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Polyamour, quand l’amour se vit à plusieurs: « Je n’enlève rien à mon mari pour donner à mon amant »

L'amour au pluriel.

Psycho et sexo

« L’amour au pluriel » est une série d’été qui parlera de l’amour dans ses différentes formes : l’amour de soi et l’acceptation, la sexualité ou encore les formes d’amour que nos parents connaissaient moins. Dans ce premier numéro, on parle du polyamour, mais qu’est-ce donc ?

Une forme d’amour pas si nouvelle

Contrairement à ce que certains pensent, ces formes d’aimer sont loin d’être nouvelles. En effet, déjà en 1929, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir avaient passé un « pacte de poly-fidélité ». En 2006, un livre a d’ailleurs été écrit à ce sujet par Hazel Rowley, Tête-à-tête.

C’est dans les années 1990 que devient d’usage le terme « polyamour », contraction du grec polyplusieurs et du latin amor – amour, par le biais d’un forum sur le sujet.

Le polyamour est « une éthique des relations amoureuses dans laquelle les partenaires sont en relation amoureuse avec plus d’une personne, avec le consentement éclairé de toutes les personnes concernées. »

Il ne faut pas confondre le polyamour avec :

  • La polygamie : une personne est liée à plusieurs autres personnes. En général, il s’agit d’un homme et ses compagnes n’ont pas le droit d’avoir d’amants. Or, dans le polyamour, tout le monde dispose des mêmes droits.
  • Le libertinage/échangisme : Deux couples échangent temporairement leurs partenaires ». Cette pratique est uniquement sexuelle tandis qu’il y a une dimension affective dans le polyamour.
  • La relation Libre : Une relation libre est une relation non-monogame où les membres du couple ont des relations sexuelles avec d’autres personnes.

Rencontre avec Helena et Stéphanie

Nous avons rencontré Helena*, une jeune femme de 34 ans, qui est dans une relation qu’elle définit comme plurielle ou multiple : « Je ne me décrirais pas comme polyamoureuse ou en relation libre. Mon point de départ, c’est que moi, je rencontre quelqu’un. Je l’aime bien et je ne sais pas trop où ça va aller, donc je me donne toujours la possibilité de tomber amoureuse de quelqu’un. Mais ce n’est pas forcément ce que je cherche […] Moi, je parle de relations multiples ou plurielles. »

Elle a connu son compagnon principal à la fin du premier confinement. En raison de la covid, ils sont restés à deux mais ensuite ils ont commencé chacun de leur côté à fréquenter d’autres personnes, une femme en ce qui le concerne et un couple en ce qui la concerne. Assez récemment, elle a d’ailleurs rencontré la copine de son compagnon principal : « C’est récent dans le sens où la copine de mon copain, je l’ai connue en janvier, donc après un an et demi parce que toutes les deux on manifestait l’envie de se connaitre »

Dans ses précédentes relations, Helena se sentait jugée par rapport à sa libido : « Je percevais que mes partenaires se sentaient en danger dans leur « sécurité » si j’avais envie de regarder ailleurs. […] J’ai eu une première relation plurielle qui n’a pas fonctionné pour cette raison aussi. Mon énergie était débordante pour lui. » Aujourd’hui, elle se sent plus heureuse.

Ca me fait toujours peur, ce n’est jamais fini, c’est vraiment en évolution. Toi, tu peux changer par rapport à l’autre personne et elle peut changer grâce à des personnes qui ne sont pas toi et donc tu n’as pas réellement le contrôle sur quoi que ce soit. Donc oui, ça fait peur.

Pour Helena, les deux points clés d’une relation plurielle sont : la communication et l’organisation !
« On a un calendrier commun par exemple, parce qu’on s’est rendu compte que parfois pour moi, c’est plus important de dormir ensemble […] et simplement se le dire n’était plus suffisant, car on note parfois mal les choses dans l’agenda »

Quand on demande à Helena les messages qu’elle aimerait faire passer, elle nous répond : « Il faudrait déconstruire les rôles qu’on nous impose. Arrêter de se jeter sur un modèle, ça demande beaucoup d’efforts d’être heureux. Il faut dépasser la peur de faire autrement, envisager de faire différemment et chercher des personnes qui nous correspondent et en même temps, trouver des choses qu’on n’aime pas forcément et savoir les reconnaître et s’en dissocier. Parfois aussi, il faut être seul pour comprendre et ne pas avoir peur de la solitude. »

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Stéphanie a 45 ans, elle est mariée et forme ce qu’on appelle un quad, c’est-à-dire qu’elle et son conjoint sont en relation polyamoureuse avec un autre couple. Stéphanie entretient des relations avec la femme et l’homme tandis que son mari n’en entretient qu’avec la femme.

« Ça a commencé à l’anniversaire d’amis communs, j’ai eu un coup de foudre avec l’autre dame. Nous n’étions pas polyamoureux, eux non plus d’ailleurs. Mais une fois dans la voiture, mon compagnon et moi avons senti que quelque chose se passait. Lui, qui est assez cash, m’a dit « bah moi, je l’aurais bien kidnappé avec nous ! » et j’ai dit oui. Mais pour nos amis, ça ne se fait pas, ce n’est pas bien. Puis le lendemain, quand on s’est levé […] on a eu un chouette petit message sur Facebook. Comme des ados de 14 ans, on était assis dans le lit, j’écrivais, j’effaçais, j’écrivais […] et voilà, ça a démarré comme ça ! »

Il ne faut pas chercher, ça vous tombe dessus comme ça. On ne demande pas spécialement à ce que ça arrive car même si c’est beaucoup de bonheur, ça complique parfois la vie.

Les gens de l’extérieur pensent que c’est génial, mais ce n’est pas toujours le cas, affirme-t-elle. En effet, il faut beaucoup de discussions, de communication et savoir mettre de l’eau dans son vin.

Le point de l’organisation revient encore ici, comme dans le témoignage d’Helena. « Au niveau des rencontres, parfois, c’est compliqué. Ils  ont un jeune ado de 17 ans et il ne va pas comprendre ce que fait son papa avec une autre femme et sa maman avec un autre homme. Puis, quand il faut préparer les vacances, il faut que les dates conviennent à tout le monde ! C’est véritablement un couple élargi »

Concernant la jalousie, elle nous confie ceci : « Oui, il y a de la jalousie, nous, on dit « ça pique » et on débriefe à 4. Comme ça, on sait à quoi faire attention et ce qu’il faut éviter pour blesser les gens sans s’en rendre compte. Mais évidemment, j’ai une facilité, c’est que c’est la femme de ma vie, je l’aime comme je n’ai jamais aimé une autre femme »

Tout comme Helena, précédemment Stéphanie ne comprend pas pourquoi il faudrait s’en remettre à un modèle préconçu.

Pour Stéphanie, il s’agit d’un acte féministe, car c’est un peu comme s’affirmer en tant que femme et prouver que ce ne sont pas que les hommes qui peuvent avoir plusieurs femmes.

Je n’enlève rien à mon mari pour donner à mon amant. Je n’enlève rien à mon amant et à mon mari pour donner à ma maîtresse.

Avoir un amant, permet pour elle de pallier les manquements dans sa relation avec son mari : « Moi, je pars du principe qu’on ne mange pas tous les jours dans la même assiette, ce n’est pas gentil ce que je dis, mais c’est comme ça. Ce que vous ne trouvez pas dans votre conjoint pourrait vous forcer à le quitter pour un autre, alors justement le fait de faire le pas vers le polyamour. »

Concernant le regard des autres, comme Stéphanie le dit très bien : « Celui à qui ça ne plait pas, il tourne sa tête » !

Pour aller plus loin 

  • www.polyamour.be
  • « Osez le Polyamour » (2020) de Eve de Candaulie, La Musardine, 157 p.

Voici le guide indispensable à toutes les personnes qui souhaitent se lancer dans cette aventure, qui semble devenir pour beaucoup une alternative à la vie de couple traditionnelle, sans en passer par le mensonge de l’adultère.

  • « Fluide » (2021) de Benjamin Adam, Safieddine Joseph & Cadène Thomas,Dargaud, 100 p.

Hector et Sacha sont amis et co-auteurs de BD. Alors qu’Hector file le parfait amour avec Jeanne, cette dernière lui fait part de son envie de faire d’autres expériences sexuelles, et invite son compagnon à se sentir libre de faire de même.Perdu dans ce nouveau cadre de couple libre, Hector se confie à Sacha, éternel célibataire fasciné par l’idée mais pas plus à l’aise avec la mise en pratique ! Comme lorsqu’ils travaillent à un récit, ils décident d’associer leurs imaginations pour trouver la force d’agir et de partager cette aventure. De ce pacte naît « William », personnalité fictive que l’un ou l’autre endosse à chaque nouvelle expérience, jusqu’au jour où tout dérape..

  • « Le Sexe selon Maïa. Au-delà des idées reçues » (2020) de Maïa Mazaurette, La Martiniere Eds De, 234p.

Maïa Mazaurette tient depuis novembre 2015 la rubrique « Le sexe selon Maïa » dans Le Monde. Cette tribune, régulièrement la plus lue et la plus commentée des parutions du Monde, analyse notre représentation du corps, nos pratiques sexuelles aussi bien que notre imaginaire. Une approche qui résonne tout particulièrement dans le contexte du mouvement #metoo où les notions de sexe et de genre, de consentement et de plaisir, de risque et de séduction sont largement débattues. Avec un credo : le sexe doit nous rassembler plutôt que nous diviser.

  • « More than two » (2014) de Franklin Veaux & Eve Rickert, Thorntree Press, 504p.

Guide pratique du polyamour éthique

*Nom d’emprunt

 

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