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Après la fourrure, au tour du cuir de passer de mode chez les couturiers

cuir végétal

Le cuir d'ananas, une alternative tropicale sans cruauté animale | © Vegemoda

Mode

Longtemps symbole d’opulence et d’élégance, la fourrure se fait rare aujourd’hui sur les podiums, associée à une cruauté tout sauf tendance. Et après les pelages précieux, les couturiers semblent bien décidés à faire la peau au cuir. Vers une mode aussi belle que bonne envers les animaux ? 

D’ordinaire mieux connue pour ses collections féminines et romantiques, Lolita Lempicka, à la tête de la maison de couture éponyme depuis 1983, se découvre désormais des tendances activistes. Végane depuis plusieurs années, la créatrice a en effet décidé de s’associer à PETA pour tourner un spot qui tient à mettre en lumière la souffrance associée au cuir. En effet, ainsi qu’elle l’affirme, « vous n’y pensez peut-être pas, mais chaque fois que vous portez une ceinture, une veste ou une paire de chaussures en cuir, vous portez la peau d’un animal qui a énormément souffert« . Une souffrance à laquelle la créatrice ne tient plus à apposer sa griffe.

Bien que peu de personnes s’en rendent compte, le cuir ne provient pas seulement de vaches issues de l’élevage industriel, mais aussi de chevaux, agneaux, chèvres, cochons et même de chiens et de chats. Après avoir été brutalisés toute leur vie, ces animaux sont attachés, battus, plongés dans de l’eau bouillante ou dépecés vivants.

– Lolita Lempicka

Et la couturière de rappeler qu’il existe de plus en plus de matières végétales qui imitent le cuir de manière convaincante. Une conviction que partage Stella McCartney, la styliste britannique pouvant s’enorgueillir d’être la fille du célèbre guitariste des Beatles, mais aussi et surtout d’avoir fait dès 2015 le pari de ne plus utiliser ni cuir, ni fourrure, ni même peaux ou plumes dans ses collections.

Le luxe et l’éthique

Une approche responsable que certains n’ont pas hésité à qualifier d’utopie, voire même, d’être à l’opposé même du luxe. Pas de quoi ébouriffer les plumes de Miss McCartney. « J’ai toujours pensé que le cuir et la fourrure étaient des facilités de notre industrie. Ça n’a rien de nouveau et ce n’est pas éthique. Et ça ne m’a jamais attirée » confiait-elle ainsi au Monde. Et tant pis si pour créer dans le respect de ses convictions, il lui faut faire preuve d’ingéniosité, voire même de patience face à des matières de substitution plus récalcitrantes. Ainsi que Stella McCartney le concède, « le cuir, il n’y a rien à dire, c’est vraiment une matière formidable. Ça se porte bien. Ça bouge. Ça peut se laver. C’est concret. ll y a toujours un moment où je dois m’excuser auprès de mes stylistes des contraintes que cela impose« . Des contraintes qui s’amenuisent à mesure que l’usage des matières animales se fait plus rare dans le monde de la mode.

Seconde peau

Lors de la présentation de sa collection automne 2017, Miu Miu a annoncé la couleur en envoyant sur le catwalk un kaléidoscope de fausse fourrure, des manteaux aux mules cruellement désirables. Toujours plus ressemblante, la fausse fourrure en vient même à donner la berlue aux activistes, qui s’en étaient pris violemment à Jessica Chastain en 2013, dénonçant le fait que cette végane autoproclamée s’affiche vêtue de peaux, jusqu’à ce que l’actrice soit contrainte de faire un démenti public, assurant que malgré les apparences, la fourrure de son manteau était bien fausse. De quoi motiver 110 créateurs, parmi lesquels des grands noms tels que Ralph Lauren, Tommy Hilfiger mais aussi le géant H&M à s’engager auprès de PETA à ne plus utiliser de fourrure animale. Tannés par les activistes, ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à dire adieu au cuir, d’autant que les substituts sont également de plus en plus convaincants.

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L’exubérance de la fausse fourrure signée Miu Miu – DR

Dernier en date : le le Piñatex, un cuir d’ananas imaginé par la conceptrice espagnole de produits en cuir Carmen Hijosa, qui a tiré son inspiration du Barong Tagalog, une tenue cérémonielle philippine fabriquée à partir des fibres des feuilles d’ananas. Un cuir tropical et éthique garanti 100% culpabilité puisqu’il épargne également l’environnement.

Nul besoin d’utiliser des terres, de l’eau, des pesticides ou des engrais. Nous nous basons sur un matériau de récupération que nous ‘surclassons’ en lui apportant de la valeur ajoutée.

– Carmen Hijos, Fast Co

Des arguments qui ont notamment convaincu Puma et Camper de mettre au point des prototypes de chaussures en cuir d’ananas. Et après la fourrure et le cuir, cela pourrait bien être au tour de la laine de faire le pari du végétal.

Cachemire végétal

Si la douceur de la maille conjure des images d’adorables moutons et de gentilles mamies munies de leurs aiguilles, la laine est pourtant également source de souffrance pour les animaux. Des images d’enquête récoltées par PETA en Australie, en Europe et aux États-Unis ont ainsi révélé le traitement violent des moutons, et donné lieu à des plaintes pour cruauté envers les animaux en Australie. La solution ? Les fibres végétales, telles que le bambou les algues, la pulpe d’eucalyptus ou encore le soja, connu sous le nom de « cachemire végétal« . Des avancées qui laissent imaginer un vestiaire garanti sans douleur animale et une nouvelle ère dans la mode, d’autant plus désirable qu’elle ne sera désormais plus fatale.

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