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Entre ludique et thérapeutique, immersion dans l’univers feutré des love-shops

Madame Rêve

Du légèrement pimenté au vraiment piquant, les love-shops font monter la température | © DR

Psycho et sexo

Parce qu’ils touchent à l’intime, les love-shops fascinent, et donnent libre cours à tous les fantasmes. Des fantasmes qu’on vient aussi y réaliser à l’aide de l’un ou l’autre accessoire, à moins de pousser la porte de ces boudoirs pour remédier à une sexualité bridée. Entre ludique et thérapeutique, visite guidée de ces boutiques érotiques. 

Lumière tamisée, velours aux coloris feutrés et mobilier ancien chiné avec soin, pousser la porte de Lady Paname, dans le centre de la capitale, c’est se retrouver transporté dans un boudoir où tous les sens sont exaltés. Ici, des produits cosmétiques pour titiller les papilles; là, des plumes délicates dont le toucher garantit les frissons d’extase. Un univers sensuel à mille lieues des images de latex et de DVD non-censurés qu’on associe d’ordinaire aux sex-shops. Normal, puisqu’on se trouve ici dans une boutique de charme, une appellation précieuse aux yeux de Chantal Desmet, la maîtresse des lieux.

Vocation de charme

Sa boutique de charme, cette infirmière de formation aura mis longtemps avant de la créer. Il faut dire que quand elle découvre le concept lors d’un voyage à New-York, elle vient à peine de terminer ses études, et si elle tombe directement sous le charme de ces boutiques érotiques plus féminines et coquettes, elle décide tout de même d’entamer d’abord sa carrière d’infirmière. Sans oublier son idée pour autant, que du contraire : comment ne pas y penser quand elle se rend au chevet de patients abandonnés par leur moitié, incapable de faire face à la maladie, et qui lui parlent de leurs besoins. C’est au hasard d’un voyage en Angleterre avec ses fils qu’elle redécouvre les love-shops, et après s’être mise en quête de l’espace parfait, ouvre enfin Lady Paname il y a quatorze ans de ça. De quoi voir sacrément évoluer le marché.

Quand on a ouvert, la plupart des jouets étaient à piles, et aujourd’hui, la plupart sont rechargeables, ce qui est une très bonne chose, et beaucoup moins bruyants aussi. La cosmétique comestible a également fort évolué, les produits sont beaucoup plus performants qu’avant.

Et puis les mentalités ont changé aussi. Impensables il y a quinze ans de cela, les sex-toys anatomiquement ressemblants sont aujourd’hui extrêmement demandés, et on n’éprouve plus la même crainte à pousser la porte d’une boutique de charme, même si la gêne est toujours parfois là. Normal, puisqu’ainsi que le souligne Chantal Desmet, « on a beau soigner le lieu et l’ambiance, on vend du sexe ». Mais pas que.

Lady Paname
DR

Plongée dans l’intimité

Dans la chanson de Bashung, Madame Rêve « d’atomiseurs et de cylindres si longs qu’ils sont les seuls qui la remplissent de bonheur ». Dans la boutique éponyme de Waterloo, les cylindres ont une longueur raisonnable et se parent de différents coloris et matières pour répondre à tous les besoins. Car comme le souligne Fabienne Ceciliot, la propriétaire de la boutique, il ne s’agit pas ici que de pulsions et de fantasmes. « J’adore l’aspect humain, on est dans l’intimité des personnes et on peut vraiment les aider et les accompagner, je trouve ça formidable. J’ai toujours eu des boutiques, mais ici, le rapport avec clients est formidable, c’est très touchant de voir qu’ils nous font confiance et se livrent à nous ». D’autant que leur profil est des plus variés.

On peut aussi bien avoir des jeunes de 17-18 ans à des octogénaires. Les love-shops transcendent les âges et les catégories sociales; tout qui a une vie sexuelle peut potentiellement venir chez nous.

Et si la plupart viennent pour pimenter une vie sexuelle en berne ou agrémenter une pratique déjà épanouie, pour certains, le love-shop a de vraies vertus thérapeutiques.

Madame Rêve
DR

Libérer la parole

« Je dirais que 10% environ de ma clientèle vient parce qu’elle a besoin d’aide, explique Fabienne Ceciliot. Ce sont quasi toujours des femmes, qui sont frustrées dans leur sexualité et ne savent pas comment y remédier. Il y a un côté thérapeutique dans notre métier, c’est un endroit où les personnes s’autorisent à parler ». Tant et si bien qu’il arrive parfois à Chantal Desmet de voir des gens pousser la porte de Lady Paname sur les conseils de leur sexologue. « Si la vie sexuelle n’est pas épanouie, cela peut causer de vraies souffrances, alors on a veillé à tout mettre en place pour que la boutique soit accueillante et que les clients s’y sentent à l’aise ».

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Des plumes irrésistibles chez Lady Paname – DR

Par exemple, en proposant également des produits tels que des parfums produits par la maison, mais aussi de la lingerie de luxe et de magnifiques masques venus tout droit de Venise. Tant chez Lady Paname que chez Madame Rêve, on insiste sur l’accompagnement du client, qui se fait en douceur, forcément. Et Fabienne Ceciliot d’insister tout de même sur les aspects bénéfiques d’un passage par une love boutique : « ce n’est pas un passage obligé bien sûr, mais selon moi, c’est la clé d’une sexualité épanouie parce que ça renforce la complicité en amenant côté ludique ». Et ce, quel que soit l’âge. « Une de mes clientes préférées était une dame de 91 ans qui avait un jeune amant de 77 ans et venait acheter des déshabillés pour lui plaire. C’était magnifique parce qu’elle le voyait tous les lundis, et elle me disait qu’entre deux rendez-vous, elle arrêtait de respirer ».

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