louis Vuitton profite ainsi de la culture Basotho, tandis que certains parlent d’appropriation culturelle.

Exploitation et colère

La créatrice de mode sud-africaine Maria McCloy n’hésite quant à elle pas à qualifier de vol le procédé. « Les artistes africains sont aussi des artistes et des créateurs. Nous aussi, nous avons des noms. Ces choses ne sont pas vides, tout le monde n’a pas le droit de les prendre et de se les approprier. Nous sommes en colère parce qu’on se sent exploités. Ce n’est pas d’être une source d’inspiration qui nous pose problème, c’est un compliment, mais il faut aller plus loin et nous associer à ces projets, sans quoi c’est du vol ».

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Facebook @ Moda FuityStar Nkosi

Et la maison de maroquinerie n’en est pas à son premier faux-pas : en 2012 déjà, Louis Vuitton avait été accusé d’exploitation culturelle en utilisant la Shuka massaï, une robe à carreaux bicolores qui avait été réinterprétée dans sa collection pour hommes.

Source d’inspiration

Reste que pour certains, en matière d’art comme dans la mode, la frontière est ténue entre inspiration et appropriation. Interrogé par Le Courrier International, Thabo Makhetha, une styliste originaire du Cap, regrette que « cela fait des siècles que l’Occident pille l’Afrique. Il y a deux façons de voir les choses. L’aspect positif, c’est que les créateurs européens se tournent vers l’Afrique comme source d’inspiration. Cela montre que le reste du monde s’intéresse à ce continent et à ce qu’il peut offrir. L’ennui, évidemment, c’est qu’en fait ils l’exploitent ».

Hommage sophistiqué

La créatrice Marianne Fassler choisit quant à elle d’y voir un hommage : « je suis émerveillée de voir la sophistication avec laquelle Louis Vuitton a rendu hommage aux couvertures Basotho. Cela ne rend que plus triste la montagne de bile qui a été déversée sur les réseaux sociaux, accusations d’appropriation culturelle en tête. Les gens ont une vision tronquée de l’appartenance »

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