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Dans l’univers du mannequinat, l’inégalité salariale fait mâle

Presley et Kaia Gerber, le mannequinat en héritage | © Instagram @ Kaia Gerber

Mode

Partout dans le monde, l’inégalité salariale continue de peser sur le budget des femmes. Partout, sauf sur les podiums, où les glamazones piétinent le salaire de leurs collègues masculins. Féministe, le mannequinat ? 

Dans la famille Gerber, la fille: le portrait craché de son illustre mère, Cindy Crawford, dont la jeunesse insolente et la beauté incandescente ont mis le feu à toutes les Fashion Weeks. Regard de biche, jambes interminables, et pas moins de 2.2 millions de followers sur Instagram. Et puis son frère, Presley, 18 ans, les traits taillés au couteau, la sensualité à fleur de peau doublée de la beauté de maman, mais 470 000 followers seulement. Une différence de taille, à l’heure où le succès (et le cachet) des mannequins se mesure tant à leur présence web qu’à leur prestance; mais aussi une illustration 2.0 du schisme qui continue de diviser les podiums. Futile, le milieu de la mode? Il s’agit pourtant d’un des seuls univers où les femmes ont réussi à briser le plafond de verre, et où les hommes sont contraints de se partager les éclats.

Injustice

Le signe qui ne trompe pas : si les classements des salaires annuels étourdissants des top-modèles sont légion, il faut remonter à 2014 pour retrouver le dernier classement des gains des mannequins masculins. Un classement édifiant : si avec 1.5 millions de dollars de rentrée, le mannequin Sean O’Pry prend la tête du chez les hommes, il est très loin des gains de la top la mieux payée cette année là, Gisele Bündchen ayant gagné pas moins de 47 millions de dollars.

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Une victoire pour les femmes ? Pas selon l’agent de légende Elizabeth Rose.

Le mannequinat est probablement une des seules industries où les hommes gagnent moins que les femmes, et on ne peut vraiment pas dire qu’il s’agisse de libération féminine. L’inégalité salariale reste une injustice, peu importe le sexe concerné.

Facebook @ Sean O’Pry

Et Elizabeth Rose de souligner à la BBC  qu’alors qu’une top pourra gagner jusqu’à 50 000 euros pour le défilé d’une grande marque, un mannequin ne gagnera quant à lui qu’autour de 10 000 euros maximum. « Si on regarde le top 10 des filles les mieux payées, elles gagnent chacune plusieurs millions par an. Chez les hommes, seuls les trois mannequins les mieux payés gagnent chacun aux alentours d’un million par an. Cela arrive fréquemment quand je booke des mannequins pour un shooting qu’on me propose un salaire entre deux et cinq fois plus élevé pour la fille. Quand c’est comme ça, je renégocie, mais ce n’est pas facile de faire changer les mentalités ». D’autant que le chemin à parcourir reste long et escarpé.

Au bas de l’échelle

Comme l’explique le sociologue spécialiste de la mode Frédéric Godart, « dans la hiérarchie d’un shooting, le photographe vient en premier, suivie de la mannequin fille, puis les stylistes, les assistants et enfin, seulement, le mannequin masculin. Ils sont vraiment tout en bas de l’échelle ». L’explication, selon lui ?

Les marques et les magazines de mode sont plus intéressés par la plastique féminine, qui est plus vendeuse, ce qui contribue à augmenter la valeur des modèles.

Autre explication : pour Elizabeth Rose, il s’git aussi d’une croyance fermement ancrée chez les commerciaux que les femmes consomment plus de produits de beauté. Une tendance qui a énormément changé ces dernières années, et qui pourrait contribuer à réduire l’écart salarial entre les mannequins hommes et femmes.

Lucky Blue Smith et sa soeur, mannequin elle aussi, Piper – Facebook @ Iceberg

Nouvelle tendance

« Depuis le début des années 2000, les hommes n’ont jamais pris autant soin d’eux. C’est accepté désormais qu’un homme prenne le temps de se coiffer ou décide d’utiliser une crème de jour, voire de se maquiller. Professionnellement, cela veut dire que les mannequins masculins sont de plus en plus utilisés dans l’industrie de la beauté » souligne Elizabeth Rose. Et si l’inégalité salariale pourrait finir par se résorber, il n’empêche que les mannequins masculins ont un avantage non négligeable sur ces dames.

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Comme l’explique le mannequin français Baptiste Nicol, « bien sûr, les différences salariales existent, mais on les retrouve aussi entre mannequins du même sexe. Et il ne faut pas oublier qu’un mannequin masculin est le plus « bankable » entre 30 et 50 ans, une période à laquelle les mannequins féminines sont beaucoup moins en demande ».

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