Paris Match Belgique

L’horlogerie est-elle vraiment durable et écoresponsable ?

136 espèces de poissons, 34 variétés de coraux, diverses espèces de dauphins : au large du Mexique, le Scorpion Reef abrite une population marine menacée par la pêche et la pollution. En août, Blancpain a soutenu l’expédition Projet Alacranes venue l’ausculter. | © DR

Montres

Tic-tac, tic-tac, tic-tac… l’urgence climatique est aujourd’hui au cœur des préoccupations. Les amateurs de montres en viennent à se poser cette question.

 

Fin d’année 2018, le WWF suisse faisait un constat sans appel après avoir passé au crible 15 entreprises horlogères : « la plupart ne semblent pas se préoccuper de l’environnement et ne sont pas transparentes ».

Le cabinet Deloitte, le plus grand cabinet d’audit au monde, a récemment émis un tout autre son de cloche. Dévoilée en octobre, son étude sur les grandes tendances horlogères a remis quelques rouages en place. « 93% des dirigeants horlogers estiment qu’il est important de prendre en compte les enjeux environnementaux et 72% des marques investissement davantage dans le développement durable. Elles revoient leur stratégie commerciale, scrutent leur chaîne d’approvisionnement ».

Greenwashing, persifleront certains ! Il est pourtant vrai que la pandémie et la conscience green ont rebattu les cartes. L’éco-opportunisme n’aiguille pas forcément les marques car elles ont été nombreuses (et non des moindres) à prendre un temps d’avance. Depuis plusieurs années déjà, Chopard s’est engagé dans une exploitation minière éthique et responsable des métaux précieux.

 

Blancpain entretient des liens étroits avec les océans depuis le lancement en 1953 de la première montre de plongée : la Fifty Fathoms. ©Blancpain

Les manufactures ont renouvelé, à tour de rôle, leurs bâtiments afin de les rendre autonomes sur le plan énergétique et neutres en empreinte carbone. L’union faisant la force du résultat, Cartier mandaté par le groupe Richement et le groupe Kering (Gucci, Boucheron, Girard-Perregaux…) ont lancé, le mois dernier, le « Watch & Jewellery Initiative 2030 ». Celui-ci exprime la volonté de rassembler les acteurs mondiaux de l’horlogerie et de la joaillerie autour d’objectifs communs en matière de développement durable.

A l’agenda d’ici 2030 : des actions pour réduire les émissions de carbone, préserver les ressources, s’assurer que les chaînes d’approvisionnement auront un impact positif sur la nature, les espèces et les communautés.

C’est surtout dans la protection des océans que les maisons horlogères se sont d’abord engagées : IWC, Oris, Certina, Panerai. A travers son programme Blancpain Ocean Commitment, la manufacture Blancpain a cofinancé 20 expéditions scientifiques d’envergure et contribué à étendre de plus de 4 millions de km2 la surface des Aires Marines Protégées à travers le monde. « Notre objectif est aussi de sensibiliser le public à l’importance des océans pour la vie humaine », explique le CEO Marc-Alexander Hayek qui finance expositions, concours de photos sous-marines et reportages régulièrement primés.

Dans le cadre de son partenariat avec Oceana (la plus importante organisation internationale dédiée à la conservation des océans), Blancpain a mis le cap sur le Mexique cet été. Il s’agissait d’y soutenir une expédition scientifique chargée de vérifier l’état de santé de la biodiversité du Scorpion Reef, le plus grand récif corallien à 140 km des côtes mexicaines. Cela nous éloigne un peu des montres ? Rappelons que la belle horlogerie est une industrie qui fabrique, en soi, des produits durables. Une industrie parfaitement organisée pour réparer et prolonger la vie des montres via les entretiens recommandés chez les revendeurs. Les joints d’étanchéité sont testés et remplacés, les boîtiers repolis, les rouages nettoyés.

Les marques fournissent les pièces détachées alors que dans d’autres secteurs, l’électro-ménager par exemple, les réparations se transforment souvent en mission impossible. Enfin, sans trop de surprise, l’étude Deloitte a confirmé le succès grandissant des montres de luxe d’occasion. 32% des consommateurs consultés se disent susceptibles d’en acquérir dans les 12 mois à venir.

L’année dernière, ils étaient deux fois moins nombreux ! La tendance est la plus forte chez les Millennials, en quête de modes de consommation plus responsables autant que de ‘pépites’ horlogères. Aux dernières nouvelles, Audemars-Piguet s’apprêterait à lancer un département consacré à la seconde main…

Moins de piles, plus d’énergie

Inattendue chez Cartier, la technologie photovoltaïque s’intègre totalement incognito à l’emblématique cadran Tank. Tank Must Solarbeat TM 29,4 x 23,2 mm ou 33,7 x 25,5 mm, acier, 2070 € et 2180 € – cartier.com ©Cartier

Les piles des montres à quartz contenant du lithium et qui sont jetées au bout de 2 ou 3 ans polluent l’environnement. Comment s’en passer si l’on n’est pas un accro des garde-temps mécaniques ? On mise sur une énergie verte, naturelle et illimitée : la lumière. Même Cartier s’investit dans la technologie photovoltaïque qui capte et stocke l’énergie lumineuse.

La marque lui a dédié l’une de ses nouvelles montres Tank Must. Le défi aura été de l’adapter au design de la Tank sans en modifier l’esthétique. Durant deux ans, le laboratoire créatif de la manufacture Cartier à la Chaux-de-Fonds a cherché la meilleure solution. Celle-ci repose sur la perforation délicate des chiffres romains du cadran. La lumière pénètre et rejoint les cellules photovoltaïques via des centaines de pores parfaitement invisible à l’œil nu.

Le mouvement de la Tank Must Solar Beat possède ainsi une durée de vie d’environ 16 ans. Pionnière, elle l’est également par la matière de son bracelet réalisé, en partie, en fibres de pommes issues des déchets de l’industrie agro-alimentaire. Les vegans seront contents : par rapport à un bracelet de cuir, l’empreinte carbone du procédé de fabrication est divisée par six !

Chrono Radio Contrôlé Worldtime Citizen. La technologie Eco-Drive lui fournit 180 jours d’autonomie. Les signaux radio qu’il reçoit en permanence déclenche sa remise à l’heure instantanée partout dans le monde. 41,5 mm, SuperTitanium, 499 € – citizenwatch.eu ©Citizen

A tout concepteur, tout honneur : c’est, bien sûr, le géant japonais Citizen, qui a mis au point il y a plus de 40 ans la première méthode capable de tirer parti de l’énergie de la lumière. Baptisée Eco-Drive et sans cesse améliorée jusqu’à atteindre 180 jours de réserve de marche, elle est devenue son corps de métier et la principale source d’inspiration de ses collections. Elle est au rendez-vous des nouveaux chronos Worldtime qui possèdent aussi la précision redoutable de la technologie Radio Contrôlée.

Pas sectaire, Citizen a fini par faire profiter ICE-WATCH de sa gestion de la lumière. Les ICE Solar power ont hérité de capteurs semi-circulaires, dissimulés sous la bague de chaque montre. Plus de 3 mois d’autonomie assurée en mode fun et coloré ! Réflexion presque philosophique : l’énergie la plus facilement renouvelable ne se trouve-t-elle pas au bout de nos doigts ? Le remontage manuel est écologique, apaisant et fait de vous un maître du temps.

La marque allemande Junghans l’a toujours proposé dans son catalogue et cet automne, Hamilton en a équipé l’une de ses montres pilote d’allure vintage. Si on l’entretient bien, une montre à remontage manuel peut durer, durer, durer…

Des aiguilles séparées pour les heures, minutes et secondes. Le régulateur Max Bill Junghans fait partie d’un coffret anniversaire de trois montres. 38 mm, acier, remontage manuel, 1060 exemplaires, 4060 € – junghans.de ©Junghans
Les commandes sont manuelles : Hamilton Khaki Aviation Pilot Pionneer, 43 mm, bronze et fond titane, réserve de marche 50 heures, 1345 € – hamiltonwatch.com ©Hamilton

 

 

CIM Internet