Paris Match Belgique

Le BDSM : « C’est une expérience relationnelle incroyable dans laquelle il y a des pratiques extrêmement variées. »

Angèle Plaut, artiste, chorégraphe et directrice de la BAP | Photo d'Anaïs N. Lesage

Psycho et sexo

Le BDSM a connu un regain d’intérêt après la sortie du film « 50 nuances de Grey ». Cependant, le film est loin de représenter les valeurs qui entourent la pratique du BDSM. Nous avons rencontré Angèle qui nous parle de sa pratique du BDSM.

Qu’est-ce que le BDSM ?

BDSM est l’acronyme de bondage et discipline, domination et soumission, sadisme et masochisme.

Le terme sadisme vient de Donatien Alphonse François de Sade, dit le Marquis de Sade, qui était connu pour maltraiter les femmes pour se procurer du plaisir. Quant au terme masochisme, il vient de Léopold von Sacher-Masoch qui, lui, aimait se faire maltraiter par les femmes qu’il côtoyait.

C’est un ensemble de disciplines où la douleur, si elle est présente, se mêle au plaisir. La communication et le consentement sont les maîtres mots de cet art ! En effet, le BDSM est très codifié : un ensemble de règles régissent les rapports entre les dominants et les dominés.
Le safe word, par exemple, sert à ce que le soumis puisse sortir du jeu. Le go word sert à reprendre le jeu tandis que le slow word, quant à lui, sert à ralentir le jeu.

Après le jeu, pas question de laisser son partenaire ainsi, il y a ce qu’on appelle l’after-care, il s’agit d’un moment où les partenaires prennent soin l’un de l’autre.

Entretien avec Angèle, directrice de la BAP et pratiquante de Shibari

Nous avons rencontré Angèle Plaut, directrice de la Brussels Art and Pole, un studio de danse et un espace sexpo safe où chacun peut se découvrir humainement et artistiquement par le biais de la pratique de la pole dance, du burlesque ou encore de bien d’autres disciplines.

Quelle est ta vision du BDSM ?

J’ai connu le BDSM par un date qui m’avait parlé de shibari. Je suis rentrée dans ce monde-là par la porte où il n’y a pas l’esthétique très connue du latex noir. Le shibari se déroule dans une ambiance plus japonisante. Cela m’a immédiatement plu ! Ça a complété quelque chose en moi que je ne savais pas  et qui devait être complété, mais c’était clairement le cas.

Peux-tu nous parler de ton parcours dans le BDSM ?

J’ai pratiqué le shibari pendant plusieurs années, en tant que modèle. Ensuite, j’ai eu des relations lors desquelles il y avait plus de jeux BDSM. C’est davantage lors de cette dernière année que ça a pu plus s’épanouir en moi, car j’ai exclu les hommes de ma pratique BDSM. Beaucoup ont des comportements problématiques, se disent dominateurs et pensent qu’ils ont tous les droits.  Chez les hommes et femmes cis, subsistent beaucoup de comportements problématiques.

C’est seulement il y a peu que je me suis rendue compte que j’avais la réputation d’être une personne très solide dans le BDSM. Un corps indestructible, mais justement parce que je ne voulais pas lâcher devant ces personnes-là. On me disait que c’était un jeu et que ce que j’aimais c’était combattre or non, je préfère m’abandonner dans la sexualité.

C’est vraiment lors de cette dernière année avec des femmes de mon entourage et particulièrement avec mon amoureuse que la situation s’est améliorée. C’est intense mais pas violent, ni traumatique.

Est-ce qu’il reste quand même cet aspect dominant-dominé ?

C’est davantage un équilibre qui se fait entre moi et ma partenaire. L’une va préférer faire telle pratique et la faire recevoir à l’autre, tandis que pour d’autres pratiques, ce sera l’inverse.
Sur des jeux de rôles, j’ai un goût pour la séduction, pour le fait de mettre en scène mon corps. Mais autrefois avec des hommes après avoir fait cela, je devais mettre beaucoup de distance. Sinon ils avaient l’impression que je leur appartenais. En outre, comme ma partenaire fait le même métier que moi, elle sait que c’est la personne qui fait la danse érotique qui a le pouvoir et pas l’inverse. Les choses sont plus simples, ce n’est plus une lutte permanente.

Tu penses que les choses changeraient si les hommes cis avaient une autre éducation ?

Oui, parce qu’un homme « doit être fort et doit gérer les situations ». Il doit en quelque sorte, jouer le rôle du chevalier servant qui sauve la petite femme soumise. Certains ont conscience que dans ces rapports dominants-dominés, c’est la personne dominée qui a le pouvoir parce que c’est elle qui dit stop. Si ce stop n’est pas respecté, c’est de la torture.
Beaucoup se gargarisent d’être de bons dominateurs. Il y a également beaucoup de personnes sadiques. Or, le sadisme peut être une chose intéressante, mais le problème, c’est que ça enlève des filtres d’empathie. Aimer faire mal oui, mais pas aimer faire mal pour avoir du pouvoir sur l’autre.

Mais si on avait une vraie éducation égalitaire, on ne serait pas sur ce type de rapports. Mais le rapport dominant-dominé continuerait à exister, car c’est quelque chose qui régule le cerveau humain : des fois, tu as envie qu’on te gère et parfois, tu veux gérer les choses. Le rapport BDSM serait beaucoup plus switch.

Cela a-t-il eu un impact sur ta pratique du shibari?

Oui, les 3 premières années, par exemple, je n’ai pas imaginé que je pouvais apprendre à attacher. Etant donné qu’il n’y avait qu’une femme qui attachait quand j’allais dans un dojo et que dans tous les autres binômes, un homme, en général plus âgé, attachait sa jeune modèle. Je n’y ai juste pas pensé.

Quand je me suis rendue compte que je pouvais apprendre la peur d’être nulle est revenue comme chez beaucoup de femmes d’ailleurs. Si tu ne maitrises pas complètement une chose, tu préfères ne pas la faire. C’est pour cela qu’il a fallu du temps pour que j’organise des workshops.

Les cours de shibari ont lieu au Brussels Art and Pole, car beaucoup de femmes ont demandé un espace alternatif où le pratiquer.
C’est une femme queer de 22 ans qui donne cours etelle dispose de 6 ans d’expérience en shibari. Le but de ces cours est de créer des shoots d’endorphine plutôt que de mettre le corps à l’épreuve.

Dans les rapports dominants-dominés, c’est la personne dominée qui a le pouvoir parce que c’est elle qui dit stop.

On le dit peu souvent, mais la notion de consentement est très importante dans le BDSM …

Oui, il y a une sorte de pacte défini entre les partenaires avec les limites et ce qui peut être fait ou ne pas être fait.
Pendant la pratique, la personne soumise peut mettre un stop à tout moment mais quand tu es sous l’emprise de domination, surtout si tu as un caractère qui veut se soumettre, je ne suis pas sûre qu’on aie toutes ses facultés mentales pour mettre un holà. Et fréquemment, par désir de plaire à la personne qui te domine, tu vas trop loin par rapport à ton corps et tes limites mentales. J’ai même vu des couples très équilibrés dans leurs rapports, ils se considéraient égaux et dans un jeu sexuel, ils amenaient une autre dynamique.

Je suis contente que le mouvement metoo aie aussi touché le milieu du BDSM. Plusieurs personnes un peu gourou sont d’ailleurs tombées pour des histoires de viol et d’agressions. La discussion du consentement est enfin arrivée dans les workshops BDSM. Je parle d’une vraie discussion sur les ressentis, pas juste de dire « quand c’est trop, tu dis non ». Le climat de confiance et de connaissance de l’autre est différent.

Est-ce que tu penses que des œuvres comme « 50 nuances de Grey » ont causé du tort au BDSM ?

Oui, parce que les gens qui ne pratiquent pas le BDSM en ont une image de combinaison en latex noire et de fouet. C’est l’image cinématographique, mais c’est minoritaire et cela peut paraitre effrayant. Donc si on n’est pas certain que ça peut nous correspondre, c’est quelque chose qu’on met à distance de soi.
Le problème du film et des bouquins c’est que le BDSM est devenu grand public mais en diffusant une image où, vraiment, si je pouvais brûler la pellicule de ce film, je le ferai. Il s’agit d’un film qui se veut être une histoire d’amour mais qui en fait n’est que de l’agression de A à Z. On n’est pas sur un thriller qui va jouer des dérives du BDSM.
Comme le protagoniste principal est beau, ça rend cela « mignon ». Cela rend sexy des comportements violents. Dans une véritable histoire d’amour, il aurait fallu qu’on voit ces deux personnages se sentir égaux et décider de rentrer dans un jeu. Souvent le BDSM est réduit à « je t’attache les mains et je te donne un coup de cravache » or c’est une expérience relationnelle incroyable dans laquelle il y a des pratiques extrêmement variées.

Est-ce que le BDSM peut se pratiquer seul ?

Oui, par exemple, on peut aimer se prendre en photo dans des situations et le partager.
On peut aussi faire des autosuspensions, se flageller, tout dépend de ce dont on a envie. C’est comme de la masturbation classique en fait. C’est assez sain d’ailleurs, je trouve, de découvrir les pratiques qu’on aime ou pas seul parce qu’avec l’adrénaline et les liens qu’on veut créer avec la personne en face, les perceptions sont un peu brouillées.

Est-ce que cela pourrait correspondre à quelqu’un de plutôt douillet ?

Oui, dans certaines pratiques BDSM il n’y a pas de pratiques corporelles.C’est le cas, notamment, de l’exhibition, du voyeurisme ou encore de certains types de soumission en répondant à des ordres mais sans implications sur le corps.

Si tu avais un message a faire passer, lequel serait-il ?

C’est un message qui peut s’appliquer à énormément de choses.
Je comprends que les gens ont une certaine image du BDSM car en plus, celle-ci leur est servie sur un plateau. Mais il faut tenter de prendre conscience que les choses sont bien plus complexes qu’une image et sans pour autant aimer ce monde-là. Il faudrait essayer d’observer sans porter de jugement avant de rejeter totalement cet univers. Il y a beaucoup de decorum qui peuvent sembler inesthétiques, durs, étranges et c’est le cas. Mais c’est rempli de personnes hypersensibles. Quand on recherche des sensations fortes comme ça, c’est qu’on est pourvu d’énormément de sensations et qu’on cherche à les gérer et c’est un tourbillon permanent.
J’aurais aussi envie de dire aux hommes cis, « rééduquez-vous ! ». Je sais que ce n’est pas facile mais faites-le parce que ça va vous rendre la vie tellement plus incroyable. Je dirais, également, aux femmes d’essayer d’avoir un autre rôle que celui de la soumission. Ça ne veut pas dire qu’il faille devenir une grande dominatrice, cela passe par des choses beaucoup plus subtiles.

Si vous voulez davantage d’informations sur les cours de shibari et tous les autres cours dispensés à la Brussels Art and Pole, n’hésitez pas à vous rendre sur le site : https://www.brusselsartpole.be/

Pour aller plus loin

  • « Osez les jeux de soumission-domination » de Gala Fur, La Musardine, 176p. 

Ce manuel vous invite, à travers un éventail de pratiques, accessibles sans donjon, et une centaine de scénarios originaux. Gala Fur, auteur de Osez tout savoir sur le SM, vous suggère d’adapter ces jeux à votre propre univers de fantasmes et de pratiques érotiques soft. Vous ne courrez donc aucun danger à l’imiter, sinon peut-être d’être choqués par tant d’audace et d’imagination… mais le plaisir est à ce prix.e.

Pour une liste de films traitant du thème du Sado-masochisme, lisez l’article Sadisme et Masochisme au Cinéma de Wikipédia.

Bondage et Discipline, Domination et Soumission, Sadisme et Masochisme. Entrez dans le donjon fascinant de Question Q.
Une émission de Christine Gonzalez avec Zoé Blanc-Scuderi, Greta Gratos et Raphaële Bouchet.

Mots-clés:
sexualité BDSM
CIM Internet