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FOBO, le syndrome de l’éternel indécis

illustration d'une décision

À droite ou à gauche ? "Je ne sais pas" | © Unsplash/Jens Lelie

Psycho et sexo

Vous êtes incapables de prendre des décisions ? Vous souffrez probablement de FOBO. 

Vendredi soir. 19h30. Après une longue semaine de boulot, le temps est à la détente entre amis. La foodie du groupe a réservé dans ce nouvel italien dont tout le monde parle et qu’elle rêve de découvrir. Pas le choix. Tant mieux. La pression de devoir satisfaire les goûts de tout le monde, très peu pour vous. À peine assis, le serveur apporte la carte. Vu la popularité de l’endroit, il faudra faire vite. En deux minutes, qui en paraissaient des secondes, la grande majorité du groupe dépose le menu. « J’ai choisi ! Et toi, tu prends quoi ? » Tous les regards se retournent vers vous. « Je sais pas, j’hésite ». Le serveur revient, prêt à prendre la commande. Le stresse monte. Le tour de table n’a pas laissé assez de temps pour prendre une décision nette et tranchée. Sous la pression, vous optez pour n’importe quelle option. La mauvaise, comme d’habitude. Vous vous rattraperez sur le dessert, ou pas.

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On connaît tous et toutes quelqu’un qui se fige à l’idée de devoir prendre une décision. Parfois, ce quelqu’un, c’est vous. Un terme existe pour qualifier cette paralysie : « FOBO », « Fear of Better Options », soit la peur de louper la meilleure option possible. À ne pas confondre avec le « FOMO », « Fear of Missing Out », la peur de manquer quelque chose. Derrière ces deux anxiétés sociales, un seul homme : Patrick McGinnis, ancien étudiant à Harvard. Marqué par l’incapacité de ses camarades de l’époque à s’engager dans une voie qui ne serait pas « optimale », cet entrepreneur a mis un mot sur ce trouble qui touche de nombreuses personnes, et pas seulement au restaurant.

Trop de choix tue le choix

FOBO peut arriver à n’importe quel moment, d’un choix mineur – le film pour une soirée canapé, le cadeau à offrir à sa mère – à une décision plus importante – changer ou non de boulot, prendre ou non cet appartement. Il est fort probable que celui ou celle qui souffre de ce trouble retienne son engagement, ou s’engage puis annule. Si les indécis ont toujours existé, l’époque à laquelle nous vivons a amplifié le phénomène. Surconsommation, réseaux sociaux… Le monde hyperconnecté et hyper-encombré illustre le paradoxe de notre société : l’abondance d’options conduit à une impasse. Trop de choix tue le choix. À l’heure où tout semble possible, tout le temps, le fait de prendre une décision devient un véritable casse-tête.

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Internet et la masse de technologies sophistiquées ont également amplifié le FOMO. Aujourd’hui, nous sommes capables de nous comparer facilement les uns aux autres – ce qui entraîne le FOMO – et nous submerge d’options – FOBO. Il existe pourtant une grande différence entre les deux angoisses. « Quiconque avec un smartphone regardant la vie souvent manipulée et irréaliste des autres sur les réseaux sociaux peut ressentir du FOMO. Mais FOBO est un problème réservé aux privilégiés », souligne Patrick McGinnis. « Pour l’avoir, vous devez avoir des options. Donc, plus vous êtes riche, plus vous êtes puissant, plus vous avez d’options. C’est là que vous commencez à le ressentir », explique-t-il au Guardian.

Patrick McGinnis est loin d’être le premier à s’être penché sur la prise de décision. Avant lui, de nombreux psychologues ont étudié la question, concluant que la société état divisée en deux groupes : les « maximisers » et « satisficers ». Les premiers font un choix sur base du bénéfice qu’ils en retireront plus tard. Mettant la barre très haut, ils finiront plus souvent déçus et malheureux. Mieux vaut se satisfaire de l’option qui vous rend heureux sur le moment. « Mostly Fine Decision » – un autre acronyme – comme l’a conseillé un chroniqueur du New York Times pour arrêter de se prendre la tête. Plus facile à dire qu’à faire.

Mots-clés:
syndrome FOBO décision
CIM Internet