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L’amour au temps du coronavirus

Amour au temps du coronavirus

Ce n'est pas toujours évident les relations amoureuses et sexuelles pendant le confinement. | © Colin D/Unsplash

Psycho et sexo

Mariages décalés, éloignements forcés, cohabitations orageuses… La pandémie rebat les cartes du Tendre.

 

D’après un article Paris Match France par Catherine Schwaab et Juliette Pelerin

Entre Camille et Romain, 22 et 28 ans, il ne s’est encore « rien passé ». Pourtant, ils partagent déjà des souvenirs sensuels. « Au début du confinement, on ne se connaissait pas ». Avant les applaudissements de 20 heures, elle était collée au JT, rideaux tirés. Au lieu de ça, depuis la mi-mars, tous les soirs, elle se pointe à la fenêtre du salon et applaudit avec ses voisins. L’immeuble est devenu une vraie communauté. « On se fait coucou, on discute, puis on se dit à demain ». Un soir, ils ont parlé des anniversaires au temps du confinement. « Romain s’est souvenu du mien, mi-avril. Le jour J, il m’avait préparé un dessert ». Futé, le gourmand lui a donné rendez-vous au milieu de la rue qui sépare leurs bâtiments à Bayonne, lui avec sa petite assiette garnie de douceurs, Camille avec sa timidité. « On ne s’est pas touchés, même pas un bisou, il m’a tendu l’assiette, je l’ai prise ; ce fut notre seul contact ».

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À travers le croquant du gâteau aux noix de pécan, le moelleux de la mousse au chocolat et la saveur parfumée des fraises chantilly, ils ont communié. Camille en a encore des frissons de gourmandise : « C’était super bon ! » Pas de doute, Romain possède un indiscutable savoir-faire. Camille est troublée. Et dire qu’elle aurait pu ne jamais le rencontrer ! Maintenant, les applaudissements sont leur rendez-vous galant. Et platonique. « On parle de tout et de rien, on se raconte nos vies, nos projets, notre avenir… » Un badinage pudique comme au temps de Lamartine. « Peut-être qu’une histoire d’amour va commencer, s’interroge-t-elle, très « Dame aux camélias ». Mais après le confinement… » Comme l’affirme Polyeucte dans la pièce de Corneille, « le désir s’accroît quand l’effet se recule ».

Enfin, pas pour tout le monde. Clara, hôtesse d’accueil dans l’événementiel, a « la dalle » ! Comprenez que cette jolie fille de 23 ans a « besoin de relations sexuelles quasiment tous les jours ». Confinée dans le pavillon de ses parents avec ses deux jeunes sœurs, elle avait repéré son voisin, deux maisons plus loin. « Il me fallait un partenaire à proximité ». C’était celui qui l’attirait le plus dans les environs. Il vit en couple. Comment l’approcher ? Clara n’est pas Camille. Ni une ni deux, « j’ai prétexté un manque de sucre pour faire des gâteaux et je suis allée sonner chez lui ». Quand elle lui a rendu son sucre, elle a glissé un petit mot explicite avec son numéro : « Il n’y a pas que le sucre que j’ai envie de manger ». L’obligeant voisin a compris. « Il m’a répondu par SMS deux jours plus tard. J’ai tout fait pour l’exciter… » On imagine.

coronavirus amour
Damien travaille à l’hôpital militaire Bégin, Marion fait la classe aux enfants des soignants. ©Hélène Pambrun / Paris Match

Plutôt réceptif, il a fini par succomber assez vite : le soir même, ils se donnaient rendez-vous dans le local à vélos de la communauté pavillonnaire. Risqué. Mais le plaisir est aussi dans la transgression. Clara se revoit : « On s’est embrassé, je me suis jetée sur lui…, il ne fallait pas que ça dure longtemps pour ne pas éveiller les soupçons de mes parents et de sa copine ». Quand ils décident de se revoir le lendemain pour faire l’amour, elle prétexte devoir aller vider la poubelle. « On est obligés de faire vite… regrette-t-elle, mi-figue mi-raisin. Mais ça rend la chose plus excitante aussi ». Sa famille doit être sacrément absorbée sur Netflix pour ne rien soupçonner. Clara maîtrise son affaire. « On a dû se voir une dizaine de fois au total. Ça ne me dérange pas qu’il soit en couple, c’est juste un plan sexe ». Pour cette insatiable, la pulsion n’est pas totalement assouvie mais… « c’est mieux que rien ». Pas question, malgré l’angoisse du confinement, d’aller chercher sur les applis de rencontres. « Je préfère la vraie vie ; dans mon job, je me fais beaucoup draguer, en soirée, en boîte ». Là, elle est juste un peu en manque ; de là à googliser un partenaire, non, elle cultive son côté old school, Clara. Tout à fait à contre-courant des statistiques.

On entretient sa libido autrement. On se donne des gages, on se caresse ensemble. Si l’on est un peu coquin, on trouve toujours…

Qu’il s’agisse de Tinder, l’appli classique (les conversations durent 25 % plus longtemps), de Gleeden, l’appli adultérine (+ 260 % de trafic !), de Bumble, l’appli où c’est madame qui fait le premier pas (+ 26 % de messages), ou les sites PornHub et YouPorn (qui offre gratuitement son service Premium), tous annoncent une explosion des chiffres depuis le confinement. Mais pas seulement. Maud Pasturaud, vice-présidente de Bumble Europe observe : « Avant, on arrivait, on consommait et on repartait, comme un fast-food. Le confinement met les célibataires devant leur solitude. Alors ils veulent la bonne personne, ce qui densifie leurs échanges. Les utilisateurs s’engagent, le “pre-date” dure plus longtemps. Sans contact physique, on partage une vidéo ». On apprend, par écran interposé, à aiguiser son plaisir. Bumble appelle cela le « quality chat ». Adam confirme : « On entretient sa libido autrement. On se donne des gages, on se caresse ensemble. Si l’on est un peu coquin, on trouve toujours… » Bon résumé. Dans ce domaine, les imaginations fécondes sont avantagées.

 

Pour les couples curieux qui disposent désormais d’une lune de miel infinie, l’érotisme s’enrichit d’une petite panoplie de sex-toys (+ 50 % de ventes !) livrés à domicile. Conscient de sa responsabilité citoyenne, Passage du désir a même lancé des packs d’accessoires “Spécial confinement” à prix réduits, pour le couple, pour elle, pour lui, avec des intitulés évocateurs : « Tête-à-tête torride », « Grasse matinée coquine », « Réconciliation sur l’oreiller »… Car, oui, parfois, une réconciliation s’impose. Avec trois enfants, dont un ado boudeur toujours enfermé dans sa chambre et deux petits monstres, Dorothée n’en peut plus, elle l’avoue, cash : « On n’aura jamais aussi peu baisé que pendant le confinement ». Elle rêve de s’échapper vers son bureau d’architecte où les ordinateurs sont collés les uns aux autres. « Tant pis pour les distances réglementaires ! » soupire-t-elle à bout de nerfs. Son mari est journaliste, il peut sortir, lui, et, ingénu, trouver soudain à sa femme « une irascibilité que je ne lui connaissais pas ». On se demande bien pourquoi…

Margaux et David viennent de composer leur première chanson, « Coule », et préparent un album. © Hélène Pambrun / Paris Match

Pour certains amoureux en voie d’engagement, le confinement, c’est le coup de dés : ça passe ou ça casse

On sait qu’en Chine, le nombre de divorces a explosé après cette hibernation forcée. Catalyseur des difficultés du couple, le confinement les amplifie. Parfois jusqu’au point de non-retour. À Paris, deux bureaux d’avocats, place de la Madeleine et avenue Franklin-Roosevelt, révèlent en toute discrétion « une forte augmentation des demandes de “devis de divorce”, pour être les premiers servis ». Embouteillages en vue ? D’autres se réfugient au téléphone. « Je me défoule auprès de mes copines, enfermée dans la salle de bains », avoue Corinne, qui a fait la bêtise de se remettre avec son ex « pour les enfants ». Tout le monde n’est pas Alessandra Sublet.

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Les optimistes tentent de sauver l’essentiel via une thérapie conjugale in extremis par téléphone. La docteure Marie-Laure Susini, psychiatre et psychanalyste, est débordée. La gamme des profils est aussi variée que les symptômes du Covid. Lourd climat de détestation toxique : « Je ne supporte même plus sa respiration ». Ou profondes questions existentielles : « Qu’ai-je fait de ma vie jusqu’ici ? » Il est vrai que jamais la mort ne s’est invitée aussi souvent dans notre quotidien.

Pour certains amoureux en voie d’engagement, le confinement, c’est le coup de dés : ça passe ou ça casse. Entre Margaux, auteure-compositrice et chanteuse, et David, comédien et réalisateur, ce fut l’occasion de s’accorder crescendo. Lui habite le XVIIIe, elle, le XVIe, autant dire aux antipodes. « On ne se voyait que pour sortir ; une vie légère d’adolescents, en quelque sorte », réalise Margaux.

Que dire de tous ces mariages décalés, voire annulés à grands frais ; pire qu’une crise de corona

Téméraires, ils ont franchi le Rubicon, se sont installés chez elle. « On n’aurait pas supporté d’être séparés pendant deux mois », estiment-ils d’une même voix. Margaux résume : « Nous avions le temps et l’espace pour exprimer nos affinités créatives ». Au-delà de leur polyphonie, ils ont quand même découvert le monde merveilleux des compromis conjugaux. Le ménage, les courses, la cuisine… « Forcément qu’on s’engueule ! » Pourtant, de leur cohabitation impromptue est née une chanson sur le confinement, « Coule », signée Câline, le pseudo adéquat de Margaux, et un clip coréalisé avec David, disponible sur YouTube : « On se stimule, on s’inspire… On devient l’écho l’un de l’autre. Je crois que je lui donne confiance. Elle va jusqu’au bout… » Quand l’art vous emmène au-delà des contingences.

Pas de mariage sans invités : Pia et Jérémy attendront l’arrivée de la famille vénézuélienne de la mariée © Hélène Pambrun / Paris Match

Que dire de tous ces mariages décalés, voire annulés à grands frais ; pire qu’une crise de corona. L’hystérie des préparatifs enflammait déjà le système nerveux, mais l’annulation, c’est pire. Pour certains, l’amour est aux soins intensifs. Surmonter la déception devient le test sérologique ultime pour voir si l’on va être immunisé contre les aléas de la vie à deux. Jérémy et Pia, eux, sont plutôt bien armés. Leur fête de 180 personnes à Villefranche-sur-Mer a été décalée à l’été 2021… ils vont chauffer l’ambiance dans des mini-célébrations bucoliques. Quant à Marion et Damien, leur mariage du 2 mai annulé, ils paradent en tenue nuptiale dans les couloirs de leur tour de 31 étages !

C’est l’enseignement de ce confinement, sorte de sérum de vérité des couples et des célibataires. Où l’on mesure les leviers vitaux de nos vies amoureuses. Le sexe, la tendresse, la création, la bonne humeur… La promiscuité étouffante autant que la séparation forcée vous obligent à remplacer l’ivresse des baisers par… l’euphorie de la conversation.

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