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La dépression estivale, un mal bien mystérieux

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Si l'arrivée de l'été est parfois redoutée, c'est parce qu'elle confronte les envies et la réalité. | © Pexels

Psycho et sexo

La dépression saisonnière ne se manifeste pas qu’en hiver. Pour une partie de la population, l’été aussi est synonyme de déprime.

Le soleil brille, les journées se rallongent, les terrasses se remplissent et rien que l’idée de laisser son manteau au fond du placard pour sortir boire un verre vous envahit de joie. Ces signes sentent bon l’été qui arrive en même temps que votre bonne humeur, mise à mal par la grisaille de l’hiver. Pourtant, pour une infime partie de la population, c’est tout l’inverse. Pour eux, l’été rime avec angoisse et déprime.

Non, tout le monde ne se réjouit pas de voir les beaux jours arriver et les températures augmenter. Et ce phénomène porte un nom : le trouble affectif saisonnier (seasonal affective disorder, SAD) estival.

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Reconnu pour la première fois en 1984, d’après Medical Daily, cette dépression estivale toucherait moins de 1% des Américains, indique Dr Norman Rosenthal, professeur clinique de psychiatrie à l’école de médecine de l’Université de Georgetown. Plutôt rare, elle se traduit par de l’irritabilité, de l’insomnie, de l’agitation constante et une perte d’appétit, alors que le « blues hivernal » est lui caractérisé par une certaine léthargie, une moindre vitalité et une envie de se réfugier dans la nourriture.

Peu d’explications

Si les symptômes sont connus et observés, l’explication à ce trouble affectif saisonnier est encore un mystère. « Il existe un certain nombre d’hypothèses, y compris les variations du rythme circadien et la dérégulation des neurotransmetteurs », explique au Time Dr. Prakash Thomas, psychiatre à l’hôpital Yale-New Haven, dans le Connecticut, ajoutant qu’il peut y avoir également une composante génétique.

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Pour de nombreux chercheurs, cette dépression saisonnière, qu’elle soit hivernale ou estivale, est dû principalement à la lumière naturelle : un manque dans la première et un surplus dans la deuxième. Dans ce dernier cas, l’ensoleillement vient perturber la production de mélatonine, l’hormone du sommeil, et la chaleur qui l’accompagne peut devenir insupportbale et rend l’endormissement encore plus difficile. « Il y a tellement de lumière, j’ai l’impression d’avoir été privée de sommeil à cause de ça », explique Krista Golden, une Américaine de 43 ans qui souffre de dépression estivale. « Je finis par m’endormir, mais j’ai l’impression que je ne dors pas assez du tout. Une fois que le temps devient plus froid ou que la nuit est plus sombre, je m’endors plus facilement ».

De multiples facteurs

En plus des températures et de la longueur des jours, d’autres facteurs peuvent entrer en jeu, tels que les dérèglements hormonaux, les allergies au pollen, la pollution des villes, la transpiration, la prise d’antidépresseurs ou encore les troubles d’estime de soi. Lorsque l’été arrive et le mercure grimpe, le port de tenues plus légères angoisse les personnes complexées. « D’autres personnes souffrent de ne pas pouvoir partir en vacances et de devoir rester enfermé tout l’été », explique la psychologue Amélia Lobbé. « L’enfermement, la sédentarité et le manque de sommeil sont particulièrement propices à la survenue de l’état dépressif ».

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« Le simple fait de présenter l’été comme la saison du bonheur ultime peut déjà suffire à donner le cafard », indique le sémiologue Ferenc Fodor, auteur de Climat d’angoisse – L’imaginaire du changement climatique à Slate. Face à cette norme collective imposée par les médias qui diffusent des images de gens heureux de retrouver le soleil sur la plage, les personnes qui ne partagent pas ce même sentiment se sentent déprimées et peuvent éprouver une certaine solitude et exclusion. Même constat avec la vie amoureuse, lorsque l’on appelle l’été, « la saison des amours ». « Quand vous êtes seul ou seule, que n’avez pas de relation amoureuse ou pas de sexualité, l’été peut être compliqué à vivre : on vous fait croire que c’est là que tout va se passer, que vous allez faire des rencontres et pouvoir vous en donner à cœur joie. Vous vous vivez comme une anormalité », explique de son côté Catherine Audibert, auteure de L’incapacité d’être seul – Essai sur l’amour, la solitude et les addictions.

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Comparaisons complexantes

Qui dit été, dit également vacances et plus d’événements à ne pas manquer. La dépression estivale peut être également accentuée par un autre phénomène moderne : le FOMO (Fear of Missing Out), la peur de rater quelque chose. En été, tout le monde s’amuse, sort, va à la plage… L’idée de rater un événement important dont tout le monde va parler alimente cette anxiété sociale et ce sentiment de solitude. « Vous vous sentez vraiment comme un étranger. Se sentir isolé et exclu est un stress majeur », explique Dr Norman Rosenthal au Time. Cette vie sociale boostée durant l’été accroît également les possibilités de comparaison. Les personnes qui ont moins confiance en eux auront tendance à faire des comparaisons ascendantes et complexantes. Un constat qui s’applique également aux personnes qui ont des difficultés du côté financier. Si l’arrivée de l’été est parfois redoutée, c’est parce qu’elle confronte les envies et la réalité, conclut Slate : que ce soit au niveau de la sexualité, du corps, du porte-feuille ou encore des loisirs.

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