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Déculpabilisez : La procrastination serait le fruit de l’évolution

Procrastination

"Il y a un conflit entre tes intentions (je suis actif) et ton système, ce qu'il veut automatiquement faire, ce qu'il te dit de faire, à savoir qu'il préfère aller vers la sédentarité". | © Sander Smeekes / Unsplash

Psycho et sexo

Face à la tentation d’aller boire un verre ou de regarder la nouvelle série phare de Netflix, vos bonnes résolutions partent en fumée ? Il y a une explication ! Cette tendance à tout remettre au lendemain serait d’après des chercheurs un symptôme de l’évolution. Merci les ancêtres !

 

Nous connaissons tous ce sentiment de culpabilité montant à l’issue d’une journée où aucune tâche n’a été barrée de notre « To do list ». Quand, épicuriens, nous oublions le temps d’un verre, d’un film, d’une série ou d’une sieste la montagne de choses que, la veille, nous nous étions jurés d’accomplir.  Mais pourquoi l’adage « ne remets pas au lendemain ce que tu peux faire le jour même » est-il si difficile à mettre en œuvre ? Des chercheurs se sont posé la question.

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Le paradoxe de l’activité physique

Matthieu Boisgontier (chercheur de l’Université de Vancouver et de Leuven) et Boris Cheval (chercheur de l’Université de Genève) se sont penchés sur le phénomène du « Paradoxe de l’activité physique ». Pourquoi, conscients des conséquences de l’inactivité, continuons-nous à sécher notre séance de jogging ? Pour répondre à cette question, les universitaires ont mis au point une expérience sur vingt-neuf jeunes adultes qui se disaient soit actifs et actives physiquement (quatorze), soit inactifs et inactives (quinze). Tous affirmaient vouloir devenir sportifs.

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Les chercheurs les ont installés devant un écran montrant soit une activité physique, soit un cas flagrant de procrastination, comme jouer à la console ou regarder la télé. Représentés sur l’écran avec un avatar, les cobayes devaient approcher à partir d’un clavier ce dernier des images représentant l’activité et l’éloigner des représentations d’inactivité. Le tout, le plus rapidement possible. Les chercheurs avaient, auparavant, placé un électro-encéphalographe pour mesurer leur activité cérébrale.

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Le système préfère aller vers la sédentarité

En analysant les temps de réaction des participantes et participants, ils ont constaté que ces derniers étaient en général plus rapides pour approcher les images d’activité physique et s’éloigner de la sédentarité que le contraire. « Ce qui confirme bien leur intention de faire du sport », affirme Boris Cheval, interrogé par Slate. Mais en analysant les données cérébrales de leurs cobayes, ils ont aussi remarqué que s’éloigner de l’inactivité leur demandait plus d’efforts : « On s’aperçoit que si les participants sont plus rapides pour éviter la sédentarité, c’est aussi associé à un coût au niveau cérébral. Le cerveau doit engager plus de ressources et en particulier activer des processus d’inhibition. Il y a un conflit entre tes intentions (je suis actif) et ton système, ce qu’il veut automatiquement faire, ce qu’il te dit de faire, à savoir qu’il préfère aller vers la sédentarité ».

Instinct de survie et minimisation des efforts

Ils appellent le phénomène la « minimisation des efforts », plus communément appelé principe du moindre effort. Et cela serait dû à des instincts de survie : « Pour optimiser leurs chances de survie et de reproduction, nos ancêtres avaient tout intérêt à minimiser l’effort pour conserver leur énergie car il y avait des périodes de pénurie. Il faut accepter l’idée que l’individu va minimiser l’effort, qu’il a au départ besoin de beaucoup de self-control jusqu’à ce que l’activité physique devienne une récompense. Au début, il a besoin de s’autoréguler. Si on veut l’aider, il faut favoriser les choix simples ». Les chercheurs pensent en outre que les autorités publiques ont un rôle à jouer afin de rendre la population active. Car le manque d’exercice est, selon l’Organisation mondiale de la Santé, la cause d’environ 3,2 millions de décès chaque année.

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