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Dédramatiser une bonne fois pour toute la panne sexuelle

Savoir déterminer "pourquoi ça coince" et "qu'est ce qui nous dérange là-dedans" fera toute la différence. | © Unsplash : Annie Spratt

Psycho et sexo

Considérée comme un tabou, voire une honte, la panne sexuelle fait partie des aléas de la vie sexuelle qui prend parfois des allures drama. Alors pour éviter d'en faire tout un plat, rien de tel que d'oser parler et (enfin) dédramatiser.

 

Parce qu'elle arrive sans crier gare, qu'elle casse brutalement un élan passionnel ou qu'elle installe une gêne parfois interminable, la panne sexuelle est une invitée indésirable que redoutent la plupart des convives d'une partie de jambes en l'air. Depuis des années, elle est considérée comme un tabou voire carrément une honte. En couple ou entre amis, on évite d'en parler et quand on ose enfin aborder le sujet, c'est souvent (quand même) la débandade.

Si la panne ou dysfonction érectile est si touchy, c'est parce que raidir bon sang, c'est important ! Tant pour les uns, qui voient dans leur sexe avachi une perte de virilité, que pour les autres qui souvent y voient une atteinte à leur propre sex-appeal. Des deux côtés de la couette, c'est le malaise général. Au point de devenir dramatique, parfois même récurrent. Alors qu'au fond, c'est normal non ?

Ça n'se commande pas

Qu'elle provienne d'un manque de désir, d'un coup de barre foudroyant ou d'une soirée trop arrosée, la panne érectile peut arriver à n'importe qui, n'importe quand. Qu'elle soit d'origine physiologique ou psychologique, petite ou grande, elle découle de divers facteurs : perte de libido, fatigue, stress passager, andropause (la ménopause des hommes), prise de médicaments, consommation de drogue ou d'alcool... Si la plupart du temps, on parvient à justifier la raison d'un pénis mou, d'autres fois, on se l'explique juste pas. Car comme le disait Brassens, "la bandaison papa, ça n'se commande pas".

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À moins d'être purement érotique, l'érection pénienne est un mécanisme inconscient qui se déclenche plusieurs fois au cours de la journée. "En moyenne, les hommes bandent environ deux à quatre heures par jour, en comptant les érections nocturnes", explique la sexologue Lidwine Arendt, initiatrice de tables rondes collectives, gratuites et ouvertes à tous, qui abordent le sexe sans complexe. Autour de la table, les témoignages viennent ponctuer l'exposé détaillé de notre experte, avec une question centrale : que faire quand mon sexe (ou celui de mon partenaire) est à plat ?

Le pourquoi du comment

Sans commune mesure avec la dysfonction érectile chronique et pathologique qui nécessite un suivi médical, voire un traitement tel que le viagra (pour citer l'exemple le plus commun), la panne sexuelle accidentelle est parfois délicate à "traiter". Parce qu'elle génère des complexes chez l'un ou de l'incompréhension chez l'autre, faire "comme si de rien n'était peut être contre productif et entériner la panne accidentelle vers une panne chronique", explique la sexologue. Chez les couples pour qui la communication va bon train, la panne sexuelle peut d'ailleurs donner naissance à de longs débats autour du pourquoi et du comment. "Dans pareille situation, il est impératif de savoir en parler avec son ou sa partenaire", souligne Lidwine Arendt. L'homme doit pouvoir exprimer son ressenti et ses besoins, s'il a la tête ailleurs par exemple, et la femme n'est pas forcée de taire sa frustration. Au contraire, savoir déterminer "pourquoi ça coince" et "qu'est ce qui nous dérange là-dedans" fera toute la différence.

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Si certaines choses doivent être dites, d'autres en revanche méritent d'être tues. "Face la panne subite d'un partenaire, il ne faut surtout pas lui dire : C'est pas grave, ça ira mieux demain", lâche notre sexologue. Cette phrase, qui se veut pourtant rassurante, peut en effet générer deux réactions redoutables chez l'homme : "le stress de la performance et/ou l'anticipation de l'échec", explique Lidwine. L'homme qui n'a pas su bander dans telle situation se retrouve quelques temps plus tard, le sexe dénudé mais l'esprit embrouillé par "la peur que ça recommence".

(Un peu) rassurer, (surtout) dédramatiser

Dans le schéma masculiniste qui voit les hommes comme des "donneurs d'orgasmes" qui pensent "je bande donc je suis", ne pas remplir la sainte mission est souvent perçu comme une terrible défaite. Dès lors, il convient à tout prix de rassurer le partenaire qui se sent coupable, voire jugé. D'un autre côté, il faudra aussi rassurer celle ou celui qui s'estime responsable de cette panne inopinée : "Je ne t'excite plus. Je me sens repoussant. Je ne te fais plus d'effet...". Mais à force de caresses dans le sens du poil et de mots doux consolateurs, la bandaison continue d'être sacralisée, sensible et à manier avec précautions. Or, pour que la panne sexuelle cesse d'être une affaire d'État, il faut avant tout apprendre à dédramatiser.

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Pour cela, il faut d'abord "prendre une grande inspiration, calmer ses ardeurs, lâcher prise..." et puis seulement "sortir du truc". Plutôt que de rester buté sur la faille en tirant la grimace, choisir d'en rire et passer à autre chose semble être le meilleur des remèdes. D'aucuns décideront de changer de sujet ou d'activité, d'autres en revanche prendront l'initiative d'aller explorer d'autres parties du corps que le sexe afin d'aborder le plaisir sexuel sous les multiples facettes qu'il comporte : caresses, massages, jeux érotiques, etc. Dès lors, la panne sexuelle accidentelle devient un phénomène naturel, anodin et assumé qui se libère de son caractère tragique et qui offre l'occasion d'explorer encore un peu plus sa sexualité.

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