Paris Match Belgique

À la découverte des superbes ponts classés de Wallonie

Un patrimoine insoupçonné ! | © Guy Focant

Montres

Parmi les centaines de ponts d’intérêt patrimonial présents sur le territoire wallon, plusieurs ont atteint l’âge de trois ou quatre siècles d’existence.

 

Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant

Tous datent de l’Epoque moderne, sauf peut-être quelques vestiges de ponts disparus ou inutilisés, comme une partie du pont des Arches du XIIIe siècle conservée dans un sous-sol archéologique à Liège. Les autres sont toujours bien visibles et même fréquemment empruntés.

Parmi les plus anciens et les plus connus, il faut pointer le pont de Jambes, sur la Meuse à Namur. Cité depuis le XIIe siècle, il faisait alors office de poste frontière, Namur étant la capitale du comté du même nom et Jambes une enclave de la principauté de Liège. Construit en calcaire à la fin du Moyen Age mais très fortement réparé au XVIe siècle, il fut adapté aux conditions de navigation en 1964, une grande arche centrale prenant dès lors la place de deux autres plus petites. Le pont fut également élargi en aval et son parement remplacé. Il a été classé le 4 décembre 1989.

Le pont de Jambes, sur la Meuse, est dominé par la citadelle de Namur. ©Guy Focant

Dans le village de Mont-Saint-Christophe (Erquelinnes), le pont Romain porte mal son nom : bien qu’il ressemble aux ouvrages réalisés par ces lointains bâtisseurs, il date de la fin du XVIe siècle ! Il s’agit en fait d’un barrage franchissant la Hantes qui fut aménagé en pont par la suite. Ce remarquable ouvrage d’art en calcaire présente un massif de base en pierres de taille composé de treize arches étroites, dont la voûte en plein cintre enserre un deuxième berceau plus court et placé en retrait. En amont, les piles profilées sont dotées d’un bec guidant le courant et d’une feuillure permettant de faire glisser les vannes. En aval, les piles sont caractérisées par une double retraite au sommet et à la base. Il est classé depuis le 30 mars 1962.

A Mellier (Léglise), le site des forges a été fondé en 1617 sous l’impulsion d’Anne de Croÿ, comtesse d’Arenberg. On y trouve une forge haute et une forge basse. Abandonné et partiellement en ruines, il constitue l’un des plus importants lieux d’archéologie industrielle en Wallonie. La construction la mieux conservée est le pont-barrage, composé de quatre arches en plein cintre contre lesquelles, en amont, s’appuient les restes de l’ossature des anciennes vannes. Les ancres présentes sur le pont nous indiquent qu’il a été bâti en 1621. Classé depuis le 13 octobre 1980, il figure sur la liste du patrimoine exceptionnel.

 

Les forges de Mellier abritent un remarquable pont-barrage millésimé 1621 ©Guy Focant

Dans la province du Luxembourg également, la Lesse fait depuis très longtemps office de frontière entre les villages de Villance (Libin) et Maissin (Paliseul). Sous l’Ancien Régime, deux ponts la marquaient physiquement ; ils sont classés depuis 1989. Le pont Marie-Thérèse, daté du XVIIIe siècle, porte le nom de l’impératrice d’Autriche qui régnait sur nos contrées. Il s’agit d’une remarquable construction en moellons de schiste comptant quatre arches surbaissées. Non loin de là, le pont de la Justice, qui lui est contemporain, est plus petit. De conception similaire, il ne compte que deux arches, réunies par un bec sur chaque face.

Toujours dans la verte province, le pont de Fosset (Sainte-Ode), traverse la rivière Laval. Construit en moellons de grès, il est typique de l’architecture rurale ardennaise d’autrefois. Il compte trois arches en anse de panier et a été érigé au début du XIXe siècle. Il n’a depuis connu aucune modification ni destruction. Devenu l’emblème de la commune, qui l’a intégré à son blason, il n’est plus utilisé pour la circulation depuis 1986 et a été restauré en 1996 par des ouvriers communaux ayant suivi une formation en restauration du patrimoine. Il est classé depuis le 14 août 2019.

 

Le pont de Fosset à Amberloup (Sainte-Ode), récemment classé. ©Guy Focant

Le sud de la province de Namur n’est pas en reste. A Treignes (Viroinval), depuis 1986, les berges du Viroin sont classées comme site et le pont qui traverse le cours d’eau, comme monument. Surnommé « le vieux pont », il a été construit au XVIIIe siècle en moellons de calcaire et se compose de six arches en plein cintre de hauteur décroissante. Les piles sont renforcées par cinq becs en amont et un seul en aval. Le tablier, étroit et en léger dos-d’âne, est protégé par des parapets plus récents.

De l’autre côté de la vallée de la Meuse, le village de Vresse (Vresse-sur-Semois) compte lui aussi un bel ouvrage classé. Construit en 1774, le pont Saint-Lambert enjambe un petit affluent de la Semois. Cette remarquable construction en moellons de schiste compte trois arches en plein cintre retombant sur des piles renforcées d’éperons vers l’amont. Le tablier pavé, en dos-d’âne, est bordé de parapets coiffés de grosses dalles de schiste.

 

 Le pont de Vresse, merveille du savoir-faire des artisans, est implanté en pleine nature. ©Guy Focant

Période excitante, ère de changements et de bouleversements technologiques, la Révolution industrielle bat son plein au XIXe siècle. La richesse du sous-sol et des voies de communications en Wallonie propulse à l’époque la Belgique au rang de deuxième puissance mondiale. Quelques ponts de cet âge d’or, caractéristiques de l’architecture industrielle, peuvent être mis en lumière.
A Couvin, le château Saint-Roch est au cœur de forges fondées au XVIIIe siècle et sur le site desquelles un fourneau à coke est installé à partir de 1824.

Il s’agirait ici du deuxième haut fourneau à coke érigé sur le continent européen, après celui de John Cockerill à Seraing. Derrière les bâtiments, un vaste étang de retenue avec bief et canal de fuite rappelle, lui aussi, la fonction industrielle d’antan. On y aperçoit un remarquable pont-barrage à trois arches de la première moitié du XIXe siècle, qui réglait jadis le niveau de l’Eau noire. Protégé par un garde-corps en fonte, il est classé depuis le 4 décembre 1989.

A Angleur (Liège), le pont des Aguesses est un des témoins d’une folle aventure lancée par le roi des Pays-Bas Guillaume Ier dans les années 1820. Le canal de l’Ourthe, initié sous son règne, devait relier la Meuse au Rhin via l’Ourthe et la Moselle. Abandonné après l’indépendance de la Belgique, il a conservé une partie de son tracé, principalement entre Angleur et Houffalize. Classé le 20 mai 1983, le pont des Aguesses est un pont-levant, c’est-à-dire dont le tablier est mobile et peut être relevé à l’horizontale. Il a été érigé en 1852, en même temps que la maison de pontonnier voisine. Cet ouvrage en métal est doté d’un tablier en bois pouvant être levé et actionné à la main, ce qui en fait l’unique ouvrage du genre en province de Liège.

 

©Guy Focant

Dans le Hainaut, le canal du Centre et le canal Charleroi-Bruxelles possèdent un grand nombre d’ouvrages d’art. Plusieurs d’entre eux sont classés. Situé sur une portion du canal à 300 tonnes, le pont de l’Origine fut le premier pont mobile érigé sur le versant Senne du canal Charleroi-Bruxelles. Situé à Seneffe, manœuvré à la main, il date de 1888-1890 et a été classé le 1er juin 1978. Plus loin, autour du village d’Arquennes (Seneffe), trois ponts métalliques tournants ont été classés entre 1978 et 1996. Le premier, aménagé en 1885, présente un intérêt technique indéniable, puiqu’il s’agit d’un ouvrage conçu pour pivoter sur un axe afin de dégager le passage à l’approche des bateaux. Une passerelle piétonne surélevée, bien reconnaissable à l’arche qu’elle dessine au-dessus du canal, le complète.

La Wallonie poursuit son évolution technologique et architecturale au XXIe siècle. De nouveaux ponts sont érigés et immédiatement adoptés, tels que la Belle Liégeoise (Liège) ou l’Enjambée (Namur). Ces deux passerelles cyclo-piétonnes ont été conçues par le bureau d’études Greisch, tout comme le pont de Wandre, seul classé en Wallonie à avoir été bâti après la guerre. Reliant Liège à Herstal en enjambant la Meuse et le canal Albert, inauguré en 1989, c’est un des ouvrages les plus récents à bénéficier d’un tel degré de protection. Une de ses particularités est d’avoir été classé du vivant de son auteur, l’ingénieur-architecte René Greisch.

 

©Guy Focant

Premier exemple du genre en Wallonie, il est caractérisé par son pylône central unique, en béton armé, haut de 102 m. Le tablier, constitué d’un caisson en béton précontraint, affiche une longueur totale de 524 m et est suspendu au pylône par trente-huit haubans disposés en une seule nappe centrale et gainés d’acier inoxydable. Merveille d’architecture, le pont est également une prouesse d’ingénierie : il a été mis en place sur la rive gauche puis positionné par poussage par tronçons de dix-huit mètres.

Témoins des techniques d’artisans du Moyen Age ou prouesses technologiques modernes, les ponts ne cessent de fasciner et constituent une part non négligeable de notre patrimoine commun. Ouvrez l’œil lorsque vous les empruntez !

Le pont de Fragnée, merveille d’ingénirie

Le pont de Fragnée à Liège, reconnu patrimoine exceptionnel de Wallonie. ©Guy Focant

Erigé dans la foulée de l’Exposition universelle de 1905, le pont de Fragnée comprend trois travées métalliques qui reposent sur deux piles et deux culées en petit granit. Son architecture s’inspire du pont Alexandre III à Paris. Si les candélabres sont en bronze, les garde-corps – sauf leurs pilastres, qui sont en fonte – sont constitués d’une ossature en fer forgé et d’un décor en laiton. Chaque entrée du pont est marquée par deux colonnes monumentales décorées en leur sommet d’une Renommée en bronze doré. Deux Poséidon et deux allégories de la Meuse, également en bronze, ornent la base des colonnes. Entre 1993 et 2001, une vaste campagne de restauration a rendu au pont son lustre d’antan. Inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel, il est classé depuis le 14 mars 1994.

 

 

CIM Internet