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Transidentité : « Ca a été une renaissance ! […] J’ai mon anniversaire le 16 août, mais aussi le 28 septembre! »

Tom, notre témoin de la semaine

Psycho et sexo

La médiatisation de la transition des sœurs Wachowski ou encore d’Elliot Page ont permis de donner de la visibilité à la transidentité. Cependant, le sujet reste encore tabou.

Différencier le genre et le sexe biologique

Afin d’éviter tous écueils, nous allons tout de suite définir quelques termes :identité genre

Les cisgenres sont les personnes dont le sexe de naissance correspond à l’identité de genre de la personne.

La transidentité est le fait, pour une personne transgenre, d’avoir une identité de genre différente du genre assigné à la naissance, contrairement à une personne cisgenre.
MFT = male-to-female
FTM = female-to-male

Le genre « sert à évoquer les rôles qui sont déterminés socialement, les comportements, les activités et les attributs qu’une société considère comme appropriés pour les hommes et les femmes ». Le concept de genre comprend l’identité de genre et l’expression du genre

La notion de sexe biologique se réfère aux caractéristiques biologiques et physiologiques qui différencient les hommes des femmes, comme les organes reproductifs, les chromosomes, les hormones, etc. ». (OMS)

Orientation sexuelle et affective désigne l’attirance, le désir (sexuel ou affectif) que l’on ressent pour des personnes.

Le mot « transsexuel » n’est plus utilisé, car il n’est pas inclusif. En effet, il ne tient compte que des personnes en transition qui prennent des hormones et il est également péjoratif en raison de son histoire, le transsexualisme désignait une maladie mentale.

Lire aussi > La transidentité n’est (enfin) plus considérée comme une pathologie mentale par l’OMS (parismatch.be)

Interview de Tom, un homme transgenre

En Belgique, 3262 personnes ont changé de sexe* depuis 1993. C’est le cas de Tom, 20 ans, qui a commencé sa transition en 2020 en changeant de prénom et qui depuis le 28 septembre 2021 a commencé sa transition physique.

Tom

Peux-tu nous raconter ton parcours ?

« Il y a 5 ans maintenant, j’ai fait mon coming-out auprès de ma maman. Je lui ai donc dit que j’étais transgenre. Au début, elle n’a pas vraiment compris ce que c’était, car on n’en parlait pas encore beaucoup à ce moment-là. On en a parlé et on s’est mis d’accord sur le fait que dès que je finissais ma rhéto, si pour moi, j’étais toujours transgenre, je commencerais les démarches. Ce fut le cas, seulement en juin 2021. Le souci, c’est que pour mon CESS, il fallait que j’aie mon nouveau prénom, sinon il fallait payer et faire des démarches pour changer le diplôme.

En novembre 2020, on est allé à la commune changer mon prénom puis j’ai réussi ma rhéto. Alors on a pris rendez-vous pour rencontrer l’endocrinologue. Ça s’est super bien passé, il m’a posé beaucoup de questions pour savoir si j’étais sûr de moi.
Quand il a vu que ma mère m’accompagnait, il a vu que j’étais sérieux, que j’étais vraiment transgenre. Après la prise de sang, comme elle était bonne, j’ai eu directement accès à la testostérone. »

Ta famille l’a-t-elle bien pris?

« Oui et non, car ce n’était pas encore très connu à ce moment-là. Beaucoup de gens pensaient que c’était un effet de mode. Il y en a quand même certains de ma famille qui m’ont dit qu’ils savaient depuis le début que je n’étais pas une fille. Il y en a certains pour qui ça a pris un peu de temps, mais là, il n’y a aucun souci. C’est Tom directement et l’ancien prénom ne ressort pas. Les « elle » ça vient parfois, mais les gens s’excusent et repassent très vite à « il ». Au début, c’était plus compliqué, mais là, au bout de 5 ans, les gens ne se trompent plus. »

Est-ce que ça a été une renaissance pour toi ?

« Oui totalement ! J’assume la vie que j’ai eue avant, je me suis assumé en tant que bi, en tant que lesbienne, c’était déjà quelque chose où je me retrouvais un peu plus dans la personne que j’étais, mais ce n’était toujours pas ça. Je suis resté longtemps au stade lesbienne, car je ne savais pas quel mot exact me définissait et puis quand j’ai su ce qu’était la transidentité, je me suis dit c’est ça ! Et quand j’ai commencé la testostérone, là, c’est sûr, c’était une renaissance ! Depuis le 28 septembre, c’est une deuxième naissance pour moi. Donc oui, j’ai mon anniversaire le 16 août, mais aussi le 28 septembre, pour moi ! »

Est-ce que ta transidentité a un impact sur ta vie amoureuse?

« Oui, c’est super compliqué encore à l’heure actuelle de faire comprendre aux gens ce qu’est la transidentité, mais surtout de trouver des personnes qui l’acceptent dans les relations. Il faut que la personne soit assez ouverte d’esprit et c’est difficile à trouver. J’ai actuellement beaucoup plus de mal à trouver l’amour qu’auparavant quand je me disais lesbienne.
C’est encore un peu tabou de sortir avec un trans’. Tu as le corps d’une femme, mais avec la voix, la tête et la posture d’un homme. Mais je suis confiant. À un moment, les gens vont commencer à comprendre qu’au niveau de l’amour, on est pareil qu’avant. J’ai changé, j’ai mûri. »

Ca a été une renaissance !  […] J’ai mon anniversaire le 16 août, mais aussi le 28 septembre !

Tu affiches d’emblée ta transidentité ?

« Oui, car je n’aime pas mentir là-dessus, je n’aime pas ne pas m’assumer. Je suis une personne transgenre, il faut toujours le préciser parce que oui, je suis un mec, je suis hétéro, mais le terme transgenre est super important à mentionner parce que les filles qui sont intéressées par les mecs qui ont quelque chose entre les jambes, je ne veux pas leur mentir. Après au rendez-vous, si on désire aller plus loin, la personne va le découvrir. Et c’est un peu se mentir à soi-même, je trouve. »

Lire aussi > « Je suis enfin qui je suis » : Libéré, Elliot Page affiche sa transformation physique en Une du Time (parismatch.be)

As-tu déjà subi du harcèlement ou des agressions en raison de ta transidentité?

« Le problème, c’est que malheureusement, il y a encore beaucoup trop d’homophobes dans les rues et c’est bizarre à dire, mais on doit toujours faire attention à nos arrières, tout le temps, tout le temps. Qu’on soit filles, lesbiennes, trans, gays, tu dois constamment faire attention à tes arrières. J’ai de la chance de n’avoir jamais subi ça, mais je m’y prépare tout le temps, que ce soit une attaque physique ou verbale. On se dit qu’il y a un jour où ça va nous tomber dessus et je ne sais pas dans quel état je finirai.
Personnellement, je connais énormément de FTM mais très peu de MTF, une ou deux parce que les personnes se cachent entre guillemets pour ne pas subir ce genre de violences. Les gens semblent se permettre plus de liberté envers les MTF. Nous, on prend des hormones et donc la masse musculaire augmente, les gens savent que tu vas prendre plus de muscles et donc ont peur de s’attaquer à toi, même si c’est triste à dire, c’est la réalité. Par contre, que ce soit pour les FTM, les MTF ou les homosexuels, le nombre d’attaques sur les réseaux sociaux est énormissime. C’est désolant. »

Pourquoi n’as-tu pas changé de sexe sur ta carte d’identité ?

« En fait, j’ai gardé le F de ma carte d’identité parce que certains chirurgiens pour la mastectomie, ma prochaine étape, demande à ce qu’on garde le F pour avoir plus de remboursement de la mutuelle. Une fois que j’aurais fait la mastectomie, je prendrai rendez-vous pour enlever le F et mettre le M à la place. Ensuite, plus tard, je ferai l’hystérectomie pour être sûr de ne plus avoir mes règles. »

J’ai de la chance de n’avoir jamais subi d’agressions mais je m’y prépare tout le temps, que ce soit une attaque physique ou verbale. On se dit qu’il y a un jour où ça va nous tomber dessus et je ne sais pas dans quel état je finirai.

Quels sont les effets secondaires de la testostérone ?

« Moi, j’ai eu de la chance de ne pas en avoir trop, sauf un truc dont on ne m’a pas parlé au début, c’est le gonflement du clitoris, appelé le dick clit. C’est le gonflement du clitoris qui se fait en 24h après la première injection. Sinon, il y a aussi une calvitie qui peut apparaître ou encore des effets secondaires au niveau du caractère : la personne peut devenir colérique ou être plus triste que d’habitude. »

Que dirais-tu au jeune toi qui ne s’assumait pas encore ?

« Je dirais de poser les bonnes questions aux bonnes personnes, d’aller voir des personnes transgenres s’il en connait et de leur poser des questions sur leur parcours.
Et il y a également un super groupe Facebook qui s’appelle FTM BELGIQUE où l’on peut poser des questions et les personnes sont super bienveillantes. Il y a également des images à l’appui pour les opérations avec les mentions du docteur, du prix, si ça s’est bien passé ou non.
Des numéros de psy et d’endocrinologues sont proposés parce que c’est important d’être bien entouré. »

Vous pouvez suivre la transition de Tom sur son compte Instagram : https://www.instagram.com/tom_htm27/
Retrouvez-le aussi sur Show Men Geek !

*Chiffres de changement d’état civil.

Pour aller plus loin :

  • « Boys don’t cry » de Kimberly Peirce (1999)

Teena assume mal sa condition de fille. Elle déménage à Falls City et devient Brandon, un garçon très vite adopté par un groupe. Elle tombe amoureuse de Lana, la petite amie de John. En découvrant la vérité, ce dernier entre dans une rage meurtrière.

  • « Laurence Anyways » de Xavier Dolan (2012)

À l’âge de 35 ans, Laurence Alia, professeur de littérature au cégep de Montréal, annonce à sa conjointe qu’il souhaite maintenant vivre sa vie comme la femme qu’il a toujours été. Cette dernière accepte difficilement ce changement, mais décide quand même de rester auprès de lui.

  • « Transitions – Journal d’Anne Marbot » de Elodie Durand (2021), Delcourt, 176p.

Quand Anne apprend que sa fille est un garçon, c’est tout un univers de normes qui bascule pour elle. Anne bataille… s’ouvre : Il y aurait donc une liberté d’être et une variété de genres possibles dans notre société.

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