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Pourquoi repoussons-nous toujours le moment de nous occuper de nous ?

Étienne Schappler, coach en développement et auteur de "Vivant : 99 outils pour s'écouter, se retrouver et aller de l'avant", nous fournit 99 conseils pour enfin prendre du temps pour soi.

Étienne Schappler, coach en développement et auteur de "Vivant", nous fournit 99 outils pour enfin s'écouter (et être heureux). | © Unsplash / Mathieu Stern

Psycho et sexo

Vous êtes constamment débordé ? Et si c’était une façon de ne jamais vous occuper de vous. 

 

Vous êtes constamment débordé, vous courez à gauche et à droite à une allure folle sans jamais vous arrêter ? Pire, même quand vous savez que vous n’avez pas le temps, vous acceptez toutes les requêtes ou invitations afin de combler constamment vos journées ? Vous êtes aussi persuadé de ne pas pouvoir vous organiser autrement. Résultat, vous n’avez pas le temps de penser à vous ni de passer un moment seul avec vous-même. Dans son ouvrage Vivre : 99 outils pour s’écouter, se retrouver et aller de l’avant, le coach en développement personnel et conférencier, Étienne Schappler, nous avertit sur ce qu’il appelle « le danger de l’occupation » ou encore « la procrastination à s’occuper de soi ».

Rester constamment dans le flow

Dans nos société occidentales, nous sommes nombreux à avoir adopté un mode de vie extrêmement pressé. Nous vivons à un rythme qui nous empêche bien souvent de nous occuper de nous-mêmes. Ce rythme peut finir par devenir une véritable drogue. On se retrouve complètement égaré au moment d’enfin prendre le temps pour nous.

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Le coach en développement personnel, Étienne Schappler, déclare à ce propos : « Quand vous êtes à l’aise avec ce mode de vie, il n’y a pas de souci. Le danger c’est l’addiction, qu’il s’agisse de sortir tout le temps, de boire de l’alcool ou de parler constamment pour éviter les silences. Ainsi, on refuse de faire face à sa propre réalité. On préfère aller chercher dans une addiction du plaisir à court terme pour avoir à éviter de se regarder dans le miroir ou pour nier une source de souffrance éventuelle ».

Dans nos société occidentales, nous sommes nombreux à avoir adopté un mode de vie extrêmement pressé.
Unsplash / Anna Dziubinska

Unsplash / Anna Dziubinska

La peur de manquer quelque chose

Les réseaux sociaux, et surtout Instagram, renforcent ce phénomène. Un mot est d’ailleurs apparu pour exprimer la peur de manquer quelque chose : le FOMO (Fear of Missing Something). Ce mal du XXIème siècle touche aussi bien les millenials que des adultes et consiste à vouloir vivre constamment dans le flux, à ressentir le désir irrépressible que le monde tourne autour de soi. « Les réseaux sociaux nous poussent à nous placer systématiquement dans la comparaison. Pourquoi les autres ont une si belle vie et pas moi ? Et on entre ainsi dans la course aux likes ou aux partages pour produire de la dopamine, l’hormone du plaisir ». Après tout, on ne souffre pas de ce qu’on ignore.

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Ainsi, nous trouvons un maximum d’occupations dans notre travail, notre vie sociale et nos loisirs afin d’éviter d’avoir à répondre aux questions importantes pour notre équilibre et notre épanouissement personnel. Faut-il pour autant apprendre à s’ennuyer, à être seul ? « Je ne suis pas partisan du « il faut », parce qu’à partir du moment où on suit une méthode préétablie, on a tendance à mettre son propre vécu et son bonheur dans les mains de quelqu’un d’autre. Je pense qu’il est important de s’ennuyer, ou en tout cas de faire le vide, pour laisser place à l’introspection. L’ennui est une énorme source de créativité. Il n’y a qu’à regarder un enfant qui s’ennuie. Il trouvera toujours des manières originales et spontanées de s’occuper ».

 

Pourquoi est-il important de s’accorder une pause ?

Il est important d’accepter de s’accorder une pause, car c’est le moment de se poser ces questions primordiales : Qu’est-ce qui est important pour moi ? De quoi ai-je envie maintenant ? Quel style de vie est-ce que je veux avoir ? Quel est mon but dans la vie ? « Celui qui ne prend pas le temps de se poser ces questions essentielles sentira tôt ou tard une sensation de vide. Ce vide étant tout simplement une perte de sens dans ce qu’on fait ».

Lorsque nous sommes constamment occupés ou sollicités par les événements extérieurs, il devient difficile voire impossible d’être à l’écoute de soi. Le piège est de tomber dans un mode de vie qui ne nous convient pas.

« On rentre dans une routine sécurisante, un métro-boulot-dodo. Un jour, on se met à se remettre en question, et c’est là qu’il devient difficile de sauter le pas. L’ennui amène la créativité et la responsabilité. Quand je parle de responsabilité, je parle du moment où j’accepte de regarder mon quotidien avec lucidité et que j’amorçe le changement que je veux voir dans ma vie. »

Comment adopter ce changement ?

Il s’agit de s’ouvrir à une nouvelle façon de faire et de penser. Ce n’est donc pas une habitude que l’on réussira à prendre du jour au lendemain. Prendre le temps de s’autoriser à réfléchir, à s’interroger et à contempler ses véritables envies et besoins peut également faire peur, car on rentre dans une forme d’incertitude. « Il n’y a jamais de certitude, et c’est le côté le plus dramatique. On a toujours l’habitude de vivre dans un monde établi : je sais où j’habite, je sais ce que je vais faire dans 10 minutes, etc. Quand on parle d’émotions, il n’y a plus de certitude. Tout change, tout est impermanent. »

 Qu'est-ce qui est important pour moi ? De quoi ai-je envie maintenant ? Quel style de vie est-ce que je veux avoir ?
Unsplash / Roberto Nickson

Unsplash / Roberto Nickson

Du coup, au lieu de décider de changer du tout au tout. Il est plus intéressant de commencer petit à petit. « Je vais m’octroyer une balade de deux heures dans la nature, alors que je n’ai jamais l’habitude de le faire, par exemple. Il ne faut pas hésiter, surtout au début. C’est comme apprendre à marcher. Vous n’aurez aucun point de repère au départ, surtout si vous avez toujours été dans le faire et non dans l’être. » Il ne s’agit donc pas de chercher son équilibre et son épanouissement à tout prix et le plus rapidement possible. Certains prendront six mois, d’autres un an.

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Par quoi commencer ? Par être bienveillant avec soi-même, c’est le premier pas. Ensuite, il s’agit d’appeler une personne spécialisée, d’ouvrir un livre, de lire un article sur le développement personnel. Adopter fréquemment des démarches vers son bien-être sera plus efficace que d’ouvrir un livre de développement tous les 5 ans. « Il n’y a aucune certitude, si ce n’est notre ressenti, cette légèreté qu’on ressent au fond de soi, lorsqu’on laisse parler notre intuition… »

 

Vivant – 99 outils pour s’écouter, se retrouver et aller de l’avant, Étienne Schappler, Un monde different, 279 p., 2019.

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