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Moonwatch : La montre qui a sauvé les trois astronautes d’Apollo 13

Les trois astronautes qui ont pris part à la mission d'Apollo 13 en 1969. | © Photo by AFP

Montres

À la suite d’une explosion en plein vol spatial, le sort de l’équipage semblait scellé. Mais grâce à sa détermination, au génie de la Nasa et à la fiabilité de leur Speedmaster signée Omega, tous sont rentrés sains et saufs. C’était il y a cinquante ans. Récit.

 

D’après un article Paris Match France de Nicolas Salomon

Lorsque la fusée décolle, le 11 avril 1970, James Lovell, Jack Swigert et Fred Haise encaissent sans sourciller les 100 millions de chevaux de poussée. Le visage déformé sous l’effet des g, les trois hommes alimentent Houston en informations. Au sol, l’état-major est concentré mais serein, sûr d’avoir envisagé toutes les pannes possibles. Pendant la préparation, le réservoir numéro 2 avait posé des difficultés, mais les ingénieurs avaient exclu tout risque de complication.

Mais, lorsque Jack Swigert actionne le brassage de ce fameux réservoir, après 55 heures 54 minutes 53 secondes de vol, à 321 860 kilomètres de la Terre, les câbles dénudés par une surchauffe imprévue génèrent des étincelles. C’est l’explosion. Juste après la déflagration, Lovell prononce la célèbre phrase « Houston, we have a problem ». Le diagnostic tombe : il reste une once d’oxygène, un trait de carburant, et plus de 300 000 kilomètres à parcourir pour rentrer ! Immédiatement, tout est coupé pour préserver l’énergie. Le froid, l’obscurité et le confort inexistants radicalisent l’ambiance.

Sur le bras gauche de la combinaison de Jack Swigert, avant le décollage, la Speedmaster et son fameux bracelet Nato. © Photo by AFP

Au sol, on liste en urgence le matériel susceptible d’être utilisé pour ramener l’équipage, dont les fameuses Speedmaster attachées au poignet des trois astronautes. On rédige des procédures en partant de zéro, puis on les teste en simulateur avant de les transmettre à la capsule. « Au départ, on n’en menait pas large, tient à souligner Lovell. Nous étions des anciens pilotes d’essai et, sur les tests d’avion de chasse, les premiers vols se résument souvent à une succession de pannes qui font de votre siège éjectable votre meilleur ami. Mais dans l’espace…» Immédiatement, le projet d’alunir est abandonné au profit d’un rapatriement sur Terre au plus vite. Seulement, remettre le vaisseau sur une trajectoire de retour implique plusieurs corrections à mi-course et de brèves mises à feu pour lui permettre de regagner l’atmosphère.

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Fred Haise, James Lovell, le président Richard Nixon et Jack Swigert, lors de la cérémonie de décoration le 17 avril 1970.© Photo by HO / THE NATIONAL ARCHIVES / AFP.

L’essentiel ? Trouver un moyen indépendant de chronométrer ces poussées, de manière ultra-précise. L’équipage se repose alors sur ses Speedmaster et minute les quatre premières mises à feu sur les chronographes, qu’ils ont synchronisés. Pour la cinquième et ultime manœuvre, la poussée ne se quantifie pas en minutes, mais en secondes ! Les astronautes testent le chrono pour vérifier une dernière fois le bon fonctionnement du calibre. Start, stop, remise à zéro : ils ne constatent aucun décalage d’alignement des aiguilles sur les index. Après avoir tracé un semblant de viseur en croix sur le hublot pour aligner la limite jour-nuit sur Terre et se donner un bon angle d’entrée dans l’atmosphère, ils sont prêts. Houston leur indique qu’il est impératif de n’utiliser que quatorze secondes de carburant. Une de plus (ou de moins) et la mission, déjà périlleuse, échouera.

La suite (heureuse) est connue. L’intuition des pilotes, la fiabilité de la Speedmaster et un coup de pouce du destin ont fait le reste. Lovell conclut : « En chronométrant la descente, on a eu une petite frayeur car ma montre indiquait que nous avions dépassé de quelques secondes le seuil de déclenchement des parachutes. Or je savais qu’elle ne se trompait pas ! Nous ignorions s’il restait de quoi les éjecter. Lorsque l’on a senti le freinage virulent qu’ils provoquent, on a su qu’on était sauvés. Et nous sommes tombés dans un coin du Pacifique à proximité des navires qui partaient à notre recherche. Ce n’était pas le jour visiblement. »

Le prix du mythe

La version actuelle de la Moonwatch ! © Omega

Lancé en 1957, le chronographe Speedmaster d’Omega est sans conteste l’un des plus célèbres de l’Histoire. Certes, parce qu’il accompagne l’exploration spatiale depuis 1965, mais aussi parce que son style n’a pas pris une ride. Fidèle à ses traits d’origine, son diamètre et son mécanisme à remontage manuel, la « Speed », comme la surnomment les spécialistes, garde toujours une belle cote d’amour, surtout dans ses premières versions « spatiales » dotées du calibre 321, donts les prix peuvent flirter avec les 30 000 euros. Néanmoins, vous pouvez compter dix fois moins pour les modèles les plus répandus des années 2000.

Sachez que, neuve, la Moonwatch est vendue dans un coffret spécial, avec un bracelet de rechange de type Nato comme les astronautes en portaient sur leur combinaison. Son diamètre reste inchangé, à 42 millimètres, et son prix est de 4 700 euros.

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