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Une vie, une montre : Jacques Brel et la speedmaster

La Speedmaster qui aidait Jacques Brel à voler « au cap » entre son îlot marquisien et Tahiti est devenue la légendaire Moonwatch Professional d’Omega. En photo : l’actuel chronographe inspiré du modèle porté sur la Lune par les astronautes de la mission Apollo 8. | © DR

Montres

Il se voulait libre comme l’air : c’est la passion du pilotage qui a mis une Speedmaster Omega au poignet de l’immense chanteur et parolier. La montre légendaire le devient donc un peu plus…


Elle est entrée dans la légende en accompagnant les premiers pas de l’homme sur la Lune en 1968. La Speedmaster, future Moonwatch, a aussi accompagné ceux de Jacques Brel, en tant que pilote. Une vocation qu’il sent naître en lui dès 1964. Cette année-là, son impresario décide de louer un petit avion de tourisme pour gagner du temps durant les longues tournées du chanteur. Un premier vol de quatre heures où le pilote l’initie sommairement aux commandes de l’appareil, et le voilà mordu.

Celui-ci acceptera ensuite de devenir son instructeur. Elève doué, humble et appliqué, Brel obtient très rapidement son brevet de pilote privé en 1965 et achète son premier avion, un monomoteur Gardan GY80-160 d’occasion. Sur les photos de l’époque, on voit souvent qu’il porte un chronographe : ce type de montre était alors indispensable pour calculer les plans de vol.

Son choix s’était porté sur une Omega Speedmaster dont la référence 105.003 fait frémir aujourd’hui les collectionneurs de pièces vintage. Il s’agit, en effet, du dernier modèle Speedmaster avec des anses droites. Sur les suivants, les anses seront désormais asymétriques et de type « lyre ». Ce genre de détails, qui rendent une pièce horlogère très recherchée, ne devait pas préoccuper le Grand Jacques. Peut-être savait-il que sa montre était identique à la Speedmaster portée par l’astronaute américain Edward White, lors de sa sortie extravéhiculaire dans l’espace, le 3 juin 1965.

Voler toujours plus, toujours plus loin

Bientôt, survoler la France pour se rendre ici et là sur un coup de tête ne lui suffit plus. En 1966, l’artiste entreprend un long vol épique par étapes : Italie, Grèce, Beyrouth, Ankara, Istanbul, Salonique, Corfou. En 1967, il change d’avion et la même année, décide d’arrêter définitivement les concerts. S’il continue à composer et enregistrer, on ne le verra plus jamais sur scène. Le temps était venu pour lui de consacrer du temps à ses autres projets.

Par exemple, maîtriser le vol aux instruments dans une école suisse de pilotage. Poussant sa formation jusqu’à devenir copilote sur Learjet, il s’offre encore un nouvel avion en 1969. Cette fois, un bimoteur Beechcraft B55 Baron qu’il pilote avec, au poignet, la Speedmaster référence 145.012, devenue plus tard la fameuse Moonwatch. Son avion lui sert à des virées éclairs en France ou en Europe et à rallier les plateaux de tournage. Brel l’acteur, enchaîne les films : « Mon oncle Benjamin » (1969) d’Edouard Molinaro, « L’aventure c’est l’aventure » (1973) de Claude Lelouch, « L’emmerdeur » (1973) où Molinaro l’oppose à Lino Ventura.

En 1973, il effectue, avec des amis, une traversée de l’Atlantique jusqu’en Guadeloupe. Vu l’autonomie de son avion limitée à 2000 km, le voyage se transformera en aventure rocambolesque. Les assureurs l’interdisent de voler, Jacques Brel passait outre !

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1967 : pour son premier film « Les risques du métier », Jacques Brel garde à l’écran sa montre personnelle, un chronographe Speedmaster Omega. ©DR

L’homme qui aimait rendre service

L’année suivante, il assouvit une autre passion en partant faire un tour du monde à bord de son voilier, l’Askoy II. Lors d’une escale à Ténériffe, il sent mal et doit être rapatrié à Genève où les médecins détectent une tumeur cancéreuse au poumon. Opéré, Brel reprend la mer et jette l’ancre en 1975 aux îles Marquises.

A Hiva Oa, il découvre un petit paradis et s’y installe définitivement. Abandonnant sans regret son voilier, le voyageur achète à Tahiti un Beechcraft D50 Twin Bonanza. L’avion est baptisé « Jojo », d’après le surnom de son plus fidèle ami décédé peu avant, l’accordéoniste Georges Pasquier. Constatant le manque de services publics et l’isolement des habitants sur son îlot montagneux, celui qui ne voulait plus être considéré comme une vedette décide de les aider avec son avion.

Après avoir obtenu les autorisations nécessaires, il effectue une à deux fois par mois un vol aller-retour vers la grande île de Tahiti pour transporter bénévolement courrier, colis, médicaments et vivres. Il effectuera même des évacuations sanitaires.

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Naviguer au cap et à la montre

La Speedmaster de Jacques Brel était à remontage manuel : aujourd’hui, la collection bénéficie de la précision certifiée « Master Chronometer » de calibres automatiques à échappement Co-Axial. ©DR

Les voyages entre Hiva Oa et Papeete n’étaient pas faciles : chaque vol durait plus de 5 heures, sur une distance maritime de 1450 kilomètres et bien sûr… sans GPS ! Comme il avait souvent des soucis avec son matériel radio et que les infos météo étaient du reste peu fréquentes, Brel ne pouvait compter que sur la précision de sa Speedmaster pour effectuer une navigation au cap.

Très méthodique à bord, il utilisait ses cartes et la fonction chronographe, tout en devant tenir compte des vents qui pouvaient faire dériver l’appareil. Qu’importent les difficultés, ce seront des vols mémorables et parmi les plus beaux qu’il ait jamais faits, dira-t-il. Grâce à lui, les Marquisiens ont pu aussi découvrir leur archipel vu du ciel. En 1977, il revient à Paris enregistrer son dernier album, le plus beau et le plus émouvant, intitulé « Les Marquises ». Il y retourne immédiatement après le bouclage du disque mais la maladie progresse et il est contraint de retourner en France où il décède le 9 octobre 1978.

Trois jours plus tard, son corps fut ramené sur son île d’adoption : Jacques y repose, non loin de la tombe du peintre Paul Gauguin. Son avion, restauré, est fièrement exposé et signe de reconnaissance des Marquisiens, l’aéroport local porte son nom.

A lire : « Voir un ami voler », récit de son ami et instructeur Jean Liardon. Editions Plon.
www.omegawatches.be

 

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