Oui, la Saint-Valentin est bel et bien définitivement ringarde

Oui, la Saint-Valentin est bel et bien définitivement ringarde

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Image de répulsion. | © "Valentine's Day", New Line Cinema.

Psycho et sexo

Romantique toujours, pas juste un jour.

Elle est cette fête qu’on adore détester mais qui se mue en plaisir coupable lorsque l’amour est à son firmament. La Saint-Valentin est à la fois mercantile, de mauvais goût, attendue, pesante et conformiste. Elle est nulle. C’est la fête la plus pourrie de l’année, à l’exception peut-être de la fête des secrétaires ou de celle des grands-mères. Roses rouges, chocolats en forme de cœur, mots doux. La douceur et l’attention qui devraient être régulièrement cultivées dans le couple sont exagérées durant une seule journée et les bons sentiments qui en dégoulinent horripilent. Pour la comprendre, tentons tout d’abord de remonter à ses origines.

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Pour certains, la Saint-Valentin serait païenne. Elle remonterait plus précisément à la Rome antique. À cette époque, on fêtait les Lupercales entre le 13 et le 15 février de chaque année. Une fête bien moins romantique que notre Saint-Valentin. Un bouc était alors sacrifié au sein de la grotte dans laquelle, selon la légende, la louve avait allaité Romulus et Rémus. Enduits du sang de ce bouc, les jeunes gens de bonne famille couraient ensuite les rues pour fouetter les femmes de lanières de peau. Objectif : les rendre fécondes ! C’est également ce jour que les jeunes gens tiraient au sort le nom de celle qui serait leur partenaire pour le restant de l’année …

Jeu de cache-cahe

D’autres encore affirment que nous devons la Saint-Valentin à un martyr de l’Église catholique, Valentinus. Alors que l’empereur romain Claudius II avait interdit les mariages — pour encourager les soldats à partir plus nombreux à la guerre —, ce prêtre aurait en effet continué sous cape à marier les amoureux. Un engagement qui lui aurait valu l’emprisonnement puis l’exécution … un 14 février. Puis, le pape aurait aboli les Lupercales et nommé Saint-Valentin, saint patron des amoureux.

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Cupidon bosse toute l’année, et pas seulement le 14 février. © Madone Sixtine (détail), Raphaël, 1513-1514, Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde.

Cette fête que nous sommes aujourd’hui si nombreux à considérer comme une fête commerciale est pourtant une véritable coutume depuis le Moyen Âge. Des processions y étaient même organisées pour célébrer les amoureux. Et des parties de cache-cache entre célibataires sont destinées à permettre à chacun de trouver l’âme sœur. À partir du XIXème siècle, la pratique de l’échange de petits mots d’amour se développe. Et les « Valentines », ces cartes portant des mots doux, deviennent les symboles de la Saint-Valentin. Aux États-Unis, il est de coutume d’en offrir à toutes les personnes aimées, au sens large du terme.

Le cultiver, le façonner, toute l’année !

Sauf que la Sainte fête a depuis été transformée en une mixture de marketing bien formaté et de sentiments culcul la praline au possible. Le rouge et le rose s’emparent une semaine durant des vitrines, les articles « bons conseils » et « astuces sexe » florissent un peu partout et on en arrive au-delà des limites du dégoût. À une époque où les amours prennent des formes plus libérées (polyamour, amour platonique) et où le mariage n’est plus du tout la préoccupation des millenials et autres générations X, Y et Z, l’amour, le vrai, se trouve ailleurs.

Non, celui qui s’écrit avec un grand « A » ne va pas s’accomplir avec un bouquet de roses fraîches et un dîner aux chandelles un jour par an. Il va se cultiver tous les jours par des petits gestes, des mots simples, des sentiments sincères et justes. Un message avec un coeur retentira sur l’écran de votre smartphone au moment le plus inopportun, une conversation à refaire le monde un dimanche matin changera votre perception de la vie, une playlist concoctée à deux sifflera dans vos oreilles quand l’autre sera à l’autre bout du monde.

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Et si cette coutume moyenâgeuse, avec son lot d’affectueux mots d’amour, avait été vouée à prendre la forme d’une célébration discontinue des amoureux ? Toute l’année, toute l’année on vous dit, ce satané sentiment qui nous terrorise et endiable nos corps, doit se façonner.

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