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La contraception naturelle, pour reprendre son cycle et sa fertilité en main

contraception naturelle

Image d'illustration. | © Unsplash / Ava Sol

Psycho et sexo

Parmi les alternatives à la contraception hormonale, les méthodes dites « naturelles » proposent à celles (et ceux) qui le souhaitent une observation consciente du cycle féminin avec à la clé, une meilleure connaissance du corps et de soi.

Pour en finir avec les hormones, mieux maîtriser leur fertilité ou limiter leur empreinte écologique, de plus en plus de femmes font le choix de la contraception naturelle. Associée à la méthode du retrait ou à d’autres contraceptifs locaux, elle constitue un outil précieux pour celles qui désirent se libérer de l’emprise médicale, développer une écoute attentive de leur corps ou simplement retrouver leur cycle menstruel naturel.

Occultée, voire décrédibilisée par les professionnels de la santé, la méthode dite « naturelle » peine à asseoir sa légitimité en tant qu’alternative efficace à la sacro-sainte pilule. Car contrairement au stérilet au cuivre (DIU), dont la popularité a explosé ces dernières années, elle nécessite une observation rigoureuse du cycle féminin ainsi qu’une discipline que beaucoup considèrent contraignante. Dix ans après le scandale des pilules, certain.e.s vantent plus que jamais ses bienfaits biologiques, psychologiques, voire même énergétiques.

Garantie sans hormones

Symbole de la révolution sexuelle des femmes, la contraception hormonale voit sa cote de popularité baisser depuis plusieurs années. Aujourd’hui, la pilule ne passe plus pour de nombreuses femmes qui refusent leurs effets secondaires, mais pas seulement. « C’est aussi parce que nous sommes entrés dans une nouvelle ère : celle du naturel », constatait déjà en 2015 la journaliste Juliette Pitisci dans son enquête Quand la pilule perd son cachet. « Mais quand les femmes veulent remplacer leur pilule par un contraceptif sans hormones, il n’y a pas beaucoup de choix », précisait-elle, évoquant les quelques alternatives locales telles que les préservatifs, les spermicides, le diaphragme ou la cape cervicale. Certaines femmes se sont alors tournées vers des méthodes 100% naturelles qui présentent leur lot d’avantages, mais aussi de risques.

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Si les experts considèrent les méthodes naturelles comme peu fiables, c’est parce qu’elles « ne constituent pas un moyen de contraception en soi », nuance Caroline Watillon, chargée de mission au sein de la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial (FLCPF), « mais plutôt une méthode de connaissance du corps et d’observation du cycle ». Car ce que l’on appelle « contraception naturelle » ou « symptothermie » englobe en réalité plusieurs méthodes qui, combinées entre elles, permettent de surveiller la fertilité et ainsi limiter – autant que faire se peut – le risque de grossesse. « Dans un premier temps, il faut prendre sa température tous les matins au réveil, à la même heure et par voie interne », explique Caroline. « Ensuite, il faut examiner l’évolution de la glaire cervicale [sécrétions vaginales qui donnent un indice sur l’ovulation, ndlr] et régulièrement analyser sa consistance. » Bien que facultatif, le troisième indice consiste à surveiller la position de l’utérus, « ce qui demande d’aller palper le col manuellement et de savoir reconnaître quand l’utérus est en position fertile ou infertile ». Un processus complexe qui, s’il n’est pas respecté à la lettre, présente un taux d’efficacité plutôt limité.

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Image d’illustration. © Unsplash / Timothy Meinberg

Une méthode contraignante, donc risquée

Les femmes qui utilisent ces méthodes auraient « entre 25 et 27 % de risques de tomber ‘accidentellement’ enceintes lors de la première année », soit une femme sur quatre, estime le site Gynandco.be. Le manque de rigueur et de motivation pouvant « faire monter le taux d’échec jusqu’à 75% », estime encore la plateforme belge dédiée à la santé féminine. « C’est justement parce que cette méthode est contraignante qu’elle est risquée et difficilement chiffrable en terme d’efficacité », estime Caroline. Sans compter qu’elle ne convient pas à tout le monde, précise-t-elle. « C’est impossible pour les femmes qui travaillent en horaires décalés ou même pour celles qui ont souvent tendance à oublier leur pilule. Ça demande une hygiène de vie impeccable. »

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Déconseillée pour une grande partie des femmes, la contraception naturelle apparaît toutefois comme « une excellente alternative pour celles qui rejettent tous les autres contraceptifs comme les hormones ou le latex », souligne Caroline qui précise qu’elle convient surtout aux femmes qui connaissent déjà bien leur cycle, idéalement régulier. L’alternative séduit par ailleurs les femmes qui, après avoir utilisé une contraception conventionnelle pendant plusieurs années, souhaitent retrouver leur cycle naturel « sans que la grossesse, si elle se produit, ne soit un événement dramatique ». Elle peut dès lors s’inscrire dans une démarche de couple, quand les deux partenaires désirent s’investir dans leur contraception et envisagent – même si pas dans l’immédiat – de concevoir un enfant. « Ça permet d’alléger la charge mentale contraceptive qui pèse sur les femmes. »

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Illustration du livre « Cycle féminin et contraceptions naturelles », d’Audrey Guillemaud. © Alice Wietzel / Hachette Pratique

Tabous et chasse gardée

Pour être appliquée correctement, la contraception naturelle nécessite cependant un réel accompagnement, « voire carrément une formation », estime notre experte de la FLCPF. Un enseignement qui semble, du moins en Belgique, être la chasse gardée de labels comme Sensiplan®, rendant difficile d’accès ce type d’alternative dont les travaux scientifiques se font rares. « Résultat, les rapports que l’on trouvent sont souvent orientés car initiés par des mouvement qui prônent l’anti-avortement », regrette-t-on. « Les anti-choix vantent volontiers les mérites de la contraception naturelle, mais avec l’objectif de favoriser la natalité. Il faut donc être très vigilant et savoir à qui on a à faire. »

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À l’heure où la plupart des médecins et des gynécologues dirigent d’emblée leurs patientes vers des contraceptifs classiques tels que la pilule, l’anneau vaginal ou le stérilet, « le personnel en centre de planning familial n’est pas encore formé pour accompagner les femmes à la méthode naturelle », constate Caroline Watillon, qui déplore un manque d’intérêt manifeste pour la contraception – et la santé sexuelle des femmes en général – au sein du corps médical et de l’industrie pharmaceutique. Parmi les personnes qui veulent se tourner vers les options naturelles, « beaucoup éprouvent des difficultés, voire du dégoût, à se réapproprier leur corps et leur féminité », ajoute-t-elle, évoquant le tabou persistant qui entoure la santé sexuelle. « Nous, on part du principe que plus on parle de ça aux femmes – et ce dès le plus jeune âge, plus elles vont s’intéresser à leur corps, à leur cycle et à tout ce qui va avec. »

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Image d’illustration. © Unsplash / Evie S.

Naturelle, responsable et consciente

S’il existe aujourd’hui plusieurs applications mobiles dédiées aux menstruations, proposant une assistance technologique et facilitée à celles qui souhaitent surveiller leur cycle de plus près, leur fiabilité reste à nuancer. La complexité du cycle féminin étant ce qu’elle est, toutes ne garantissent pas un suivi fiable et précis des périodes ovulatoires. Ainsi remarque-t-on la publication grandissante d’ouvrages sur le sujet et dont l’objectif se veut d’accompagner les curieux.ses dans ce mode de contraception alternatif.

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Dans son livre Cycle féminin et contraceptions naturelles, Audrey Guillemaud dresse un guide pratique (et illustré) pour « une contraception naturelle, responsable et consciente ». En s’appuyant sur les différentes approches symptothermiques, l’auteure tente de simplifier la pratique afin « d’ouvrir à tous les possibles des formes naturelles de la contraception féminine et du couple ». Le tout en rappelant l’importance d’une prudence maximisée ainsi qu’un suivi médical personnalisé, notamment pour le cas des femmes ayant déjà vécu une ou plusieurs grossesses. « Utilisant ces méthodes depuis toujours, je trouve indispensable d’activer leur accessibilité dans le monde actuel », explique-t-elle dans l’avant-propos de son ouvrage. « Cette méthode rend libre d’échapper à toute manipulation chimique ou instrumentale du ventre féminin et permet de poser un regard bienveillant et émerveillé sur notre nature, profondément intelligente. »

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