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À Paris, le Musée Yves Saint Laurent est cousu de fil belge

Transformé en musée, le bâtiment a accueilli l'atelier d'Yves Saint Laurent pendant 40 ans. | © Luc Castel

Mode

L’ancien atelier parisien du créateur mythique a été transformé en musée et a ouvert ses portes en octobre dernier. Des « petites mains » belges ont été chargées de produire un site internet unique et immersif pour l’accompagner.

Les lunettes iconiques d’Yves Saint Laurent sont posées sur un grand bureau, sa blouse blanche est pliée nonchalamment sur une chaise. Tout près, son portrait peint par Bernard Buffet veille au grain. Entre deux bibliothèques remplies à ras bord, on aperçoit également le tableau pop art que son ami Andy Warhol a fait de son bouledogue français, Moujik, qu’il aimait tant.

On s’imagine le créateur en train de s’affairer dans une pièce voisine de son atelier. À la recherche de quelques étoffes colorées ou d’un bouton en nacre. Il faut qu’une alarme retentisse au moment où un curieux s’approche d’un peu trop près pour nous tirer de notre rêverie. Car, oui, il s’agit bel et bien d’un musée. Seule une discrète bande lumineuse faisant office de barrière, et qui court le long de la moquette, nous le rappelle.

Dans son atelier, Yves Saint Laurent faisait porter ses créations aux mannequins devant une glace. © Luc Castel

« Cadeau de départ »

Initié par la Fondation Pierre Bergé, ce « cadeau de départ » dédié à Saint Laurent a ouvert ses portes le 3 octobre dernier. Quelques jours seulement après la mort du mécène, ancien compagnon du génie de la mode. Depuis, cet atelier de couture niché avenue Montaigne qui lui a servi de QG parisien des années 1960 à 2002 ne désemplit pas. Et son bureau, laissé volontairement tel quel, est la pièce la plus photographiée du musée. La magie qui y a opérée pendant des décennies est toujours palpable.

Yves Saint Laurent dans son studio, 1986. © DR

Le sens du détail 

Jacques Letesson foule les allées du Musée Yves Saint Laurent Paris les yeux pleins d’étoiles. Ce manager de Base Design, boîte de comm’ et de branding (identité de marque, ndlr) belge, est l’une des « petites mains » qui a été chargé du développement du site web du musée. C’est la première fois qu’il voit l’établissement entièrement relooké, alors il balaie du regard toutes les pièces et se satisfait de tous les détails. Non sans fierté.

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Et le sens du détail, c’est justement ce que la Fondation Pierre Bergé recherchait lorsqu’elle est entrée en contact avec Base Design. La société, basée à Bruxelles, à New York et à Genève, n’en est pas à son coup d’essai. Elle a pour habitude de collaborer avec des marques du luxe et des musées, auprès desquels elle jouit d’une solide réputation. La Fondation Louis Vuitton, le MoMa ou encore Bozar se sont attachés leurs services. Leur force ? Une communication digitale innovante.

Les musées opèrent leur mue digitale

« Les musées savent qu’ils doivent changer leur manière de s’adresser à leur public sur internet », confie Jacques Letesson. « C’est un besoin autant qu’une nécessité », ajoute-t-il.  Le Musée Yves Saint Laurent est le premier lieu exclusivement consacré à une figure de la haute couture. À l’image du créateur français, il fallait donc innover, mais aussi surprendre et se montrer généreux. C’est cette idée de départ qui a nourri la communication de cet atelier devenu musée après deux années de travaux acharnés.

Le site est une porte d’entrée vers les archives d’Yves Saint Laurent 

Concrètement, le site internet est pensé pour ne plus être une simple interface qui permet de consulter les horaires d’ouverture et de s’assurer que l’on a noté la bonne adresse. C’est une expérience à part entière, « une porte d’entrée vers les archives d’Yves Saint Laurent », explique même le manager de Base Design. C’est en cela que le site proposé est un complément taillé sur mesure pour le musée.

Une mine d’or, de papiers et de tissus

Car ces archives sont d’une richesse inouïe. Une richesse que la Fondation veut partager, à la fois physiquement et en ligne. C’est simple, Yves Saint Laurent gardait tout. Croquis de robes, dessins plus aboutis, ses propres tableaux, ses notes griffonnées à la hâte pour affiner une création… La Fondation Pierre Bergé veille sur cette mine d’or, de papiers et de tissus. Mais au moment d’ouvrir les portes de l’établissement au grand public, il a fallu faire des choix. Sans perdre de vue la dimension pédagogique qui confère au lieu l’appellation prisée de « musée de France ».  Le pacte, c’est qu’il faut montrer, mais aussi expliquer.

L’une des nombreuses « chroniques » proposées sur le site du musée. © Capture d’écran

Approfondir l’exposition, dévoiler des facettes moins connues d’Yves Saint Laurent

Le site sert donc de relais à cet égard. Il permet d’approfondir certaines thématiques proposées. Par exemple, l’exposition parisienne actuelle se concentre en partie sur l’année 1962. La genèse. C’est cette année, en janvier, que Saint Laurent dévoile sa première collection. Quelque 150 pièces, dont de nombreuses robes du soir. Mais c’est surtout l’avènement du masculin-féminin – le créateur puise dans les vêtements utilitaires pour hommes et les féminise – qui vient basculer tous les codes de la mode de l’époque. Et ceux de nos sociétés  dans son sillon.  En parallèle, le site s’épanche, lui, sur des facettes parfois moins connues de l’univers Saint Laurent : c’est le rôle des « chroniques » interactives.  En ligne, d’autres périodes de son travail, comme les « Années Dior », défilent ainsi sous nos yeux.  Images d’archives et lettres manuscrites à l’appui.

La mission a été de rendre ces trésors accessibles à tous dans la sphère digitale

Une exposition à part entière et gratuite qui ravira les curieux et pas seulement dans la capitale française. « Dans ce monde, nombreux sont ceux qui ne vont pas pouvoir profiter du musée à Paris. Il fallait leur proposer quelque chose d’unique et d’abouti », déclare Jacques Letesson. « La mission a été de rendre ces trésors accessibles à tous dans la sphère digitale », dit-il encore.

Exposées trop longtemps à la lumière, les robes risquent de perdre de leur éclat. © Luc Castel

Les robes imposent leur rythme

Pourtant dans ce musée, on ne pourra pas parler de collection « permanente ». Délicates fleurs de soie, de velours, de coton ou de satin, les créations d’Yves Saint Laurent doivent être protégées à tout prix. Si une climatisation high-tech veille à ce que la température soit idéale, le gros risque provient de la lumière. Les robes imposent donc leur rythme. Résultat : les pièces seront changées tous les six mois environ. Les robes vont défiler et donnent ainsi vie au musée. Un rythme que le site internet confectionné par Base Design accompagne et qui garanti au musée un mouvement permanent.

Prochaine étape ? Les influences de l’Asie sur les créations de Saint Laurent.

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