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La masturbation en couple, un art délicieusement nécessaire

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Image d'illustration. | © Unsplash / Elen Yatsenko

Psycho et sexo

Naturellement pratiquée en solitaire, la masturbation peut s’immiscer au sein du couple pour révéler des bienfaits insoupçonnés.

Il est des plaisirs de la vie que l’on préfère assouvir seul que (même bien) accompagné. Et aussi loin que l’on s’en souvienne, la masturbation en a presque toujours fait partie. On a beau pourtant les qualifier de « solitaires », ces plaisirs sont tout aussi jouissifs lorsqu’ils s’immiscent au sein du couple. Se caresser avec ou devant l’autre devient alors un acte mutuel et partagé, réveillant des désirs trop souvent coupables et mal assumés.

« Quand j’ai demandé à mon compagnon de se masturber devant moi, il était complètement perturbé. C’était la première fois qu’il se touchait devant quelqu’un. Il lui a fallu du temps avant de parvenir à se lâcher complètement », raconte Julie, adepte de la masturbation en binôme. Alors que les statistiques estiment que nous sommes 47% à se caresser devant son·sa partenaire, le sujet demeure sensible, perpétuant un éternel tabou qu’il est plus temps de briser.

Plaisirs solitaires partagés

On peut parfois se demander comment une chose aussi naturelle que la masturbation peut être vécue comme une honte. Pourtant, ce qui se développe dans nos culottes durant l’enfance (déjà dans le dos des parents) peut devenir au fil des années un secret à taire, voire carrément à éviter. Car si l’on se caresse avant tout pour se faire du bien, certains restent convaincus que la masturbation – bien plus que le sexe en général – c’est mal.

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« Se masturber, c’est naturel. La preuve, les animaux le font aussi », lance Lidwine Arendt, sexologue et thérapeute de couples à Bruxelles. « Mais en grandissant, certaines personnes – surtout les femmes – s’en détachent en raison des nombreuses croyances qui en découlent. » Quand les uns pensent que se toucher, c’est tromper, d’autres estiment que « ça ne se fait pas », que c’est dangereux (risque de maladies ou de dépendance). « Pour certains hommes, savoir que leur femme se caresse est une forme de perte de virilité », explique la spécialiste. « Ils ont l’impression de ne servir à rien. » Au sein du couple, la masturbation passe soudainement en second plan. Comme une gâterie à s’octroyer de temps en temps, mais surtout pas trop souvent. Pourtant, souligne Lidwine Arendt, elle constitue un art qu’il est nécessaire de choyer afin d’épanouir pleinement sa sexualité.

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Pratiqué en couple, l’auto-érotisme (en terme freudien) se révèle dans une expérience nouvelle, riche en bienfaits insoupçonnés. © Unsplash / Gaelle Marcel

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« Dans la sexualité, il n’y a pas de norme », rappelle l’initiatrice des « Apéros sexo » bruxellois, des tables rondes ouvertes à tous et qui abordent le sexe sans complexe. « Ne pas éprouver le besoin de se masturber peut paraître anormal pour certains », explique-t-elle. « D’autres au contraire se demandent, surtout lorsqu’ils sont en couple, si c’est normal de vouloir encore s’adonner aux plaisirs solitaires. » Si les deux réflexions se valent, l’important reste d’être « à l’aise avec sa sexualité » et à l’écoute de ses besoins. « Ce qui devient anormal, c’est quand on se fait du mal avec ça et qu’on en souffre. »

Le plaisir de celui qui se masturbe est reçu comme un cadeau par le partenaire qui regarde.

Pratiqué en couple, l’auto-érotisme (en terme freudien) se révèle ainsi dans une expérience nouvelle, riche en bienfaits insoupçonnés. Le hic, c’est qu’on a parfois du mal à se faire du bien face au regard de l’autre. « Se masturber mutuellement ou devant son·sa partenaire, c’est d’abord un jeu. Ça permet à chacun de se découvrir, de partager ses habitudes, de guider l’autre dans la manière dont on aime se faire plaisir », raconte notre experte. Mais bien avant les baisers ou les caresses, il est avant tout question de lâcher prise et de complicité. « Il s’agit de dévoiler son intimité à l’autre, d’apprendre à se laisser aller, de vouer une confiance absolue à son partenaire ». Un rendez-vous qui, s’il est pris dans le respect de chacun, permet de stimuler le désir, d’améliorer la confiance en soi et l’estime de son corps.

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© Pexels / Mahrael Boutros

L’art et la manière

S’il n’y pas de bonne ou de mauvaise façon de pratiquer la masturbation, la sexologue rappelle que la meilleure n’est certainement pas celle qu’on a pris l’habitude d’appliquer en solo. « À l’âge où les garçons commencent à se masturber [soit dès 2 ans et demi, ndlr], ils le font avec la peur de se faire surprendre. Ils apprennent donc à le faire vite et de façon mécanique », explique-t-elle. Chez les femmes, inutile de rappeler à quel point les révélations tardives sur le clitoris – et le plaisir vaginal en général – ont enseveli les mystères de l’orgasme féminin (et ses nuances) que l’on s’attelle encore à percer.

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Dans les règles de l’art, la masturbation doit prioritairement mimer la relation sexuelle, indique Lidwine Arendt qui énumère ses « conditions » essentielles. Prendre le temps, d’abord, afin d’éviter le vite-fait, mal fait. Lubrifier son sexe, ensuite. Varier les vitesses et les pressions, onduler son corps, jouer avec la respiration, laisser les sons sortir (gémissements, cris), érotiser son corps en caressant d’autres parties que le sexe… Autant d’éléments qui, pris en compte au bon moment, permettent de remplacer nos habitudes solitaires et archaïques par un délicieux travail d’équipe. Certains pourront dès lors choisir d’égailler leurs ébats en utilisant des sextoys. « Ces petits jouets peuvent s’avérer encore plus ludiques quand on les utilise à deux », conclut la sexologue avant d’ajouter que « quand vous vous masturbez devant votre partenaire, ce dernier reçoit votre plaisir comme un cadeau ».

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